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Quatre chefs et un drôle de spectateur

CHRONIQUE / Des chefs de partis – oui, oui, et une co-porte-parole – n'avaient jamais autant débattu à la télé pour des élections provinciales. Après trois débats, ils ont lancé la 15e saison de «Tout le monde en parle», côte à côte durant deux segments d'entrevues, une première sur le plateau de Guy A. Un dernier match politique qu'on aurait souhaité plus vigoureux, et la présence d'un spectateur qui n'est pas passée inaperçue!

Les chefs étaient particulièrement disciplinés, ne s'interrompant pratiquement jamais, ou si timidement. Entre la cacophonie et les monologues séparés, il devrait y avoir un juste milieu. Faut dire que Guy A. a menacé les chefs de faire jouer Chante la la la de René Simard s'ils parlaient tous en même temps. Chacun des quatre a eu droit à sa «question qui tue», mais celles-ci ne tuaient pas autant qu'elles auraient dû. Jean-François Lisée avait brisé le matin même l'embargo imposé aux invités et au public en studio, mais c'était pour bien peu. L'extrait qu'il craignait voir disparaître au montage, impliquant François Legault et le bilan environnemental de la CAQ, ne nous apprenait rien.

Sur Twitter, Guy A. Lepage a reconnu avoir retranché les passages sur les cadres financiers, «trop de chiffres, cacophonique», a-t-il écrit, et sur la culture, «malheureusement trop peu maitrisé par les chefs selon nous». L'émission a été enregistrée vendredi plutôt que jeudi, afin de permettre aux chefs de participer au Face à face de TVA.

Manon Massé, dont le langage corporel était très révélateur dimanche, a sourcillé en entendant Couillard dire que son gouvernement avait été exemplaire en matière d'environnement. Même étonnement quand Jean-François Lisée disait avoir rétabli la réputation de son parti dans le même dossier. Le seul moment où le ton a vraiment monté, c'est quand Lisée s'est attaqué à Legault sur le dossier de l'éducation. «Le plus grave danger pour l'éducation, c'est si M. Legault est élu premier ministre», a-t-il envoyé à son rival, qui rigolait avec Philippe Couillard comme s'il venait de commettre un mauvais coup. François Legault a par ailleurs réitéré son appui au troisième lien.

Dany Turcotte a invité les chefs à lire une carte gentille à l'égard d'un de leurs adversaires. Ainsi, M. Couillard a lu celle-ci: «Après Ricardo et Jean-Claude Apollo, mon chef préféré, c'est François Legault.» Puis, Jean-François Lisée a conclu avec: «Le 1er octobre, on dit oui à Québec solidaire, pour qu'enfin, ce soit Manon qui pèse su'l piton.» Seul François Legault a changé sa carte, remplaçant le nom de Philippe Couillard par le sien. «Ça démontre un trait de caractère», a souligné le fou du roi.

J'aurais presque envie de décerner l'étoile du match au spectateur qui a «crashé» l'entrevue avec Louis-José Houde. Une autre première à Tout le monde en parle pour ce fan pas gêné, qui a presque volé le show, intervenant à plusieurs reprises avec des gags. «Aimerais-tu qu'on le sorte?» a demandé Dany Turcotte à un Louis-José médusé, puis mort de rire. «C'est plus stressant lui que de se faire interviewer par Paul Arcand. [...] Lui, il pose les vraies questions!» a lancé l'animateur du 40e Gala de l'ADISQ. Anormalement calme en début d'entrevue, il l'a conclue en feu, en proposant de créer un verbe sur mesure pour le footballeur, médecin et «héros» Laurent Duvernay-Tardif. «Il gosse des bols avec ses mains, il joue dans la NFL […] avec sa barbe charismatique. Moi, j'écris deux jokes, faut que je fasse une sieste!» Faites donc une phrase avec « laurentduverner », dans le sens de «pour faire avancer».

