Le documentaire «Bitch! Une incursion dans la manosphère» s’intéresse à ces hommes en colère, qui se sentent écrasés par les féministes, ou par les femmes tout court.

Ils détestent les femmes

CHRONIQUE / Le 23 avril 2018, Alek Minassian tuait 10 personnes et en blessait une quinzaine d’autres dans un attentat au camion-bélier à Toronto. Cet homme, qui avait déjà confié sur Internet qu’il détestait les femmes, est-il un cas d’exception? Ou est-il plutôt l’exemple poussé à l’extrême d’un mouvement de haine qui pourrit Internet?

Bitch! Une incursion dans la manosphère s’intéresse à ces hommes en colère, qui se sentent écrasés par les féministes, ou par les femmes tout court. Un documentaire troublant signé Charles Gervais et produit par Marie-France Bazzo et le magazine L’actualité, que diffuse Télé-Québec ce soir à 20h, et qui a été présenté en primeur au Festival de cinéma de la ville de Québec.

Après l’attaque de Toronto, le journaliste Marc-André Sabourin a été intrigué par le mouvement «incel» (célibataire involontaire), qu’on citait dans la presse chaque fois qu’il était question du meurtrier. Qui sont ces hommes? Que veulent-ils? Et sont-ils une réelle menace? En cherchant sur le net, il a découvert tout un monde, la manosphère, où se retrouvent les hommes pour échanger sur leurs problèmes avec les femmes. Et ce qu’il en ressort est souvent très laid, et parfois à vomir.

Bien qu’on en parle, le documentaire ne donne pas la parole aux plus radicaux, qui vénèrent les assassins, mais certains propos vous feront néanmoins sursauter, voire rager ce soir. Comme ceux de Segniorito — la plupart utilisent des noms d’emprunt —, pour qui les femmes contrôlent clairement la société. Pour cet homme qui s’identifie aux «Men Going Their Own Way» (hommes suivant leur propre voie), se donner à une femme signifie ni plus ni moins que de se soumettre à ses quatre volontés. «Nous, les hommes, on a bâti la société avec notre sang et notre sueur, et aujourd’hui, la femme la contrôle avec la législation. C’est comme ça. On n’a plus grand-chose à dire.»

Olivier Kaestlé est sans le doute le plus modéré et le plus nuancé de tous ceux que vous entendrez. Pour ce blogueur et essayiste, les revendications féministes étaient justifiées à une certaine époque, mais plus maintenant. Il déplore que les hommes aient accès à 11 fois moins de services d’aide que les femmes au Québec, et qu’on tourne en dérision ce que les hommes vivent. Signataire d’un blogue masculiniste qui a été fermé, selon lui «sous les pressions féministes», il remarque aussi la timidité des médias lorsqu’ils abordent la question, de peur d’indisposer les féministes, croit-il.

C’est peut-être ce que l’on peut reprocher à ce documentaire : avoir mêlé radicaux et modérés, qui ne logent clairement pas à la même adresse. Mais si ce documentaire a une qualité, c’est celle de nous ouvrir à cette horrible réalité, que nous aurions tort d’ignorer, et de lancer les discussions.

UNE COMÉDIE SUR LES INFLUENCEURS

L’auteur Marc Brunet, qui a notamment signé Like-moi! durant cinq saisons, se lance dans un nouveau projet: une parodie de téléréalité sur quatre influenceurs dans la vingtaine, sous l’emprise d’une productrice très contrôlante. La série de 13 demi-heures sera d’abord lancée sur l’Extra d’ICI Tou.tv à l’hiver 2021. Il s’agit d’un retour à la série de fiction en continuité pour Marc Brunet, depuis Le cœur a ses raisons, diffusée à TVA de 2005 à 2007. Ses autres émissions, 3600 secondes d’extase, Les bobos et Like-moi!, étaient des séries à sketchs. L’auteur compare la téléréalité de sa nouvelle fiction à celle des Kardashian, à la télé américaine. Déjà, il aborde l’univers des influenceurs et de la téléréalité dans Like-moi! avec le personnage de Gaby Gravel et la parodie Je choisis Jonathan. Le film québécois Fabuleuses, de Mélanie Charbonneau, coécrit avec Geneviève Pettersen, a récemment abordé la question au grand écran. Par ailleurs, la cinquième saison de Like-moi!, disponible cet hiver sur le Club illico et plus tard à Télé-Québec, sera la dernière. La nouvelle série, dont le titre de travail est Gloire et influence, sera produite par Josée Fortier chez Zone 3 et compte offrir une tribune à de nouveaux talents, comme c’était le cas pour Like-moi! Ce n’est pas encore prévu, mais il n’est pas impossible que Gaby Gravel, jouée par Florence Longpré, y fasse une apparition.