Une multitude d’artistes vivent à Sutton et profitent du village.
Une multitude d’artistes vivent à Sutton et profitent du village.

Sutton, bien plus qu'un village de montagne

Sutton est d’abord un village de montagne qu’on apprécie pour ses paysages de cartes postales. Et parce que la beauté attire la beauté, d’innombrables artistes y font leur nid depuis des décennies. Résultat : une effervescence culturelle unique et une atmosphère de vacances à l’année!

Richard Leclerc a adopté ce coin de pays depuis longtemps, mais il s’y est établi à temps plein il y a 18 ans. Engagé dans mille projets, au fait de tout, le publicitaire est fervent de culture et fou de sa municipalité d’adoption, où il s’est fait de nombreux amis. La Voix de l’Est est allée à sa rencontre pour tenter de percer le mystère de la belle campagnarde.

«Sutton, c’est la combinaison parfaite entre la nature et la culture», laisse-t-il tomber comme une évidence.

Bon, comme partout ailleurs, les derniers mois ont laissé des traces. La réalité de cet été 2020 n’offre pas un portrait très juste de ce qui s’y passe en temps normal. N’empêche, le détour en vaut la peine, assure M. Leclerc. «La montagne est un attrait, mais aussi le Parc d’environnement naturel de Sutton, les pistes cyclables... Quand on vient faire un tour ici, il y a plein d’options.»

Mais revenons au vent de culture qui souffle en permanence sur Sutton. La rumeur veut d’ailleurs que le village et sa campagne environnante abritent le plus grand ratio d’artistes au Québec, peut-être même au Canada...

«Pourquoi? Parce que les artistes aiment le beau. Et ici, c’est beau. On a des paysages enchanteurs. Beaucoup d’entre eux sont d’ailleurs en arts visuels.»

Richard Leclerc pose près d’une sculpture (incomplète) en hommage à Pierre Falardeau.

Un petit musée unique

Lui-même est responsable du Musée des communications et d’histoire de Sutton. Depuis 2009, l’endroit a raconté, sous forme d’expositions, l’histoire des anciens Canadiens de Montréal, de Jehane Benoit, de Gerald Bull, des frères Vachon, de François Dompierre et de Pierre Falardeau, entre autres.

Intime et chaleureuse, la petite institution muséale s’apprêtait, cet été, à offrir au public une exposition sur la chanteuse Monique Leyrac, illustre résidante de Sutton décédée à la fin de 2019. Pour les raisons que l’on connaît, l’événement sera reporté à l’an prochain. Entretemps, Richard Leclerc a tenu à rendre hommage à Bertrand Derome, surnommé Monsieur Sutton, le camelot local du journal L’Itinéraire, à travers une expo virtuelle.

Pour conserver l’intérêt du public en cette période difficile, le Musée organise même un concours de sosie sur les réseaux sociaux. Quiconque ressemble à l’un ou l’autre des personnages qui ont fait l’objet d’une exposition au cours des dernières années est invité à soumettre sa photo.

Bouillonnement

Le Musée n’est qu’un des fleurons culturels du village. Il y en a bien d’autres. Des galeries d’art, la petite salle de spectacles Alec et Gérard Pelletier, une multitude d’ateliers d’artistes à visiter sur rendez-vous, une école d’art hors de l’ordinaire, le Tour des arts, le Festival de violon traditionnel de Sutton, le festival Sutton Jazz chaque automne…

La municipalité et ses alentours sont même couverts par la publication Le Tour, qui témoigne de ce qui s’y passe quatre fois par année.

Pas pour rien que les Robert Toupin, Raymond Cloutier, Andrée Pelletier, Jean-François Pichette et Michael Hynes de ce monde aient choisi d’y vivre, croit Richard Leclerc.

Un tel bouillonnement vient toutefois avec quelques contraintes. Pour maintenir une offre si généreuse dans un si petit milieu, l’apport des bénévoles constitue le nerf de la guerre. Et parfois, ceux-ci ne fournissent pas à la demande, constate M. Leclerc. « Le dynamisme est toujours là, mais ils sont peut-être un peu essoufflés... »

Ce n’est pas demain, cependant, que la flamme s’éteindra, croit-il, en confiant que le pouls du village bat notamment très fort au bistro Le Cafetier, là où « beaucoup de choses se passent ». Devant le café du matin ou l’apéro de fin d’après-midi, on y jase de tout, de rien... et de culture.

