Retraité depuis 2011, Daniel Guénette a été professeur de littérature pendant près de 35 ans au Cégep de Granby.

Roman Dédé blanc-bec: de la magie de l'enfance aux tumultes de l'âge adulte

Le roman Dédé blanc-bec est né par «pure magie», confie son auteur Daniel Guénette. Alors qu’il était chez lui tard le soir sur son iPad, il s’est mis à écrire… «impulsivement et spontanément ». C’était un peu comme de « l’écriture automatique, pas celle des surréalistes, mais comme si ça devait répondre à une nécessité», observe-t-il.

Son 14e livre nous ramène dans les années 50 et tout le contexte social entourant ces années où les enfants baignaient dans les fumées de cigarette et les conversations des adultes permettant de se forger une opinion.

À travers sa vie « bien simple », Dédé entraîne le lecteur dans son passage de l’enfance à l’âge adulte au milieu de la tourmente. Le cadet d’une famille de trois enfants compose avec ses parents qu’il voit s’éloigner l’un de l’autre.

L’écrivain a voulu comprendre le basculement entre une enfance ponctuée d’innocence, de pureté et d’ouverture et le tumulte de l’adolescence.

Même si la relation entre les parents est dysfonctionnelle, ces derniers veillent à l’éducation de leurs enfants qu’ils enverront dans un collège privé où il seront « privés de liberté ». Plusieurs chapitres sont d’ailleurs consacrés à cette période désenchantée de la vie de Dédé. On se laissera guider à travers différents lieux comme le centre-ville de Montréal, endroit où est né Dédé.

« Comme un chapelet, les grains sont réunis par le récit principal », précise Daniel Guénette. [...] À partir du moment où l’adolescence arrive, il y aura alors une perte d’équilibre. »

En entendant le premier accord de la première chanson des Beatles, Dédé verra qu’il y a autre chose que les mensonges de sa vie de famille. Les Beatles lui permettront alors de s’identifier à ce mouvement, voire de s’évader, d’autant plus que son père déteste le groupe.

« C’est ce qui le sauve et le perd à la fois ».

Parce qu’avec cette identification « aveugle », Dédé deviendra l’enfant de son milieu, celui de la culture populaire. Il trouvera la vérité dans la drogue, dans le « monde parallèle ».

Dans sa transition vers le monde adulte, Dédé se réconciliera avec ses parents désormais divorcés. Une nouvelle influence le frappera alors : la littérature, mais aussi l’amour. « Il quitte le milieu de ses amis poteux, car les livres le nourrissent. Il adhère à cette surréalité », indique Daniel Guénette.

La place du lecteur

« Ce récit, où imaginaire du personnage et réalité de l’auteur se confondent, devient celui de la perte de la magie et du passage à l’âge adulte », est-il mentionné dans un communiqué presse.

Si Daniel Guénette hésite à affirmer que son roman en est un d’autofiction, il concède qu’il a volontairement puisé à travers ses souvenirs.

En narrant à la troisième personne, l’écrivain jouit de la liberté de faire des incursions dans un certain merveilleux, explique-t-il. On verra ainsi les personnages émerger : le père de Dédé deviendra Casanova, tandis que sa mère sera surnommée La Pompadour.

« Il faut que le lecteur ait une place et pour ça il faut que je disparaisse. En parlant au “il”, ça me libère face à l’histoire, indique Daniel Guénette. [...] Je disparais pour que le lecteur apparaisse. »

Le narrateur intervient plus au moins deux fois dans le récit pour prendre une distance face à l’action. Il viendra notamment définir « l’idiologie » où il élabore sur le fait que l’idéologie nous rend idiots.

Un travail achevé

Retraité depuis 2011, Daniel Guénette a été professeur de littérature pendant près de 35 ans au Cégep de Granby. Il retient de ces nombreuses années les rencontres qu’il a faites autant du côté du personnel enseignant que des élèves qui ont croisé sa route. Il avoue que l’enseignement lui a beaucoup appris au niveau de la communication.

« Pour rejoindre ses élèves, ça prend une part d’expressivité et de théâtralité », relève l’écrivain natif de Ville Saint-Laurent.

Après avoir interrompu l’écriture pendant près de 15 ans, à son corps défendant, Daniel Guénette est maintenant un écrivain à temps plein.

Il a écrit dix ouvrages en neuf ans, dont six sont publiés.

Après six ans de travail, de réécriture et de peaufinage est paru Dédé blanc-bec, le 5 septembre dernier aux Éditions de La Grenouillère.

Même si le squelette du livre est demeuré le même, ce dernier a subi beaucoup de transformations, passant de 280 à 205 pages.

« Je ne veux pas proposer un casse-tête au lecteur, car je le respecte. Quand on publie, on s’attend à ce qu’il y ait des lecteurs. Il faut bien les nourrir, il faut faire le ménage, pour ne pas donner un brouillon. »

Celui qui dit avoir voulu faire un roman littéraire croit que le lecteur pourra apprécier l’histoire, mais aussi le style d’écriture poétique et rythmé.

Selon le principal intéressé, Dédé Blanc-Bec plaira à plusieurs lecteurs un peu comme L’école des chiens, salué par la critique en 2015.