Réal Giguère, qui incarnait la classe et parlait un français impeccable, a choisi de mettre ces talents au service du divertissement pur. Le public lui a toujours voué une grande affection.

Réal Giguère, Monsieur Télévision, n’est plus

CHRONIQUE / Il y a de ces voix, de ces visages, qui finissent par s’ancrer dans votre quotidien, devenant presque un membre de la famille. Personnage incontournable de la radio et de la télévision durant cinq décennies, Réal Giguère fait partie de ceux-là. Monsieur Télé-Métropole, qui avait quitté l’écran depuis deux décennies, s’est éteint lundi à l’âge de 85 ans, à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. La télé perd tout un monument.

M. Giguère, qui incarnait la classe et parlait un français impeccable, a choisi de mettre ces talents au service du divertissement pur. Le public lui a toujours voué une grande affection. À l’écran, il pouvait commettre les pires folies, misait beaucoup sur l’autodérision en se plaçant dans les situations les plus ridicules, comme il pouvait mener les entrevues les plus sérieuses, avec le plus grand respect de ses invités. Un art qu’il a pratiqué avec brio au talk-show Parle parle jase jase, à l’heure du souper, de 1975 à 1979.

Né en 1933 à Montréal, il entreprend sa carrière à la radio de CKAC dans les années 50, avant de passer brièvement à la télévision de Radio-Canada en 1957. Mais c’est véritablement à Télé-Métropole qu’il devient une figure familière du public. Pionnier de la télévision dite populaire, Réal Giguère incarnait à lui seul le canal 10. Il était là à l’ouverture de la station, qui venait faire concurrence à Radio-Canada, en 1961. À travers les années, il cumulera les succès comme Dix sur dix, Réal Giguère illimité et Madame est servie.

Surnommé «le gros parfait» par Les Cyniques, Réal Giguère a longtemps essuyé les moqueries sur son surplus de poids et son rire gras. Il a choisi d’en rire à son tour. En 1962, il endisquait Gros jambon, une version française de Big Bad John, plus récitée que chantée, mais dont il vendra plus de 300 000 exemplaires.

L’homme, pourtant rieur à l’écran, l’a avoué lui-même : il n’avait pas un caractère facile. Le magazine TV Hebdo lui a un jour accordé son prix Citron de l’artiste le plus désagréable avec les journalistes. Il lui est arrivé plus d’une fois de tenir tête à ses patrons, et de claquer la porte quand il n’obtenait pas satisfaction. C’est arrivé en 1979, alors qu’il a abandonné l’émission Les matins de Réal à TVA, en pleine saison, un geste qu’il regrettera. Il fera un bref passage à Radio-Canada en 1982 pour écrire la comédie Métro boulot dodo, un cuisant échec.

Je ne crois pas avoir manqué une seule émission de Galaxie, qui recevait chaque jour cinq étoiles du showbiz, pour répondre à des questions. Le jeu a duré cinq ans à TVA, de 1983 à 1988. Tout en animant Galaxie, on lui confie dans les années 80 l’émission de bien-cuit Club Sandwich, dont une édition spéciale durant laquelle sont remis les tout premiers trophées Artis. Puis en 1991, on lui confie la version québécoise de Jeopardy! pendant deux saisons. Réal Giguère, qui adorait faire rire, a aussi touché à la scène, notamment en jouant dans La cage aux folles. Élu Monsieur Télévision en 1962, il reçoit l’Ordre du mérite de l’Association canadienne de la radio en 2000.

Parallèlement à sa carrière d’animateur, il a signé plusieurs téléromans, dont un avec Claude Jasmin, Dominique, un gros succès de TVA, diffusé de 1977 à 1979, avec Dominique Michel dans le rôle-titre. Il créera plus tard ce qu’on appellera le «Dynastie» québécois, L’or du temps, qui tiendra l’antenne de TVA durant huit saisons, de 1985 à 1993, et qui sera le premier téléroman à parler aussi crûment d’homosexualité et de consommation de drogues.

Son fils, le comédien et photographe Sylvain Giguère, issu d’un premier mariage, a partagé la triste nouvelle sur Facebook lundi soir. Réal était le frère de Roland Giguère, cofondateur du réseau TVA, décédé en 2005, et le père de Magalie, qu’il a eue avec sa deuxième femme, Paulette.

Longtemps omniprésent, M. Giguère avait choisi de se retirer de l’espace public après la fin de Reporter, qu’il a animée durant une saison à TVA, en 1996. En 2011, Éric Salvail l’avait convaincu de lui accorder une longue entrevue, en plus de participer à l’émission Fidèles au poste!, à TVA. Ce sera sa dernière apparition publique, mais il serait bien étonnant qu’on la rediffuse un jour.