Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Murielle Prud’homme et Louise Lussier (Josée Deschênes et Guylaine Tremblay) se connaissent depuis 50 ans. Une grande amitié lie donc ces deux femmes tellement différentes.
Murielle Prud’homme et Louise Lussier (Josée Deschênes et Guylaine Tremblay) se connaissent depuis 50 ans. Une grande amitié lie donc ces deux femmes tellement différentes.

Le Phoenix: pour le duo d'actrices

CHRONIQUE / En partant, Le Phoenix dispose d’un duo rêvé en Guylaine Tremblay et Josée Deschênes. Deux actrices étoiles, qui ont travaillé ensemble dans La petite vie mais qui ont aussi fréquenté en même temps le Conservatoire d’art dramatique de Québec. Les deux grandes amies avouent qu’elles n’avaient jamais pris part à un tel tournage sur la route, à répéter leurs scènes dans les chambres d’hôtel, et qu’elles en auraient pris encore. Ajoutez à ce duo Benoît Gouin, un autre complice de longue date du Conservatoire.

Séries Plus nous a convoqués en personne pour la projection de sa nouvelle série, une première depuis le début de la pandémie. Un bonheur de revoir les collègues et les équipes de télévision, loin de Zoom et de Teams, bien impersonnels et figés plus souvent qu’autrement. Comme les fictions québécoises se feront un peu plus rares cet automne à cause des projets reportés, celle de Séries Plus arrive à point. À inscrire à votre calendrier, le mercredi 2 septembre à 21h.

Murielle Prud’homme et Louise Lussier (Josée Deschênes et Guylaine Tremblay) se connaissent depuis 50 ans. Une grande amitié lie donc ces deux femmes tellement différentes, Louise étant la passionnée et impulsive, et Murielle, la plus carriériste et raisonnée. «Loulou» avoue à «Mu» se tanner vite des choses et des gens, mais que sa meilleure amie, c’est sacré, et que ça restera toujours. Cette belle union sera toutefois mise à rude épreuve durant les six épisodes d’une heure de cette comédie dramatique.

Pour faire la paix avec son passé, Loulou entreprend un voyage symbolique vers la Baie James pour y disperser les cendres de son mari, un ingénieur en hydroélectricité joué par Marc Messier, mort là-bas sept ans plus tôt. Sans trop réfléchir, elle utilise une mise de fonds sur sa prochaine propriété pour faire l’acquisition d’un Winnebago, Le Phoenix, et convainc sa meilleure amie de l’accompagner. Insatisfaite de sa vie de couple avec Daniel (Benoît Gouin), Murielle se laisse tenter par l’aventure, qui changera à tout jamais l’existence des deux femmes. Une histoire criminelle viendra pimenter ce voyage. Le principe des deux femmes qui prennent le large pour fuir leur existence fait peut-être penser à Thelma et Louise, mais la comparaison ne va pas très loin.

Le Phoenix est la première série de Julie Roussel et Anthony Ferro. La première, aussi actrice et ancienne partenaire de jeu de Josée Deschênes dans L’auberge du chien noir, tient le rôle d’une coiffeuse, Lise-Denise, qui croisera la route du duo d’amies. Antoine Pilon joue le fils malade du jeu de Murielle, et Julianne Côté, la fille de Louise, partie vivre avec sa psy, jouée par Chantal Fontaine. L’oeuvre est produite chez Casablanca, qui nous a donné entre autres 5e rang et C’est comme ça que je t’aime.

Alors qu’on triche beaucoup en fiction pour nous faire croire qu’on est à Paris, mais qu’en réalité, on tourne dans le Vieux-Montréal, la production a insisté pour tourner dans les vrais lieux, autant que possible. Comme en tournée, l’équipe a fait un véritable «road trip» jusqu’aux îles de Mingan, en passant par le lac Saint-Jean, ce qui a ravi le réalisateur Francis Leclerc, content qu’on montre autre chose que Montréal à l’écran. Une heureuse fantaisie, qu’a pu se permettre la production avec l’assentiment de Séries Plus.

Francis Leclerc retrouve ici Guylaine Tremblay, qu’il avait dirigée dans Les rescapés. Je l’ai écrit souvent: j’aime ce réalisateur, sa signature unique, il va chercher le meilleur des acteurs, des Beaux malaises à Apparences et Marche à l’ombre. Heureusement, parce que le scénario du Phoenix n’est pas toujours à la hauteur. On prend beaucoup de temps, un épisode complet, avant de faire démarrer le Winnebago, et certaines scènes frisent la caricature. En même temps, on veut savoir jusqu’où les deux femmes se rendront, on s’attache à elles et on les envie un peu de partir ainsi du jour au lendemain en laissant la sécurité derrière elles. La complicité des deux interprètes est évidente. Juste pour ça, la série vaut le détour.

Vous le constaterez d’emblée: Le Phoenix a été tournée bien avant le confinement. Tout le monde se touche et se tient côte à côte. Francis Leclerc ne veut même pas imaginer ce qui aurait dû inventer s’il avait dû tourner en pleine pandémie. La série devait d’ailleurs prendre l’antenne de Séries Plus au printemps, mais on a dû reporter la diffusion pour laisser le temps à l’équipe du son de compléter son travail en alternance en studio, puis à distance.

Plusieurs scènes du Winnebago ont été tournées en studio. J’ai habituellement l’oeil, mais je n’ai rien remarqué du tout en voyant les premiers épisodes. Francis Leclerc a emprunté un concept qu’utilisait Hitchcock à l’époque, et qui consiste à projeter de véritables images en arrière-plan, pour faire croire qu’on est à l’extérieur. Vous n’y verrez que du feu.

La dernière fois qu’on avait vu une nouvelle production québécoise à Séries Plus, c’était pour Plan B au printemps 2017. Depuis, Corus a voulu vendre à Bell, mais le commissaire à la concurrence a dit non. La direction en place s’est donc remise à étudier les projets en développement pour donner son aval au Phoenix. Le tournage d’une autre production, Bête noire, commencera le 21 septembre prochain. C’est la réalisatrice du film Antigone, Sophie Deraspe, qui est derrière l’oeuvre signée Patrick Lowe et Annabelle Poisson et produite chez Encore Télévision. Dans cette minisérie de six épisodes, un adolescent de 16 ans commet un acte haineux, qui aura de graves répercussions.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi depuis le début de la pandémie, mais chaque fois que je vois des gens se prendre dans leurs bras ou s’asseoir collé-collé dans une série, je fais le saut. Comme si la distanciation physique s’était bien ancrée en nous. Ça vous arrivera en regardant Le Phoenix, surtout dans un espace aussi restreint qu’un Winnebago, et c’est un peu triste. Si au moins on pouvait se laisser aller un peu plus dans la fiction, pourtant un espace privé de COVID-19.

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