Richard Therrien
Calme, serein, Louis-Jean Cormier est venu interpréter <em>Croire en rien</em>, de son nouvel album, <em>Quand la nuit tombe</em>.
Calme, serein, Louis-Jean Cormier est venu interpréter <em>Croire en rien</em>, de son nouvel album, <em>Quand la nuit tombe</em>.

Tout le monde en même temps

CHRONIQUE / Tout le monde en parle, refuge du dimanche soir? Le rendez-vous de Guy A. Lepage et Dany Turcotte, qui devait prendre fin le 19 avril, est allongé jusqu'au 24 mai sur ICI Télé, toujours en direct. Présentée en direct pour la deuxième semaine consécutive, c'est comme si l'émission s'était trouvée une nouvelle mission. En ces temps difficiles, les gens ont besoin de se retrouver, tout le monde en même temps, comme dans la chanson de Louis-Jean Cormier.

Le chef d'antenne Patrice Roy et le chroniqueur et animateur Patrick Lagacé, qui ne se sont jamais sentis aussi utiles que depuis le début de cette crise, ont continué de rendre service durant toute l'émission en posant de bonnes questions; je leur décerne l'étoile du match. Contrairement au 11 septembre, cette crise nous touche directement et constitue «une histoire fascinante à couvrir», affirme Patrick Lagacé. Patrice Roy salue le sens du devoir chez les gens des médias. «Je trouve ça extraordinairement beau.» Alors que trois employés de Radio-Canada ont contracté le virus, dont un au Centre de l'information à Montréal, le chef d'antenne affirme qu'une procédure très claire est respectée pour éviter de mettre le reste de l'équipe en danger. Patrick Lagacé a bien défendu le travail des journalistes, qui se montrent insistants auprès du trio quotidien de 13h à l'Assemblée nationale, au risque de heurter le public. L'animateur et chroniqueur n'a pas souvenir d'un gouvernement aussi transparent. Au fédéral, toujours selon lui, Justin Trudeau ne l'a pas pour la communication, mais dans les mesures prises par son gouvernement, «c'est du jamais vu» et «on prend le taureau par les cornes».

Le chef d'antenne Patrice Roy et le chroniqueur et animateur Patrick Lagacé, qui ne se sont jamais sentis aussi utiles que depuis le début de cette crise, ont continué de rendre service durant toute l'émission en posant de bonnes questions.

«On va-tu en avoir des choses à se raconter», a lancé Janette Bertrand, pensant au moment où les gens se retrouveront enfin. «Briser la routine, c'est dur pour les gens âgés», explique celle qui vient de fêter ses 95 ans – incroyable quand même –, mais qui suit à la lettre les directives du gouvernement aux personnes de 70 ans et plus. Dans cette entrevue réalisée par Skype, où elle paraissait en pleine forme, elle a raconté avoir célébré son anniversaire en tête-à-tête avec son chum, aux huîtres et au champagne. Janette, dont le prochain roman parlera de l'effet du mouvement #moiaussi sur les hommes, invite les femmes à écrire leur biographie.

Réduction des heures d'affaires, renforcement des mesures d'hygiène, installation de plexiglass à chaque caisse, politiques salariales; le PDG de Metro, Eric La Flèche, compare cette crise à «un tsunami» pour l'industrie de l'alimentation, qui a dû multiplier les mesures pour protéger sa clientèle et son personnel. Il se fait toutefois rassurant en répétant qu'on ne prévoit pas de pénurie de nourriture et de médicaments. La hausse de salaire de 2$ de l'heure pour les employés d'épiceries est temporaire, et ne concerne pas le personnel des pharmacies, détenues par des franchisés. L'explosion des commandes en ligne a certainement pris de court l'entreprise, dont «la capacité est insuffisante pour répondre à la demande trop forte», prévient M. La Flèche. Réserver des heures d'accès aux personnes de 70 ans et plus, seules et sans famille, aurait été à l'encontre des directives de la santé publique, explique le PDG de Metro.

Pablo Rodriguez reconnaît que 202 milliards de mesures d'aide du fédéral, notamment pour soutenir les entreprises, c'est beaucoup. En a-t-on les moyens? «Est-ce qu'on a les moyens de ne pas le faire?» demande plutôt le lieutenant du Québec et leader du gouvernement à la Chambre des communes. Pour s'assurer que les paiements arrivent rapidement à destination, il affirme que tout passera par l'Agence canadienne du Revenu. Si une deuxième vague devait survenir, le Canada serait-il prêt à l'affronter ou mieux, à l'éviter? «Ça dépend de la population aussi. […] C'est ensemble qu'on va réussir», répond M. Rodriguez, qui n'envisage pas pour l'instant de loi sur les mesures d'urgence. Et si ça devait arriver, «ce serait en accord avec les provinces», précise-t-il.

Même si seulement un faible pourcentage des personnes atteintes développent un syndrome de détresse respiratoire, le Dr Antoine Delage espère qu'on n'en vienne jamais à devoir choisir des patients à sauver. «Ça ne prend pas beaucoup de patients pour saturer une unité de soins intensifs dans un hôpital», explique le président de l'Association des pneumologues, ajoutant que le séjour moyen d'un patient atteint de la COVID-19 aux soins intensifs est de 10 à 14 jours. Le coronavirus pourrait-il réapparaître d'année en année? «Le temps nous le dira», répond le médecin. Aucun traitement efficace n'est encore reconnu. «Le seul traitement qu'on a, c'est la prévention», affirme le Dr Delage, qui croit que la prochaine semaine sera déterminante.

Si Montréal dispose de plus de pouvoir pour faire respecter la distanciation sociale, c'est que certains rebelles se permettaient encore des rassemblements ou d'ouvrir leur commerce; après tout, près de la moitié des cas sont dans la métropole. Et ce, même si le Montréalais moyen respecte les consignes, constate la Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de la métropole. Appeler le 911 reste le meilleur moyen de dénoncer les dissidents. «On est bien préparés au Québec, on s'est pris plus tôt, la semaine de relâche nous a fait mal. Si ça s'était passé au début février, on n'en serait pas où on en est», affirme la Dre Drouin, qui relève trois cas parmi les itinérants sur l'île.

Calme, serein, Louis-Jean Cormier est venu interpréter Croire en rien, de son nouvel album, Quand la nuit tombe. Il n'y a pas si longtemps, l'artiste avait l'impression de vivre dans un paradis où tout le monde est ouvert. «À côtoyer une femme éthiopienne [sa conjointe Rebecca Makonnen], qui reçoit chaque semaine des messages tellement d'une violence inouïe, du genre «retourne dans ton pays»», il a constaté que «la xénophobie existe au Québec», et a signé Les poings ouverts. Espérons qu'on garde l'idée de finir l'émission en musique – par les temps qui courent, on prendra tout ce qui nous fait du bien.

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«On va-tu en avoir des choses à se raconter», a lancé Janette Bertrand, pensant au moment où les gens se retrouveront enfin.