C'est à Paul Arcand que je décerne l'étoile, pour son entrevue intéressante et franche du début à la fin. Aucun des chefs politiques ne s'est d'ailleurs risqué à rester sur le plateau à l'arrivée de l'animateur du 98,5. «Je ne le prends pas personnel», a blagué M. Arcand, qui a reçu son premier Gémeaux dimanche dernier pour Conversation secrète. L'émission de TVA reviendra de façon événementielle. Si Éric Salvail se décide, Paul Arcand est bien sûr prêt à le recevoir. Approché par l'équipe, Guy Cloutier a décliné.

Au sujet des animateurs et commentateurs obligés de choisir entre Cogeco et Québecor, comme Mario Dumont et Luc Lavoie, il exprime son malaise et son désaccord. «Quand tu forces les gens à choisir, moi j'aime pas ça», a-t-il répondu. La carte de Dany: «Ceci est une conversation secrète. Parles-en surtout pas à Guy A., mais pour mener des entrevues, c'est toi mon préféré.»

C'est parce qu'elle trouve qu'on banalise le phénomène que Pénélope McQuade a voulu faire le documentaire Troller les trolls, avec le cinéaste Hugo Latulippe et diffusé à Télé-Québec le 3 octobre. «Je crains pour la sécurité, la toxicité et le bien-être collectif», affirme l'animatrice des Échangistes. «Il y a une limite à tolérer la haine», a renchéri Paul Arcand. La police n'est hélas pas habilitée à traiter toutes les plaintes, selon Pénélope. Il y a des exceptions: Dalila Awada a poursuivi le blogueur Philippe Magnan, condamné à lui verser 60 000$ pour des propos orduriers, qui donnent la nausée tant ils sont violents.

«Ça traîne», déplore Pénélope au sujet du dossier Gilbert Rozon. L'animatrice pense que notre système de justice n'est pas adéquat pour traiter les crimes sexuels, et salue la proposition de Véronique Hivon de créer un tribunal spécial pour les violences sexuelles et conjugales.

La cinéaste Sophie Dupuis, dont le film Chien de garde représentera le Canada dans la course au meilleur film en langue étrangère aux Oscars, trouve à la fois flatteur que son film soit comparé à Mommy de Xavier Dolan, et à la fois «un peu réducteur d'être la numéro deux de quelqu'un». Si Chien de garde est sélectionné, elle sera la première femme réalisatrice québécoise à voir son film nommé aux Oscars. Tout le plateau n'avait que de bons mots pour ce film anxiogène, dont on a trop peu parlé.

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«XOXO», chest, bras

CHRONIQUE / Si «XOXO» représente la nouvelle ère de la téléréalité, ce n’est pas sur l’apparence de ses candidats qu’on verra la différence, croyez-moi. Les cinq mâles de la nouveauté de TVA, qui commence mercredi à 19h30, pourraient tous danser au 281. Et les 26 filles qui les convoitent pourraient à peu près toutes travailler comme mannequins.

Même si le genre m’indiffère totalement, j’étais curieux de voir à quoi rimait cette réplique de TVA à Occupation double. Compliqué, XOXO? Il faut admettre qu’une fois la première terminée, on comprend assez bien le concept. Sachez que les trois conseillers, l’artiste peintre et ex-lofteuse Elisabetta Fantone, M. Beachclub, Olivier Primeau, et le styliste Cary Tauben auront chacun leur équipe de filles, qu’ils appuieront dans l’organisation d’événements pour appâter les mâles. Des conseillers, il est clair que Tauben se démarquera par son exubérance et sa spontanéité. En français, l’artiste anglophone s’exprime en peu de mots et rappelle étrangement le chroniqueur artistique de l’époque disco Coco Douglas Léopold. «Je t’aime et je veux toi dans mon groupe!» dit-il à une candidate. Jamais un mot méchant, toujours adorable. Chaque conseiller a un penthouse, décoré à son goût, qui sera habité par les filles. Dans celui de Cary Tauben, les armoires sont léopard, à l’image du personnage.

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De garde 180 jours

CHRONIQUE / Tout le monde a une opinion sur la compétence des professeurs, sur l’état de nos écoles, sur ce qu’on devrait enseigner. Mais combien d’entre nous avons un réel portrait de ce qui s’y passe au jour le jour, des conditions dans lesquelles les profs doivent enseigner? La série documentaire «180 jours» risque d’avoir sur vous le même effet que «De garde 24/7», si vous avez suivi cette excellente série à Télé-­Québec, au point de changer considérablement votre vision du milieu scolaire.

