Clare-Hope Ashitey dans le rôle de KJ Harper dans Seven Seconds

Secoué par Seven Seconds

CHRONIQUE / Un policier blanc en civil, un peu en panique, parle au cellulaire et appuie sur l’accélérateur : sa femme, enceinte, l’attend à l’hôpital. Dans l’empressement, alors qu’il traverse un parc de Jersey City, il heurte violemment un jeune Noir à vélo. La seule chose à faire serait d’appeler les secours, mais il ne lui faudra que sept secondes pour faire le mauvais choix.

Ses collègues se mettent à trois pour le couvrir et dissimuler l’accident, ni vu ni connu. Brenton Butler, 15 ans, est laissé pour mort dans la neige. Cette première scène est le prétexte de Seven Seconds, nouvelle série de 10 épisodes de Netflix en ligne depuis près de deux semaines, sur les tensions raciales. Une œuvre percutante, choquante, située dans le nord-est des États-Unis, et qui explore le racisme insidieux et primaire, encore très fort dans certaines parties du pays. On se sent envahi d’un esprit de révolte quand on regarde Seven Seconds.

Même si le fautif, Peter Jablonski (Beau Knapp), finit par vouloir se livrer, son supérieur (David Lyons), un pourri de la pire espèce, insiste pour camoufler son crime et pour faire porter le blâme sur un sans-abri. «Un jour ou l’autre, il aurait tué quelqu’un. Bon débarras», lui dit-il. Jablonski reste néanmoins rempli de remords, au point de se montrer à l’hôpital et de laisser des indices. Bien entendu, ça n’en restera pas là.

Le personnage de la procureure chargée du dossier, KJ Harper (excellente Clare-Hope Ashitey), aussi de race noire, reste à mon avis le plus intéressant. Une alcoolique au comportement erratique, qui tente malgré ses problèmes de faire éclater la vérité, prise entre son devoir d’avocate et son appartenance à la communauté noire. Sauf qu’elle a tout contre elle, flanquée d’un enquêteur blanc (Michael Mosley) tout sauf subtil, qui ne fait que la rabaisser, adopte un ton infantilisant en sa présence et agit en intimidateur à son égard. Un homme que vous n’aimerez pas beaucoup d’emblée.

Regina King (American Crime) incarne la mère du jeune Brenton, et Russell Hornsby, son père. Des parents très pieux, révoltés par le peu d’égards des autorités à l’endroit de leur fils. Pour ce crime, l’accusé risque à peine de trois à cinq ans de détention. Dès les premières minutes, on sent le fort clivage entre Noirs et Blancs au cœur de ce quartier violent, où les murs sont couverts de graffitis du genre «arrêtez de nous tuer» ou «j’emmerde la police». La série s’inspire d’ailleurs du mouvement Black Lives Matter. Un politicien en campagne se préoccupe beaucoup plus de savoir si le drame intéresse la presse que du sort de la famille de la victime.

Seven Seconds a été créée par Veena Sud, qui a signé The Killing, adaptation américaine d’une série danoise. Elle a tous les ingrédients d’une série dont on veut voir la suite sans attendre. Son propos nous révolte parce qu’on sait qu’il ne relève pas de la fiction, et qu’il est on ne peut plus actuel. Le coupable finira-t-il par craquer et tout balancer? Sinon, comment se fera-t-il démasquer? Voilà de la télé qui conscientise, ébranle, secoue.

Le show de Rousseau devra s’améliorer

La première un peu décevante du Show de Rousseau, le nouveau talk-show de 22h à V, a attiré 310 000 curieux, lundi soir. À la même heure, 572 000 préféraient le TVA Nouvelles alors que 354 000 ont opté pour Le téléjournal de Céline Galipeau à 22h et 218 000 à 22h30, sur ICI Radio-Canada Télé. L’an dernier, En mode Salvail attirait en moyenne 294 000 fidèles durant la première semaine de mars. On devra certainement apporter quelques correctifs au Show de Rousseau, notamment sur le rôle joué par Sonia Cordeau, qui avait l’air en punition dans le coin, assise en retrait. Stéphane Rousseau reçoit ce soir François Bellefeuille, Claude Legault et Laurent Duvernay-Tardif.

O’: et ça continue

Avis aux amateurs de la série O’: l’histoire des O’Hara se poursuivra durant toute la saison 2018-2019, pour une huitième saison à TVA. D’ici là, le 150épisode clora la présente saison, le mardi 27 mars à 20h. On a eu peur quand TVA a décidé de loger la série contre Unité 9 l’automne dernier. Et pourtant, O’ a gardé le cap, comptant sur une base solide de fans très assidus. À titre d’exemple, la série a retenu 917 000 téléspectateurs la semaine dernière contre 1168 000 pour Unité 9.