Derrière leurs verres fumés, on reconnaît l’acteur Sébastien Ricard, la comédienne et productrice Marilyn Bastien et le scénariste et réalisateur Jean-Sébastien Lozeau.

Sébastien Ricard en tournage à Dunham

Sébastien Ricard est venu faire un petit tour dans le décor bucolique de Dunham, lundi après-midi. Le comédien a fait un arrêt au vignoble Château de cartes pour y tourner quelques scènes du premier long métrage de Jean-Sébastien Lozeau, Live Story.

Ce dernier est une adaptation du deuxième roman du réalisateur, Ces jours avant le dernier, un bouquin autopublié qui vient tout juste de paraître. L’auteur avait auparavant signé Réveillez-moi ! chez VLB Éditeur, dans lequel il racontait son enfance ternie par les Témoins de Jéhovah.

Son second ouvrage est en quelque sorte la suite du premier, peut-être même les conséquences, puisqu’il s’agit encore une fois d’un récit « à 97 % autobiographique », raconte celui qui travaille sur différents plateaux de télévision depuis une quinzaine d’années (Star Académie, Le Banquier, L’été indien...).

« En fait, c’est inspiré de mes intérieurs, mais ce n’est plus moi en même temps puisque je traite l’histoire de façon extérieure », précise l’auteur, scénariste et réalisateur.

Dans Live Story, on suit donc un couple formé d’Alex (Sébastien Ricard), un père monoparental qui a de la difficulté à vivre avec le fait d’avoir brisé sa famille, et Monica (Marilyn Bastien, également productrice du film), une fille bipolaire. « Ils font une balade en voiture et s’arrêtent dans un vignoble. Ça énerve Monica de voir Alex tout filmer avec son téléphone, tout mettre sur les réseaux sociaux. Alors qu’elle lui fait des reproches, il démarre un Facebook Live pour montrer la querelle en direct à ses amis. Mais celle-ci viendra aussi réveiller chez lui de vieilles blessures, au point où il voudra retourner chez lui à pied », laisse savoir Jean-Sébastien Lozeau, confirmant du même souffle que la dépendance aux réseaux sociaux sera l’un des thèmes centraux de son long métrage.

« Alex ressemble beaucoup à Jean-Sébastien, concède Sébastien Ricard, donc j’ai voulu être le plus honnête possible avec le scénario. Je n’essaie pas pour autant de le copier, je m’inspire plutôt de ce que je sens de lui. »

« Monica, c’est une fille insécure qui n’a pas reçu beaucoup d’amour étant jeune. Elle comble ce manque en recherchant constamment l’approbation des autres, surtout dans la sexualité. Elle porte un masque très froid pour se protéger de ses émotions. Et même si elle ne veut pas se l’avouer, elle est très dérangée par la relation fusionnelle qu’Alex a avec son fils », décrit pour sa part Marilyn Bastien concernant son personnage.

iPhone en vedette
La petite équipe de tournage — le film est autoproduit — est arrivée dans les Cantons-de-l’Est sur l’heure du midi lundi après une matinée à Richelieu. Bien qu’un seul après-midi était prévu à Dunham, les scènes tournées allaient constituer la trame principale du film, « qui sera complétée de flashbacks et de scènes tournées en Facebook Live », indique celui qui avait signé le court-métrage Being Britney, qui avait eu une belle vie dans les festivals en 2007-2008.

Ce dernier estime qu’entre 30 et 40 % du film a été tourné à l’aide d’un simple iPhone. C’est d’ailleurs ce pour quoi, principalement, tous se sont lancés dans le projet indépendant.

« J’ai aimé le scénario spontanément et l’ai trouvé très original au niveau de la forme, explique Sébastien Ricard. J’avoue que le fait de devoir moi-même filmer les scènes en Facebook Live, de jouer un peu les cinéastes, ça me fait triper. »

« Quand j’ai vu la nature du film, j’ai su que c’était possible de produire quelque chose de bien sans avoir des millions », affirme pour sa part Marilyn Bastien, qui avait jusqu’alors surtout produit du théâtre.

Cette dernière estime que le budget de Live Story se situe entre 40 000 et 60 000 $. Elle a investi de sa poche, et a demandé l’aide du public en lançant une campagne de sociofinancement (livestorylefilm.com). Jusqu’à présent, un peu plus de 10 000 $ ont été amassés.

En tout, dix jours de tournage sont prévus d’ici la fin septembre, la majorité à Montréal et dans les environs de Mont-Saint-Hilaire, où réside Jean-Sébastien Lozeau. Produit par Pourquoi Productions et distribué par K-Films Amérique, Live Story devrait voir le jour en 2019, d’abord en festivals puis en salles.