Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
L’infectiologue Anne-Marie Leclerc (Julie Le Breton) aura à combattre une pandémie meurtrière dans la série «Épidémie».
L’infectiologue Anne-Marie Leclerc (Julie Le Breton) aura à combattre une pandémie meurtrière dans la série «Épidémie».

«Épidémie»: méfiez-vous du furet

CHRONIQUE / Il y aura du gros trafic à 21h cet hiver. À TVA, en plus du retour de «Fugueuse» le lundi, «Épidémie» angoissera un peu plus nos mardis soir à partir du 7 janvier. Armez-vous de Purel, vous en aurez besoin; cette série catastrophe fait germer l’idée d’une pandémie meurtrière qui pourrait un jour s’attaquer au Québec. D’inoffensifs furets pourraient faire partie du problème. La dernière fois qu’un de ces animaux a fait l’objet d’une série, c’est quand Junior Bougon s’en est inséré un dans le postérieur. Avec «L’épidémie», on est complètement ailleurs.

Après L’imposteur, les auteurs Annie Piérard, Bernard Dansereau et Étienne Piérard-­Dansereau s’adjoignent une nouvelle fois le réalisateur Yan Lanouette Turgeon pour cette série de 10 épisodes d’une heure, qui risque de nous tenir en haleine tout l’hiver. En pleine crise de couple avec un mari infidèle (Gabriel Sabourin), l’infectiologue Anne-Marie Leclerc (Julie Le Breton) aura beaucoup d’autres chats à fouetter, pour ne pas dire d’autres furets. L’angoisse naît dès les premières minutes quand un fermier, joué par Gilles Renaud, est pris d’étourdissements après avoir été en contact avec trois spécimens qu’il s’apprêtait à vendre. Le Laboratoire d’urgence sanitaire sera plus tard saisi du cas d’infection et des autres qui suivront.

Série chorale, Épidémie nous fera suivre en parallèle les destins de gens qui n’ont au point de départ rien en commun. Victime d’un accident de vélo, Anne-­Marie croise la route de Nelli Kadjulik (Nancy Saunders), étudiante au doctorat en biochimie médicale, d’origine inuite. Sa cousine Alacie (Ulivia Uvil) vit dans la rue, milieu particulièrement vulnérable au virus qui menace la population. Pour ces deux actrices et pour les autres personnages d’Inuits, c’est une première apparition à la télé. Ceux-ci, que les auteurs faisaient parler français dans le scénario d’origine, ont souhaité dire leurs lignes en inuktitut, une langue rarement entendue à la télé; le résultat donne beaucoup de crédibilité à leurs scènes. Rassurez-vous, il y a des sous-titres. La présence autochtone dans la série sert de prétexte à démontrer la méconnaissance et même le mépris des Blancs à leur égard.

On fait aussi la connaissance de Françoise Dufour (Ève Landry), en plein processus d’insémination, et maman d’un garçon de sept ans, qui aime beaucoup les furets. Je vous laisse présumer du reste. Nous suivrons aussi le personnel de l’hôpital Saint-André, débordé avec l’épidémie. Mélissa Désormeaux-Poulin incarne l’urgentologue Chloé Roy-Bélanger, au cœur de l’action.

Anne-Marie Leclerc devra composer avec la présence insistante du ministre de la Sécurité publique, Laurent Demers (Guillaume Cyr), qui met beaucoup de pression. Pour Julie Le Breton, jouer dans une série médicale constituait un rêve, elle qui a eu l’ambition de devenir médecin, avant de découvrir que les sciences n’étaient pas pour elle. Elle ne s’est jamais autant lavé les mains que depuis le tournage de la série, qui bénéficiait d’une armée de consultants, afin de s’assurer que chaque geste était crédible.

Le seul reproche que j’aurais à faire aux auteurs d’Épidémie, ce serait de trop attendre avant d’entrer dans le vif du sujet. De sorte qu’à la fin du deuxième épisode, l’épidémie en question commence à peine. C’est un peu long. Pour le reste, les acteurs sont bons, la réalisation est efficace, et on s’inquiète de ce qui arrivera aux personnages, puisque plusieurs ne survivront pas, manifestement.

À plusieurs moments, je me suis dit : il me semble qu’on est déjà assez angoissés comme ça, pourquoi en remettre une couche? À ce titre-là, les films catastrophes qui pullulent sur le grand écran n’attireraient pas autant de foules. Sauf que les plus germaphobes d’entre vous risquez de l’être encore plus après les 10 épisodes d’Épidémie, qui ne vous feront plus jamais voir les furets de la même façon. Pour approfondir le sujet, un documentaire en deux parties, Pandémie : sommes-nous prêts?, sera offert sur le Club illico à partir du 30 janvier. Portée par Gabriel Sabourin, l’œuvre nous dira si le Québec est vraiment prêt à affronter le pire. Soudainement, j’ai peur de la réponse.