Antoine et Cédérick Normandin, alias Les Somnifrères, partagent la scène depuis moins d’un an.

Sur les traces de Messmer

La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. Après des années à se braquer contre le métier de leur père, Antoine et Cédérick Normandin ont fini par se rendre à l’évidence : ils allaient suivre les traces de Messmer... en créant Les Somnifrères.

La grande question, c’est pourquoi ? « Tout nous ramenait à ça. Peu importe ce qu’on faisait dans notre vie, on finissait toujours par travailler avec notre père en France ou au Québec comme assistants. Plus jeunes, on reniait le fait qu’on voulait faire ça dans la vie. On a eu des temps durs à l’école à cause de la célébrité de notre père, et à cause du fait qu’il était absent pour bâtir sa carrière. Ça nous a fait haïr ce métier. Mais en vieillissant, on a compris les efforts qu’il faisait pour nous. On a réalisé que c’était bien de faire ça dans la vie. C’est passé d’un rejet de son métier à un exemple à suivre », raconte candidement Antoine, le cadet des deux fils.

Devenus adultes, ils ont clairement ressenti l’appel du monde du spectacle. « On a commencé à travailler avec lui par-ci par-là, puis c’est devenu plus sérieux. On a travaillé durant cinq ans aller et retour Québec-France. En ce qui me concerne, j’ai fait plein de choses, mais la vie m’envoyait le message que je devais faire ça. »

D’autant plus que l’hypnose a — consciemment ou non ! — toujours fait partie de leur existence. « On faisait de l’hypnose depuis des années, en l’aidant dans ses spectacles. Il nous l’a appris indirectement quand, tout petits, on le suivait dans ses spectacles, par exemple. On était imprégnés de son savoir. Adolescents, on se pratiquait sans qu’il le sache. On le faisait en cachette ! »

Plus sérieux, Antoine poursuit. « L’hypnose, ce n’est pas juste théorique. C’est un mode de vie, une façon d’être et de penser qu’il nous a transmise, une façon de ressentir l’énergie des gens », dit-il, en assurant que lui et son frangin se servent de leur savoir à bon escient. « Notre père nous a transmis de belles valeurs et on n’est pas là pour les mauvaises raisons. On ne pratique pas l’hypnose en dehors de notre travail. »

Complices
L’association « officielle » entre les deux frères est assez nouvelle. Leur premier spectacle en duo date du 9 août dernier. Depuis, ils ont offert environ 80 représentations et 80 autres sont à venir.

Antoine Normandin ne cache pas qu’au quotidien, lui et son frère ne sont pas toujours au diapason. Sur scène, cependant, le tandem forme une équipe solide et professionnelle, assure-t-il.

Selon lui, cette complicité leur permet une grande interaction avec le public, plus d’humour et une meilleure réponse aux mille et un impondérables d’un spectacle d’hypnose.

Invité à décrire la prestation des Somnifrères, Antoine affirme qu’inévitablement, il ressemble un peu au spectacle de Messmer.

« On fait d’abord des tests de réceptivité pour trouver les meilleurs sujets. On cherche précisément un type de personne. Elle doit être ouverte d’esprit, prête à se laisser aller et à nous faire confiance », décrit celui qui estime que la moitié de la salle est généralement prête à tenter l’expérience de l’hypnose en public.

« Il y a une mise en scène, mais qui peut tourner à l’improvisation, car on suit les gens dans leur imaginaire. Ce sont eux qui font le spectacle. »

Suivre des formations en hypnose pour s’améliorer, très peu pour lui. « J’ai devant moi le meilleur prof et un modèle à suivre », lance Antoine en parlant de son père. Et chaque spectacle est source d’apprentissage, rappelle-t-il.

De grandes ambitions
Dans cette nouvelle carrière, Antoine et Cédérick ne souffrent pas le moins du monde du syndrome de l’imposteur. Au contraire. « On est déterminés à réussir. On veut conquérir la France comme notre père, mais aussi les États-Unis. Ça n’a jamais été fait. On se donne dix ans pour y arriver. On est certains de vouloir faire ce métier toute notre vie ! »

Antoine Normandin assure pourtant que ni lui ni son frère n’ont l’intention de faire concurrence à Messmer. « En fait, on se cache un peu des médias par choix... On ne veut pas entrer en compétition avec notre père et jouer dans ses plates-bandes ; c’est lui qui nous a tout enseigné et nous a ouvert une porte, alors on le respecte. Mais on a sa bénédiction ! »