Ricky Gervais et Ashley Jensen dans <em>After Life 2</em>. 
Ricky Gervais et Ashley Jensen dans <em>After Life 2</em>. 

After Life 2: moins mordant, quand même touchant

CRITIQUE / De l’humour caustique, des tabous abordés avec une réjouissante liberté et un portrait du deuil humain dans sa douleur et dans la solidarité qu’il engendre... Ricky Gervais n’avait pas raté la cible avec la première saison de la série de Netflix After Life (La vie après la mort). Sans nous faire conclure qu’il avait tout dit avec les six premiers épisodes, la deuxième saison mise en ligne vendredi perd un peu l’esprit des débuts.

Créateur de la série-culte The Office (adaptée au Québec sous le titre La job), humoriste à la langue bien pendue qui a notamment fait friser les oreilles de bien des vedettes hollywoodiennes à la barre du gala des Golden Globes, Gervais est arrivé dans After Life avec une prémisse plutôt radicale. Tony (interprété par Gervais lui-même), un homme dépressif après le décès de sa femme, passe à un poil (de chien) de se suicider. Tout ce qui l’empêche de passer à l’acte est le regard affamé de sa compagne canine. «Si tu étais capable d’ouvrir une boîte de conserve, je ne serais plus de ce monde», explique-t-il en somme. Ayant abandonné l’envie de vivre, il balance du même coup tout effort de conformité et de tolérance sociale. Il dira et fera ce qu’il voudra quand il le jugera bon, sans égard pour ce que les autres pourront en penser. Il le décrit comme un super-pouvoir. C’est une gifle à la rectitude. Et un très profond puits pour la comédie.

Misanthrope, certes, Tony n’en est pas moins sympathique. On voit son humanité et sa joie de vivre désormais évanouies à travers les vidéos maison de temps plus heureux qu’il regarde en boucle. Ou dans le guide que sa défunte femme lui a laissé, avant de partir, pour le soutenir dans son deuil. On le constate aussi dans la bonne volonté de son entourage, qui refuse de le laisser sombrer.

On avait affaire ici à un équilibre presque parfait entre le grinçant et l’émouvant, entre l’ombre et la lumière. C’est ce qu’on perd dans la deuxième saison. Tony va (un peu) mieux. Il souffre encore, mais il l’exprime au lieu de catapulter des vacheries. Grand bien lui fasse. Et quand ceux qui l’ont déjà ramassé à la petite cuillère en arrachent, ce sera à son tour de se montrer à la hauteur. Quitte à redevenir gentil.

Sans faire l’apologie du cynisme, on peut noter que l’humour noir nous manque un peu dans cette deuxième série. Oui, le personnage de Tony a ici et là l’occasion de péter un plomb à cause de petites manies qui tombent sur les nerfs (les gens peuvent être irritants, avouons-le…). Mais Gervais a concentré son volet trash comique dans un improbable personnage de psychologue, trop grossier pour rien.

Créateur à la fois sensible en cinglant, Ricky Gervais n’a pas l’habitude de s’éterniser. Règle générale, il boucle ses histoires en deux saisons et une douzaine d’épisodes. En comparaison, l’adaptation américaine de The Office a duré neuf saisons.

Plus sentimentale, moins mordante, cette deuxième saison d’After Life se termine sur une porte ouverte. Devrait-on la fermer?