Diffusée à partir de jeudi à 20h sur la même chaîne, la série de 12 épisodes, de la même équipe de production que De garde 24/7 chez Avanti, s’étend sur les 180 jours d’une année scolaire, de la rentrée au bal des finissants, à l’école secondaire Gérard-Filion à Longueuil. Dans cette première polyvalente au Québec, les élèves, de 65 nationalités différentes, proviennent souvent de milieu défavorisé. Le taux de décrochage y est élevé. De façon extrêmement sensible et respectueuse, la réalisatrice Mélissa Beaudet nous permet vraiment de saisir l’intensité de ce qui se vit dans une école chaque jour.

Comme d’autres problématiques scolaires, l’intimidation est l’un des sujets les plus sensibles. Et pas seulement celle qui se passe à l’intérieur des murs, mais aussi après les classes, notamment sur les réseaux sociaux, terreau fertile d’intimidation. Quand une élève reçoit des messages tels que «grosse pute, tu devrais pas vivre» et «fais-toi frapper par une voiture», l’école n’a pas le choix d’intervenir, de concert avec la police. Même collaboration quand un souteneur s’introduit dans la cour pour recruter des jeunes filles. Déjà dans les premiers jours, une altercation survient dans le couloir; un élève vient de dire à une autre de «niquer» sa mère. Un conflit que doit régler avec le plus grand tact une des directrices adjointes.

Imaginez, en cette rentrée, plusieurs postes de professeurs n’ont pas encore été comblés. Un enseignant engagé il y a à peine deux semaines doit à son tour former un suppléant. C’est si récent que, dans les documents remis aux élèves, Hugo Ladéroute n’est pas identifié. «Le pas de nom, c’est moi!» dit-il aux élèves qui cherchent leur classe de français. Attendez de voir la prof d’ECR (éthique et culture religieuse). Avec elle, la matière devient soudainement intéressante.

J’ai été particulièrement touché par la classe de Celso C. Leduc, composée d’élèves aux prises avec des troubles de communication. Une scène du cinquième épisode, particulièrement émouvante, montre ces élèves exprimer toute leur reconnaissance envers leur professeur et leurs camarades, avant le congé des Fêtes. Une démonstration éloquente de ce que peut changer l’école dans les vies d’enfants au bord de décrocher.

J’ai eu un coup de cœur pour la directrice, Sylvie Dupuis, elle-même une ancienne élève de Gérard-Filion. Humaine, attachante, investie. Les directeurs d’école peuvent passer pour des durs, c’est tout le contraire pour Sylvie Dupuis, qu’on sent tout à fait sincère dans ses rapports avec le personnel et les élèves.

Ce n’est pas vrai que les jeunes n’ont pas d’opinion, qu’ils n’ont rien à dire. Et ce, même si personne ne lève la main quand le prof demande qui connaît Michel Tremblay. Fred Pellerin? Deux mains se lèvent. Rachid Badouri? Tout le monde le connaît. Bien que certains visages soient brouillés dans les situations les plus délicates, la majorité des élèves se montrent à la caméra. Sachez qu’il a fallu expédier par la poste 1500 demandes de consentement aux parents afin d’y arriver, un travail titanesque.

C’est fou comme plusieurs séries offertes sur nos chaînes cet automne réveillent en nous tant d’admiration. Pendant que la téléréalité célèbre l’insignifiance, il y a au moins les Infractions, Classe à part, Pinel : au cœur de la maladie mentale, L’unité des naissances et 180 jours qui nous font voir le travail essentiel d’une multitude d’individus, motivés par le cœur et le dévouement. De la télé qui fait du bien, dont notre monde a cruellement besoin.

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Les quatre chefs chez Guy A.

