Raymond Bouchard tient le rôle principal dans la pièce Représailles, qui sera présentée cet été au Théâtre de Rougemont­. Il partagera notamment la scène avec Jean-Bernard Hébert (à droite), propriétaire de l’endroit.

Un des plus beaux rôles de Raymond Bouchard

Raymond Bouchard était fébrile comme un enfant à la veille de Noël, mardi. Attablé à un restaurant du centre-ville de Granby, où il avait donné rendez-vous à La Voix de l’Est, il savourait déjà le plaisir qu’il aurait dans deux mois à l’idée de reprendre son rôle de Francis dans la pièce Représailles, présentée tout l’été au Théâtre de Rougemont.

« C’est drôle ! C’est drôle ! C’est drôle sans bon sens ! » a-t-il glissé à plusieurs reprises dans la conversation.

La comédie d’Éric Assous adaptée au Québec par le grand Michel Tremblay avait été présentée au Théâtre des Grands Chênes de Kingsey Falls en 2016 avant de partir en tournée à l’hiver 2017. La troupe s’était notamment arrêtée au Palace de Granby.

Mais le comédien n’en avait pas eu assez; il a tenu à ce que l’aventure se poursuive. « C’est un peu égoïste, mon affaire. Mais j’ai tellement de plaisir à faire ce rôle-là ! C’est un des beaux en comédie dans ma carrière », dit celui qui célébrera justement ses 50 ans dans le métier sur scène cet été.

50 ans de carrière
Bien que plusieurs se réfèrent à la date où il est sorti du Conservatoire pour dresser son CV — c’était en 1970 —, Raymond Bouchard a bel et bien 50 tours de pistes dans le compteur, voire plus. « Si on considère qu’on est professionnel à partir du moment où on est payé pour jouer, indique-t-il. Comédien, c’était déjà mon job d’étudiant. »

C’était avant de s’inscrire au Conservatoire, donc. Dans les années 60. Il avait 18 ans. « On me payait 8 $ par soir de représentation », se rappelle-t-il.

Au collège, on l’avait vite remarqué parce qu’il avait « une bonne voix ». À l’Université Laval, on lui a offert de rejoindre les rangs de la Troupe des 13. Celle-là même qui a, les années suivantes, vu naître les Rémi Girard, Normand D’Amour et Dorothée Berryman de ce monde.

Il aurait pu continuer ainsi, mais à partir du moment où il a choisi de faire carrière sérieusement sur les planches, il s’est investi à 200 %. « Jusque là, j’avais surtout fait du théâtre d’avant-garde genre Ionesco. Si j’étais pour devenir acteur, il fallait que je sois complet, que j’aille étudier mes classiques et des techniques. »

D’où son entrée au Conservatoire, à l’âge « tardif » de 24 ans.

Depuis, il n’a pas chômé. Au théâtre, à la télévision, au cinéma, il a enfilé les rôles, si nombreux qu’ils ne sont pas tous compilés dans son CV. Certains ont été de vrais flops, d’autres ont marqué l’imaginaire. Comme son maire de Sainte-Marie-la-Mauderne dans La Grande séduction. Comme son juré #3 dans 12 hommes en colère. Comme son personnage de Gilbert Séguin, dans Annie et ses hommes, pour lequel il a reçu le Gémeau du Meilleur acteur de soutien en 2003.

Choisir ses rôles
Aujourd’hui, à l’âge de 73 ans, il a levé le pied, mais n’a pas complètement mis les freins. Il dit non plus souvent, n’accepte que les rôles qui lui parlent. Comme Francis — dans Représailles —, cet homme marié qui doit se dépatouiller dans ses mensonges lorsque sa femme découvre ses nombreuses infidélités. Comme le forgeron qu’il incarnera dans l’adaptation cinématographique des bandes dessinées Magasin général. Comme un autre projet qu’il est à mettre en branle avec Jean-Bernard Hébert et qui sera dévoilé dans quelques semaines. « Un grand classique du théâtre du 20e siècle », se contente-t-il de dire.

Dire non n’est pas un luxe, ajoute-t-il. « J’ai eu des grosses périodes de rush dans ma vie où je tenais plusieurs rôles en même temps. Mais là, je fatigue plus vite. Et comme j’adore la vie, je veux en profiter. Je veux pouvoir prendre mon café tranquille le matin, être présent pour mes deux filles. Et avoir du plaisir. »

Comme dans Représailles. « C’est drôle ! C’est drôle ! C’est drôle sans bon sens ! » répète-t-il encore.

La pièce Représailles a été écrite par le Français Éric Assous. Elle a été adaptée au Québec par Michel Tremblay et met en vedette Raymond Bouchard, Gabrielle Mathieu, Jean-Bernard Hébert, Myriam Poirier et Sylvianne Rivest-Beauséjour dans une mise en scène d’André-Marie Coudou. Elle sera présentée au Théâtre de Rougemont du 5 juillet au 18 août. Information et billets : theatrederougemont.com.