La Cowansvilloise d’origine Mariève Pelletier utilise différentes techniques anciennes de photographie pour créer des oeuvres contemporaines à l’ambiance vaporeuse et onirique, résolument féminine.
La Cowansvilloise d’origine Mariève Pelletier utilise différentes techniques anciennes de photographie pour créer des oeuvres contemporaines à l’ambiance vaporeuse et onirique, résolument féminine.

Techniques anciennes, artiste contemporaine

Marie-Ève Lambert
Marie-Ève Lambert
La Voix de l'Est
Mariève Pelletier a beau n’avoir que 32 ans, elle se passionne pour les techniques anciennes de photographie. Et elle ne parle pas ici de l’argentique! Elle fait référence au cyanotype, au procédé lumen, à l’anthotype au jus de carotte... «Les prémisses de la photographie explorées entre 1820 et 1840», indique-t-elle.

La Cowansvilloise d’origine utilise ces procédés ancestraux pour créer des oeuvres à l’ambiance vaporeuse et onirique, résolument féminine, qu’elle expose depuis une dizaine d’années déjà au Québec et en France — où elle réside désormais — en plus d’incursions en Allemagne et au Japon.

C’est lors d’un échange étudiant qui l’a menée à l’École supérieure d’art décoratif de Strasbourg qu’elle s’est initiée à ces techniques basées sur le photogramme, c’est-à-dire l’obtention d’une image par contact d’un objet plat ou tridimensionnel sur une surface rendue photosensible. « Une photographe m’a prise sous son aile et m’a tout montré : comment fabriquer mes chimies à partir de nitrate d’argent ou de ferricyanure de potassium, les différents procédés, etc. »

C’est «la matérialité et la temporalité du procédé», explique-t-elle, qui l’a d’abord attirée vers ce savoir-faire plutôt inusité. «Pour moi, il s’agit d’une expérience plus complète que le numérique, qui offre davantage une expérience 2D. C’est plus concret. Je travaille dans une temporalité physique qui permet de voir en temps réel les choses s’activer devant moi. C’est réel, tangible. Plus fluide aussi. Ça se rapproche de la peinture...»

Quelques-unes des oeuvres de Mariève Pelletier.

Au début, Mariève Pelletier ne faisait que reproduire des images à partir d’anciens négatifs qu’elle restaurait. C’est lors de ses études à l’École supérieure des Arts et Médias de Caen/Cherbourg qu’elle a poussé son travail d’exploration artistique afin d’amener ces procédés anciens dans une démarche contemporaine. «Le plus difficile, c’est de ne pas rester dans le XIXe siècle», dit-elle d’ailleurs.

Pour elle, mais également pour les gens qui admirent son art, précise-t-elle. «Mon principal défi, c’est de faire oublier à celui qui regarde la technique que j’utilise pour qu’il voie l’oeuvre, le message que je tente de transmettre.»

Préserver la mémoire collective

Parallèlement à son travail créatif, la jeune artiste continue la restauration et la réimpression d’anciens négatifs sur commandes, pour des particuliers et des antiquaires. «Ça prend des gens qui continuent à travailler avec ces techniques anciennes pour éviter que ne se perde tout un pan de notre mémoire collective, de notre patrimoine, de notre passé d’humanité», fait-elle valoir, citant en exemple les quelques boîtes remplies de négatifs sur plaques de verre dénichées dans une vieille ferme en Normandie et qu’on lui a apportées.

Elle se réjouit d’ailleurs de voir de plus en plus de jeunes et d’industries revenir aux sources. À l’instar du monde de la musique et du vinyle, les grands centres de l’image et les cinémathèques recommencent à archiver leurs collections sur pellicules plutôt qu’en format numérique, affirme-t-elle. «Ils se sont rendu compte que ça se conservait mieux dans le temps parce que la technologie évolue tellement vite qu’elle ne permet pas de lire un fichier quelques années plus tard.»

Les artistes photographes émergents aussi sont plusieurs à tourner le dos au numérique, constate-t-elle. «Ils commencent à réaliser les limites de la technologie, qui rend très mince la ligne entre la photo amateure et professionnelle. Aujourd’hui, avec une bonne caméra et quelques notions, pratiquement n’importe qui peut s’improviser photographe», est-elle d’avis.

Comme quoi, le passé finit toujours par nous rattraper!