Philippe Couillard, François Legault, Jean-François Lisée et Manon Massé seront de la première de Tout le monde en parle, dimanche à 20h sur ICI Radio-Canada Télé. Pour leur permettre de participer au Face à face Québec 2018 à TVA jeudi soir, l’émission sera exceptionnellement enregistrée vendredi. Aussi sur le plateau de Guy A. Lepage et Dany Turcotte : Louis-José Houde pour le Gala de l’ADISQ, Paul Arcand, qui a reçu un Gémeaux pour Conversation secrète, de même que Pénélope McQuade et Hugo Latulipe pour le documentaire Troller les trolls.

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«Clash»: fraîcheur et nouveaux visages

CHRONIQUE / Comment se relever d’un grave accident qui nous laisse de lourdes séquelles? Quatre jeunes autour de la vingtaine l’apprendront à la dure dans la nouvelle quotidienne «Clash», signée Martine D’Anjou et produite par Fabienne Larouche et Michel Trudeau. Quarante-huit épisodes totalisent la première saison, un défi pour VRAK, qui souhaite fidéliser son public de jeunes adultes.

L’action se situe en grande partie dans un centre de réadaptation pour patients ayant subi de graves traumatismes. Deux coéquipiers de soccer sont en fauteuil roulant après un accident de voiture, qui transportait aussi la blonde de l’un d’eux, sortie indemne. On passera la première partie de la saison à en apprendre au compte-gouttes sur ce qui s’est vraiment passé le soir où Robin (Alexandre Nachi) a perdu la maîtrise du véhicule et heurté une autre voiture, laissant son ami Christophe (Alex Godbout) handicapé comme lui. Dans le déni, celui-ci s’obstine néanmoins à s’inscrire à un camp d’entraînement de soccer, n’écoutant personne autour de lui.

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«Ruptures»: Ariane sous haute tension

CHRONIQUE / Je me disais qu’elle ne pourrait tenir à ce rythme encore longtemps. Eh bien, Sainte-Ariane Beaumont va craquer cette saison. Un quatrième chapitre de «Ruptures», ma série préférée d’entre toutes, commence sous haute tension, dans la nouvelle case horaire du lundi à 21h, dès le 10 septembre.

Rappelez-vous la finale au printemps, quand ce père fou furieux joué par David Savard a menacé de tout faire sauter, briquet à la main, serrant contre lui l’enfant qui n’est finalement pas le sien. On reprend là où on avait laissé, avec une Ariane (Mélissa Désormeaux-Poulin) complètement paniquée, incapable de raisonner son client. Dose intense de stress dans ce premier épisode, dont notre avocate préférée sortira vidée.

Le drame agit comme un véritable électrochoc sur Ariane, qui voit rejaillir des souvenirs du meurtre de son père. La santé ne suit plus et le diagnostic tombe : elle fait de la pression artérielle. Parce que, oui, elle a des failles. Au point d’être incapable de reprendre le boulot après la prise d’otages, dont je tairai bien sûr l’issue. Entre en scène un nouveau personnage joué par Vincent Leclerc (Séraphin), Me Marc Dalpé, qui prendra le relais à moitié durant sa convalescence. Un être charismatique, qu’elle a connu à l’université, sur qui elle pourra compter, en plus de sa fidèle employée Gabrielle (Dominique Laniel). Mais vous savez bien qu’Ariane ne pourra jamais quitter complètement. À ses risques et périls.

Marie Rousseau (Catherine Trudeau), elle, est dans sa meilleure forme. Vous assisterez à une querelle épique entre Ariane et elle, un échange au cours duquel elles se diront leurs quatre vérités. Et ça fera mal. Hélas, on n’est pas près de voir Claude (Isabel Richer) plaider à nouveau de sitôt. En cure de désintoxication, elle tente de se reconstruire, pendant que l’infâme Jean-Luc de Vries (Normand D’Amour) rêve d’obtenir sa vengeance contre elle. Claude pourrait aussi avoir à ses trousses le truculent détective Alain Grimard (Serge Postigo), qui n’a toujours pas pris d’avoir été berné par elle.

Une des premières causes de droit familial abordées dans la série concerne une femme dont le conjoint, un homme marié, n’a pas donné signe de vie depuis des mois. Brigitte Paquette, qu’on voit trop peu à notre écran, jouera un rôle important dans cette intrigue. On abordera l’histoire d’un enfant transgenre avec Émilie Bibeau et Gabriel Sabourin, alors que Salomé Corbo et Guy Nadon seront d’une autre intrigue.

