Après une carrière en tant qu’ingénieur forestier, Tim Mullin consacre sa retraite au métier de luthier depuis les hauteurs du mont Shefford, où il demeure et possède son atelier.

Tim Mullin, maître luthier

Tim Mullin a une relation particulière avec le bois. Pour faire court, on pourrait dire que c’est toute sa vie. Du plus loin qu’il se souvienne, il est ébéniste amateur. Ingénieur forestier de formation, il a été consultant sur les six continents. Et depuis 2007, le Sheffordois d’adoption utilise les meilleures essences de partout à travers le globe et les transforme en de véritables oeuvres d’art : des guitares uniques qui valent une petite fortune.

« J’ai réussi à marier mes deux passions : le travail manuel et la musique », lance tout bonnement le guitariste à ses heures dans la langue de Shakespeare, en nous ouvrant les portes de son atelier.

Cette révélation lui est parvenue alors qu’il habitait la Nouvelle-Zélande. « J’ai entendu à la radio qu’un maître-luthier saskatchewanais se trouvait là-bas et qu’il allait donner une formation, raconte-t-il. Je me suis inscrit, puis j’ai continué à me perfectionner. »

Après quelques années à Nairobi, le Torontois d’origine est revenu au Canada et s’est établi dans les hauteurs du mont Shefford. C’est avec une vue imprenable sur les paysages boisés et montagneux environnants qu’il s’affaire tous les jours dans son atelier.

Chaque instrument demande en moyenne 250 heures de travail. Et beaucoup de celui-ci est réservé à la finition. « Quand toutes les parties sont taillées et montées, je dois appliquer une quinzaine de couches de laque en laissant sécher plusieurs jours entre chaque », mentionne-t-il notamment.

Cette guitare est fabriquée à partir d’un bois de Nouvelle-Zélande, le kauri, vieux de... 45 000 ans! Sertie de nacre obtenue à partir de vrais coquillages, elle vaut au minimum 6000 $.

Selon les exigences du client, M. Mullin travaille avec une douzaine d’essences — du bois de rose, de l’ébène, de l’épinette, du bois noir, etc. — en provenance d’Australie, des Philippines, de l’Inde, de différents pays d’Afrique ou d’Amérique du Sud. Chacune à ses particularités esthétiques et sonores.

Le luthier est particulièrement fier d’une de ses pièces fabriquées à partir d’un bois de Nouvelle-Zélande, le kauri, vieux de... 45 000 ans ! « Le négocier a été toute une affaire ! » se rappelle-t-il. Sertie de nacre obtenue à partir de vrais coquillages, la guitare vaut au minimum 6000 $, laisse-t-il savoir.

Mais qui peut bien se procurer de tels instruments ? « Rarement des musiciens professionnels, répond étonnamment Tim Mullin, car ils ont en général besoin de plusieurs guitares et optent pour des instruments vendus en magasin pour respecter leur budget. Mais certains d’entre eux qui veulent quelque chose de bien spécifique ou particulier peuvent se laisser tenter. »

Ce fut notamment le cas, l’an dernier, du Torontois Jeff Biggar, qui est tombé amoureux d’une guitare baryton — instrument rare dont la tessiture est plus grave qu’une guitare régulière.

« Sinon, ce sont des gens qui ont beaucoup d’argent, ou encore des collectionneurs », ajoute M. Mullin.

Mais les clients ne courent pas les rues, si bien qu’en tout et pour tout, il en a vendu tout au plus une dizaine jusqu’à présent. « Disons que je ne fais pas ça pour en vivre », glisse le retraité, sourire en coin.

Pour être franc, il admet que ce sont les réparations et les ajustements qui occupent le plus clair de son temps. Il est d’ailleurs l’un des rares luthiers à faire les deux, précise-t-il. « Et je ne comprends toujours pas pourquoi, car j’apprends énormément de choses des réparations qui me servent pour la confection. Et vice versa.