Richard Therrien
Sophie Cadieux, Marie-Ève Morency, Pierre-Luc Funk et Mehdi Bousaidan dans une scène de <em>Rue King</em>.
Sophie Cadieux, Marie-Ève Morency, Pierre-Luc Funk et Mehdi Bousaidan dans une scène de <em>Rue King</em>.

Rue King: arrange-toi avec ça

CHRONIQUE / Rue King, la nouvelle comédie improvisée en ligne demain sur le Club illico, se situe quelque part entre Dieu merci!, le mur penché de Ce soir tout est permis et les matchs de la Ligue nationale d’improvisation. Dans le cadre d’une sitcom enregistrée devant public, on vous donne un canevas de départ, on vous lance dans le vide tout en vous donnant des indications précises à suivre.

Alors que le format original allemand, Schiller Street, misait sur un long sketch d’une heure, où le public n’avait accès qu’à un certain nombre d’indications données aux acteurs, notre version propose plusieurs scènes dans un même épisode, chorégraphiées par Stéphane Bellavance, qui parle aux comédiens à partir d’un studio adjacent, mais que le public entend, un peu comme il le faisait dans Arrange-toi avec ça sur VRAK. Le meneur de jeu se dit lui-même «à la fois leur metteur en scène et leur pire cauchemar».

Qui sont les personnages de Rue King? Trois colocs d’un loft de Sherbrooke : Pier-Luc (Funk), dont c’est le premier appartement, Marie-Ève (Morency), intense et volontaire, de même que Sophie (Cadieux), avocate de 42 ans, mais encore dans la vingtaine dans sa tête. Le trio vit au-dessus d’un café-bar-buanderie. Mehdi Bousaidan joue le meilleur ami de Pier-Luc, secrètement amoureux de Sophie, Stéphane Crête, le proprio, et Sylvie Moreau, la mère de Pier-Luc. À eux se joignent des acteurs invités comme Julien Lacroix, qui joue un coloc indésirable, Anne-Élisabeth Bossé, la cousine de Sophie en peine d’amour, et Marie Soleil Dion, une soupirante de Marie-Ève. La plupart sont des pros de l’impro.

Exemple d’indications que Stéphane Bellavance peut donner au beau milieu d’une scène : «Pier-Luc, Sophie fait un beau ménage, mais toi, tu défais son ménage.» Ou encore : «Sophie, tu vas faire quelque chose de beaucoup trop intense pour montrer que t’es pas vieille.» Après quoi, la comédienne fait la split une bière à la main. Histoires d’amour impossible, ancienne conquête qui débarque et party où Pier-Luc tente de séduire une fille, toutes les situations prêtent aux gags improvisés.

Même si un scénario de départ était écrit, les comédiens avaient carte blanche pour changer la trajectoire de l’histoire. Ainsi, à la fin d’un épisode, un personnage a fait une demande en mariage, qui a été acceptée. «Entre chaque scène, nous n’avions que cinq minutes pour nous réaligner, mais on finissait toujours par retomber sur nos pattes», raconte le producteur au contenu, Vincent Bolduc. Outre les scénaristes, les techniciens ont dû également s’ajuster aux «choix» des acteurs, qui devenaient en quelque sorte des auteurs. 

Outre le titre et les images de la ville dans le générique d’ouverture, il est très peu question de Sherbrooke dans cette Rue King. «On a voulu sortir la sitcom du milieu urbain montréalais et on voulait une ville universitaire, avec une vie culturelle, sociale, sportive vivante. On aimait aussi le nom de la rue King, parce que c’est quand même des kings de l’impro qu’on a», explique Vincent Bolduc. Les 10 demi-heures ont été tournées en à peine cinq jours. Pas de chance de se reprendre, une seule prise. Je m’attendais à assister à plus de fous rires et de décrochages de la part des improvisateurs, qui restent relativement disciplinés, du moins dans les trois épisodes qu’on a vus.

Rue King est la première sitcom — style en recrudescence chez le jeune public — de Club illico, qui nous a habitués à de grandes dramatiques et des séries documentaires de qualité. «C’est du fou rire garanti», promet la vice-présidente Commercialisation et Contenu chez Vidéotron, Caroline Paquet. Ça dépend pour qui, ai-je envie de répondre. Moi qui adore le genre, je salue l’effort de jumeler l’improvisation à la sitcom, mais en ce qui me concerne, le résultat est rarement drôle, et on finit par se dire que, pour la télé, il n’y a rien de mieux que des textes bien écrits et révisés à plusieurs niveaux.