Mais Sutton, c’est aussi tous les autres commerces de proximité, boutiques, restaurants et microbrasseries qui animent le centre-ville.

« Surtout quand la fin de semaine approche, on est comme enveloppés par une ambiance bien particulière ici. Il y a beaucoup d’atmosphère. Tu vois, tu entends et tu sens plein de choses », résume Richard Leclerc en faisant référence à la musique, aux spectacles et à la bonne bouffe qui règnent au cœur du village.

Car, malgré la pandémie, il est fort possible que des concerts extérieurs ponctuels résonnent durant la belle saison dans la rue Principale, prévoit-il.

Il souffle un vent de culture sur la campagne de Sutton.

D’arts et de rêves : un projet fou et unique

Il fallait du cran et de la vision pour imaginer qu’un immense terrain de sept acres deviendrait un jour un parc de sculptures monumentales et une résidence-atelier pour soutenir les artistes visuels, les artistes du cirque et les artistes littéraires.

Moins de cinq ans ont pourtant été nécessaires à Nicole Côté, Henri Lamoureux et leur nièce Joanie Leroux-Côté pour en faire un lieu sans pareil. «D’arts et de rêves, c’est unique. C’est une patente qui n’existe nulle part ailleurs au Québec», laisse tomber Mme Côté en souriant. 

L’organisme à but non lucratif a en effet réussi à rallier une impressionnante brochette de mécènes, de partenaires et de bénévoles. Sous leur impulsion, les projets se sont multipliés au 57, Principale Nord.

Le dernier en lice : la rénovation complète du bâtiment de ferme datant des années 1800, qui sert à accueillir les artistes pour des séjours de création. Près d’un million de dollars devraient y être consacrés. L’ouverture est prévue en juin 2021. «À terme, on aura plus d’espace pour les recevoir plus confortablement.»

Pour avoir les moyens de ses ambitions, D’arts et de rêves a besoin du soutien financier du public. Son événement-bénéfice MusArt prendra la forme, cette année, d’un grand encan silencieux virtuel du 1er au 15 août. Plus de 50 œuvres seront mises à l’enchère et la moitié des profits sera versé aux artistes, pour les aider en cette période difficile, note Mme Côté. 

Et même si plusieurs lieux culturels sont sur pause, la bonne nouvelle, c’est que les responsables D’arts et de rêves peuvent convier les visiteurs à faire une longue promenade en nature parmi la vingtaine d’œuvres en exposition sur le site. 

«On offre une programmation cet été dans le parc. Avec sept acres, c’est possible de le faire. Et on va embaucher des artistes pour donner des performances en plein air durant certains week-ends», ajoute la dame. Parmi elles, on pourra assister à un défilé circassien et festif au village, un samedi d’août, et à une performance en direct de sculpture sur bois par l’artiste Daniel Haché, en septembre.

L’avocate, artiste, grande bénévole, féministe, militante et globe-trotteuse Nicole Côté a posé les pieds à Sutton dans les années 70. Et elle a eu amplement le temps de s’y attacher depuis.

Des artistes ancrés à Sutton

L’avocate, artiste, grande bénévole, féministe, militante et globe-trotteuse Nicole Côté a posé les pieds à Sutton dans les années 70. Disons qu’elle a eu amplement le temps de s’y attacher depuis.

«À l’époque, il y avait beaucoup d’artistes per capita à Sutton, et ce nombre est encore très élevé. Plus je travaille dans ce monde, plus j’en rencontre. Et en m’immisçant dans l’univers du cirque, j’en découvre encore. Je me rends compte qu’ils sont tous à Sutton!» s’exclame la résidente de Glen Sutton.

Mais pourquoi donc? 

«Il ne faut pas nier l’extrême beauté de la région. À mon humble avis, c’est l’un des plus beaux coins du Québec. Mais il y a aussi une mentalité, une qualité de vie et une culture du lieu ici. On sent un désir d’harmonie avec la nature qui est très fort, sans compter notre beau petit microclimat.»

Bref, tout cela en fait une véritable pépinière culturelle, selon elle. «On reste un milieu fort attrayant pour les gens qui aiment l’art, en raison de la sérénité qui se trouve à portée de main.»

L’effet d’entraînement y jouerait-il pour beaucoup? «C’est sûr que le bouche-à-oreille attire les artistes, mais la réalité du lieu fait toute la différence», termine-t-elle.