Sachez que l’histoire entourant l’épouse d’Antoine (Guillaume Lemay-Thivierge) se conclura cette saison. Ça ne veut pas dire pour autant qu’Ariane et lui pourront enfin vivre leur amour. Au fait, Étienne (Vincent-Guillaume Otis), son ex, refera surface et pourrait brouiller les cartes. On saura tout également de l’enquête sur la mort du père d’Ariane, et sur ce que cache Mireille (Sylvie Léonard) à ses enfants. Une cinquième saison est en développement. La directrice générale de la télévision de Radio-Canada, Dominique Chaloult, souligne que la série a conservé sensiblement le même auditoire, malgré ses changements d’horaire. La saison dernière, 943 000 fidèles étaient au rendez-vous.

L’arrivée du talentueux Rafaël Ouellet (Nouvelle adresse, Fatale-Station) à la réalisation pour prendre la relève de François Bouvier donne un nouvel élan à la série, plus soignée. Aux textes, Isabelle Pelletier, Daniel Thibeault et François Camirand font encore un travail remarquable. Il est absolument incroyable que Mélissa Désormeaux-Poulin et Isabel Richer ne soient pas en nomination aux Gémeaux pour leur interprétation, avec le talent qu’elles ont. David Savard récolte la seule nomination de la série, méritée, pour son rôle de soutien.

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«Discussions avec mes parents»: sympathique, mais drôle?

CHRONIQUE / «Discussions avec mes parents», la nouvelle comédie de François Morency, est très certainement sympathique. Mais drôle? Pas assez à mon goût. J’ai ri seulement à quelques reprises en voyant les trois premiers épisodes, qui ont quand même quelque chose de réconfortant.

Parce que j’ai reconnu bien des parents, dont les miens, dans ceux de l’humoriste. Quand ils lui demandent de l’appeler une fois arrivé chez lui, ça me rappelle mon père. Et j’ai aussi reconnu en Jean-Pierre (Vincent Bilodeau) le même patenteux, bricoleur, qui installe un interphone dans la maison pour éviter qu’on crie au lieu de se déplacer. Eh oui, on en avait un chez nous.

J’ai tout de même ri en voyant Rollande (Marie-Ginette Guay) brasser sa bouteille de ketchup, un geste qui rappelle tout de suite la masturbation. Ou lorsqu’elle sort des titres de chansons d’Elvis à son gendre anglophone, parce qu’elle ne connaît pas un mot d’anglais. Rollande est aussi une fidèle lectrice de Danielle Cuivre — ça ne vous rappelle pas une certaine Danielle Steel? —, auteure de titres aussi farfelus que Les caresses de la comtesse agricole et Le rotoculteur de l’amour.

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TVA: le plein de nouveautés

CHRONIQUE / Quoi regarder à TVA cet automne? À vous de faire vos choix parmi les nombreuses nouveautés de l’antenne. «Face au mur, La voix junior, Au secours de Béatrice» et d’autres ont tiré leur révérence, au tour de «Révolution, XOXO, Le jeu» et «Tout le monde aime» de se lancer à votre conquête.

Sur fond de menace de conflit de travail de la part des employés, qui ont voté dimanche à 86,5 % pour des moyens de pression allant jusqu’à la grève, TVA entreprend son automne, fort de ses 24 % de parts de marché, ce qui est plus qu’ICI Radio-Canada Télé et V réunies. Le réseau se vante aussi d’avoir une portée mensuelle supérieure à YouTube et Facebook, et d’être la chaîne à susciter le plus d’écoute en direct.

Plusieurs œufs du panier sont déposés le dimanche soir. On a mis le paquet pour l’émission de danse Révolution, branchée sur le 220 comme Jean-Marc Généreux, l’un des quatre juges. On avait sorti les images les plus spectaculaires au lancement de presse lundi, levant le voile sur une technique de tournage à 360 degrés, point central du concept. Ainsi, 128 caméras filmeront les danseurs pour les montrer de tous les angles, y compris ceux qui échappent habituellement aux spectateurs. Si le mouvement n’est pas tout à fait réussi, vu d’un angle en particulier, ils perdront des points.

