Richard Therrien
Avant la première des <em>Chefs!</em>, dans un peu plus d’une semaine, on nous mettra l’eau à la bouche, lundi à 20h, avec le documentaire <em>Les chefs! – L’impact</em> sur ICI Télé.
Avant la première des <em>Chefs!</em>, dans un peu plus d’une semaine, on nous mettra l’eau à la bouche, lundi à 20h, avec le documentaire <em>Les chefs! – L’impact</em> sur ICI Télé.

Avez-vous hâte aux Chefs?

CHRONIQUE / Vous serez d’accord avec moi : on a franchement besoin de se changer les idées. Cette 10e saison des Chefs! ne pouvait mieux tomber. J’ai fait l’exercice et je vous jure que ça marche : en visionnant les deux premières émissions, j’en ai oublié le confinement auquel on est soumis depuis quelques semaines, et qui risque de s’éterniser. J’ai même cru percevoir les arômes de coulibiac dans mon salon, qui me sert de bureau par les temps qui courent.

Les bienfaits des Chefs! dépassent largement les murs de nos foyers. Avant la première, le lundi 6 avril à 20h sur ICI Télé, on prend le temps de mesurer les répercussions de cette compétition culinaire dans la vie des aspirants-chefs, mais aussi dans celle de notre gastronomie. Présenté lundi à 20h, le documentaire Les chefs! – L’impact met donc parfaitement la table à la nouvelle saison.

Vous y reverrez plein d’anciens aspirants-chefs parmi les 127 qui ont testé les fourneaux de l’émission et constaterez qu’il n’y a pas seulement les gagnants qui poursuivent une belle carrière en gastronomie. Comme chefs, bien sûr, mais aussi en tant que profs, comme Jonathan Rassi, des saisons 3 et 5, qui enseigne à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, avec Pasquale Vari, juge aux Chefs!.

Je vais vous faire une confidence : ma préférée demeure Isabelle Deschamps-Plante, des saisons 4 et 5, recrutée par Ricardo dans ses cafés, qu’on voit régulièrement à l’émission quotidienne du chef sur ICI Télé. Pour sa compétence, bien entendu, mais aussi pour sa très grande humilité et parce qu’elle est ultra sympathique. J’ai aussi beaucoup aimé Arnaud Marchand, de la toute première saison, dont Jean-Luc Boulay a fait son associé. Le juge des Chefs! a dû se reprendre à trois reprises pour le convaincre d’embarquer dans Chez Boulay, et souligne ses qualités d’entrepreneur.

Parlant d’humilité, l’émission permet à Clément Bellaigue de faire amende honorable. Dans la huitième saison, l’aspirant-chef avait lancé ses raviolis au plancher, mécontent d’avoir raté sa pâte et abandonnant le duel. Aujourd’hui, il dit avoir beaucoup appris de cet épisode navrant, qui a représenté un «petit réveil de toujours avoir l’humilité». Il œuvre maintenant à l’Atelier Joël Robuchon à Montréal.

Parmi les anecdotes apprises au cours de ce documentaire, sachez qu’Ann-Rika Martin, gagnante de la septième saison, n’a toujours pas utilisé la somme d’argent qu’elle a remportée. La seule renommée de ce titre, additionnée à beaucoup de travail, lui a permis jusqu’ici à vivre de son art. Quant à Frédéric Dufort, éliminé lors d’un duel à cause de son foie gras, a pris la moitié des 1000 $ du prix de consolation pour acheter du foie gras et apprendre à l’apprêter à la perfection dans les jours qui ont suivi. Une chose restera secrète, par contre : la délibération des juges, qui se déroule à micros fermés, dans une pièce privée.

Et qu’en est-il de cette 10e saison qui nous attend? Mon verdict : cette émission vieillit bien. Le 100e épisode, qui lance la saison, amène son lot de suspense, de surprises et de candidats de très haut calibre, auxquels on s’attache très rapidement. La saison s’annonce emballante, avec Daniel Vézina comme coach rassurant.

Les 13 candidats sont âgés de 23 à 39 ans. J’ai été étonné d’apprendre que seulement deux d’entre eux connaissaient l’objet de leur premier défi : un coulibiac de saumon pour 10 personnes, accompagné d’une sauce au vin blanc aromatisée aux fines herbes. Pas simple à cuisiner, vous vous en doutez bien, et encore une fois, ils vous impressionneront. Le duel réserve un clin d’œil aux fans de longue date des Chefs!

Il faudra attendre à la seconde émission pour voir Élyse Marquis surgir des coulisses pour demander aux aspirants de «tout arrêter, s’il vous plaît». Un exercice qu’elle n’aimait pas accomplir au début, mais qu’elle a fini par apprivoiser et qui donne toute son épice à l’émission. J’avoue que le revirement le plus «chien», ou le plus «vache», c’est lorsqu’on a demandé aux aspirants de changer de plan de travail pour poursuivre celui d’un autre concurrent.

Dire qu’on a failli «tuer les chefs», comme j’en avais fait le titre d’une chronique en 2015, durant Les chefs! – La brigade, l’édition ratée, qui avait sacrifié les animateurs et les juges. Dans mon top 3 des critiques les plus sévères en carrière. Vous dire ma joie quand Dominique Chaloult, ancienne directrice générale de la Télévision de Radio-Canada, a annoncé en conférence de presse téléphonique que la formule originale revenait, deux ans plus tard. Un geste d’humilité, qui reconnaissait l’erreur commise de dénaturer le produit et répondait au désir du public de retrouver ses animateurs et ses juges adorés. Le documentaire de lundi y fait très peu allusion, mais montre Chantal Fontaine, qui avait animé cette saison à oublier.

Les chefs! peut servir à nous changer les idées. Mais c’est aussi l’occasion d’envoyer nos bonnes pensées à tous les restaurateurs, qui se demandent si leurs commerces survivront à la crise. Sachez qu’on pense à vous.