Au lieu d’un gros bouton comme à La voix, les juges pourront activer un levier pour montrer leur intérêt. Et comme à l’émission de Charles Lafortune, on consacre les premières semaines aux auditions. Sarah-Jeanne Labrosse agit comme égérie de cette émission, qui sera lancée le dimanche 23 septembre à 19h30.

Le retour de Sonia

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Mères à boutte et nouveaux millionnaires

CHRONIQUE / Entre réno et maternité, on veut que «toutes les femmes» puissent se reconnaître en regardant Canal Vie. Sept nouvelles productions originales figurent dans la grille d’automne de cette chaîne regardée à 65 % par un public féminin, mais dont l’écoute s’est légèrement érodée dans la dernière année, et qui à elle seule, totalise plus que ses deux rivales mises ensemble, CASA et Moi et cie.

On a vu l’éclosion de ces mères qui n’avaient plus de tabous à s’avouer indignes, on a maintenant Mères à boutte, série de huit demi-heures qui permet à cinq mamans de parler avec la plus grande franchise des affres de la maternité. Parmi elles, Maude Michaud, La parfaite maman cinglante, influenceuse de Québec, n’hésite pas à en parler crûment. Sexualité après l’accouchement et crises de bacon des enfants seront abordées au cours de la série, diffusée le mercredi à 21h dès le 5 septembre.

J’ai l’impression que je ne serai pas le seul à être ému par L’unité des naissances, nouveau docu-réalité tourné au département d’obstétrique-gynécologie du CHU Sainte-Justine à Montréal. La moitié des grossesses y sont à risques, et un bébé peut y naître moins gros qu’une livre de beurre. Vous assisterez à la naissance d’un bébé aux prises avec une masse cancéreuse au foie, qui doit être opéré à peine 24 heures après être venu au monde. Plutôt angoissant pour les parents. Ces 10 demi-heures seront diffusées à partir du mercredi 5 septembre à 21h30.

J’ai très hâte de voir Ça change pas le monde, 10 demi-heures sur 17 personnes qui ont gagné de gros montants à la loterie. Yve Lavigueur, de la célèbre famille, sert de fil conducteur. Benoît, qui a remporté plus de deux millions de dollars deux jours après avoir été largué, a vu son ex-conquête refaire surface, regrettant tout à coup leur séparation. Tiens, tiens. «L’argent peut apporter le bonheur», admet un gagnant, qui pleure en se souvenant de son ancienne vie. Le vendredi à 19h30 à partir du 7 septembre.

Le concept de Club Mel consiste à demander à deux collaborateurs-débatteurs de s’affronter sur une question, devant public, pour tenter de convaincre un invité vedette. Mélanie Maynard anime cette joute oratoire dans un club montréalais, La Voûte, dans les anciens coffres-forts de la Banque Royale. Laisseriez-vous votre enfant de 14 ans dormir chez son chum ou sa blonde? Est-ce que les enfants nuisent à la carrière des femmes? En débattront entre autres Antoine Vézina, Kim Rusk, Maxim Martin, Rémi-Pierre Paquin et Tammy Verge, devant des invités comme Bianca Gervais et Alex Perron. Sympathique et rigolo. À partir du jeudi 6 septembre à 21h.

Dans la catégorie «témoignage inspirant», je suis sûr qu’il y aura beaucoup d’intérêt pour le documentaire unique Josée Boudreault plus forte que l’AVC, le lundi 3 septembre à 21h. On y revient bien sûr sur le drame vécu par l’animatrice en 2016, mais aussi sur sa nouvelle vie avec ses filles et son conjoint Louis-Philippe Rivard, qui n’a rien, elle, de dramatique, bien au contraire. Plus légèrement, Les gratteux, avec Gildor Roy et Marie-Christine Proulx, mettra tout en œuvre pour nous faire économiser. Pas sûr que j’ai envie de râper du savon pour fabriquer mon propre détergent à lessive, mais j’accepterais volontiers de réduire ma facture d’électricité de 220 $ par année. Un plus courageux que moi a réussi à économiser 3000 $ dans une année en trouvant sa nourriture dans les ordures. Et sans jamais s’intoxiquer. Dès le lundi 3 septembre à 19h30.

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Gros attributs, gros argent

CHRONIQUE / Z a déjà donné dans le documentaire sur la porno, et chaque fois, avec beaucoup de succès. Faut-il s’en étonner? Nouveauté de la programmation d’automne de cette chaîne consommée surtout par des hommes, «Porn to be wild» s’ajoute à cette liste, en suivant une Québécoise de Chicoutimi et un Néo-Brunswickois francophone évoluer dans cet univers à Los Angeles.

Tout un personnage que ce Jessy Jones, installé là-bas il y a 10 ans, et qui figure maintenant parmi les trois plus grandes stars de l’industrie sur la Côte ouest. Quand il a commencé jeune à regarder de la porno, dans son patelin de Val-Lambert, il se faisait dire qu’il ne «faiserait» jamais rien de sa vie. «Je gagne 25, 30 fois plus d’argent qu’ils font» aujourd’hui, souligne-t-il triomphant. La routine est stricte : il passe un test de VIH toutes les deux semaines. Son point fort : il reste dur longtemps. C’est pas moi qui le dis.

De son côté, Savana Styles, 37 ans, œuvrait comme infirmière-chef lorsqu’elle a quitté le Saguenay pour suivre son amoureux à Santa Monica et posséder sa propre boîte de production. Produite chez Pixcom, la série réalisée par Simon Sachel (Barmaids, Les croque-morts) ne montre pas de parties génitales mais est tout de même cotée 18 ans et plus, pour son propos et sa nudité partielle. Diffusion le vendredi à 22h, à partir du 7 septembre. Ça risque de faire jaser.

Vous n’aurez probablement jamais entendu autant de bips que dans Semi-pro, un docu-réalité sur le monde de la Ligue nord-américaine de hockey, reconnue pour sa violence. Peut-être causée par la rage d’être passé à un cheveu de faire la Ligue nationale, dans plusieurs cas. L’organisation tente d’adoucir cette réputation, mais joueurs et partisans résistent, de sorte que certains se vantent presque d’en être à leur 500e bataille sur la glace. Pendant le jeu, entre les Éperviers de Sorel et les Draveurs de Trois-Rivières, on s’insulte à coups de «continue à prendre tes stéroïdes!» KOTV produit cette série de huit demi-heures, diffusée le lundi à 21h30, dès le 3 septembre, jour d’entrée en ondes de la programmation d’automne.

J’ai été ébranlé par les longs extraits de Pinel : au cœur de la maladie mentale, tournée à l’intérieur des murs de cet hôpital psychiatrique, spécialisé en psychiatrie légale. Après l’excellente série En prison, diffusée l’an dernier, on s’intéresse cette fois au travail des patients de cette institution montréalaise, mais aussi à ses agents d’intervention et à tout le personnel de l’endroit.

Vous devinez que tous les visages des patients de l’Institut Philippe-Pinel, ou à peu près tous, sont brouillés pour ne pas qu’on les identifie. On parle de cas lourds, parfois dangereux, qui nécessitent une surveillance constante. Un cadre très complexe pour l’équipe de tournage, encore plus qu’une prison. Un simple fil de micro devenait un outil risqué en présence des patients, souvent menottés. Le mercredi à 22h.

Ailleurs dans la programmation de Z, le jeudi à 21h, le talk-show Maripier! revient pour une troisième et probablement dernière saison, selon l’avis même de son animatrice, Maripier Morin. Martin Perizzolo est de retour, tout comme Rémi-Pierre Paquin et Réal Béland, auxquels s’ajoutent Les Grandes Crues et Julien Lacroix comme collaborateurs. Deux autres titres reviennent : Rapides et millionnaires et Direct dans l’net, avec une nouvelle équipe à l’animation : Maxim Martin, Korine Côté et Sébastien Dubé.

Comme plusieurs chaînes spécialisées, Z a vu ses parts de marché décliner dans la dernière année. Mais elle détient la plus forte concentration d’hommes de 18 à 49 ans parmi son public, et mise sur des productions originales québécoises, plus populaires que les acquisitions. La série Comédie sur mesure apparaît non seulement au premier rang de son palmarès de productions originales, mais aussi de toutes les chaînes de divertissement de Bell, excluant les fictions. D’abord présentée à l’hiver, la série revient dès cet automne avec de nouveaux épisodes, le jeudi à 21h30. Les humoristes repartent donc conquérir les spectateurs dans plusieurs villages du Québec, avec des numéros créés sur mesure pour eux en deux jours. Quelques noms : José Gaudet, Alex Perron, Billy Tellier et Pierre Hébert. Dans une émission spéciale d’une heure, Alexandre Barrette rend visite aux résidents de Lac-Mégantic, cinq ans après la tragédie. Vous le verrez pleurer devant le public, mais trouver le moyen de le faire rire aussi.

Le même humoriste animera sa propre émission, Roast Battle : le grand duel, avec Mike Ward comme juge, l’hiver prochain à Z. Pour vous permettre de vous attacher à ses séries, la chaîne restera débrouillée du 28 août au 2 octobre.

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Ces enfants d’ailleurs

CHRONIQUE / On n’a pas idée des efforts que doivent déployer les enfants qui arrivent au Canada après avoir quitté leur pays, souvent dans des conditions difficiles. Et de la patience des professeurs qui les accueillent dans leurs classes. Ces Néo-Québécois proviennent du Sri Lanka, du Bangladesh, de la Russie, de l’Inde, du Tchad, du Maroc, ne parlent pas français, n’ont aucun repère, ne savent même pas se servir d’un cadenas.

Pièce maîtresse de la programmation d’automne de TV5, et diffusée dès le mardi 4 septembre à 19h30, la nouvelle série documentaire québécoise Classe à part nous donne un aperçu très émouvant et révélateur de l’adaptation de ces nouveaux arrivants. «On a du mal à réaliser tout le poids qu’il peut y avoir sur les épaules des enfants», remarque Maryline Beuchot, enseignante à l’école primaire Bedford, dans le quartier Côte-des-Neiges à Mont­réal. «C’est arriver sur la planète Mars», donne-t-elle comme parallèle. C’est à peu près ça, quand on voit ces enfants mettre le pied dans l’école pour la première fois.

Produite chez Blimp Télé, la série de 10 épisodes d’une heure se promène entre deux groupes, l’un du primaire, l’autre du secondaire. On suit de plus près six élèves et leurs familles, parfois incomplètes, certains parents, frères ou sœurs, ayant dû rester dans leur pays d’origine.

Une série comme Classe à part ne peut faire autrement que de nous ouvrir à la réalité de ces enfants qui feront le Québec de demain. J’ai été ému par eux et par ces deux enseignantes qui leur montrent la voie avec tant de dévouement et d’abnégation. Chantal Labrie, de l’école secondaire Lucien-Pagé dans Parc-­Extension, parle lentement à ses élèves, est d’une gentillesse et d’une patience qui l’honorent. Mais finit aussi par craquer quand les choses vont moins bien.

Les enfants aussi suscitent l’admiration. «Ils ont une forme de maturité à cause de l’expérience migratoire, qu’on ne retrouve pas toujours, je pense, chez les enfants qui n’ont pas vécu ça», explique Maryline Beuchot, aussi souriante que sa collègue. Oui, vraiment, cette série risque de changer votre perception de l’intégration à laquelle doivent se soumettre ces enfants et ados déracinés.

Du côté d’UnisTV, la petite sœur de TV5 destinée aux francophones de tout le pays, on mise beaucoup cet automne sur Un vrai selfie, docu-réalité de 10 semaines produit par Trio Orange, qui réunit huit jeunes aux prises avec des troubles psychologiques, à partir du mercredi 19 septembre à 20h30. Chaque épisode navigue entre une thérapie qui réunit tout le groupe avec une psychologue, et des images de leur intimité, qu’ils ont prises eux-mêmes, tels des autoportraits vidéos.