Télé et radio

TLMEP: la gentille sorcière

CHRONIQUE / Environnement, réincarnation, humour philosophique, il a été question de tout ça, dimanche à «Tout le monde en parle». Mais c’est une entrevue sur les monstres, en toute fin de soirée, qui aura le plus sorti du lot. Il faut dire que l'histoire de l'illustratrice américaine Emil Ferris, auteure du roman graphique «Moi ce que j'aime, c'est les monstres», à qui j'attribue l'étoile du match, relève parfois d'un film d'horreur.

Une agression sexuelle durant son enfance, pendant qu'un épisode de Mr. Magoo jouait à la télé, lui a pourtant fait détester les bandes dessinées durant longtemps. «J'espère qu'en le lisant, les gens trouveront l'inspiration de faire ce qu'ils aiment plus que tout», a lancé cette femme partie de loin.

Terrassée par une forme grave du virus du Nil en 2002, elle a eu tout le bas du corps paralysé, avant de retrouver une partie de sa dextérité. Entre-temps, sans le sou, elle a été expulsée de son appartement, et sa propre fille a dû vendre des vêtements pour qu'elle puisse se nourrir. Même une fois le bouquin complété, elle se servait à même le buffet d'un salon du livre!

La très attachante dame, qui se définit comme une sorcière, n'est pas banale. Pour son livre, elle a travaillé 16 heures par jour durant six ans, et essuyé les refus de 48 éditeurs. Celui-ci a été dessiné entièrement avec un stylo-bille. «C'était de la folie! Je ne sais pas à quoi attribuer ça, à part la maladie mentale», affirme la gentille sorcière, qui voit des monstres partout. Même en Guy A. et en Dany, qu'elle a dessinés en Dracula et sa victime, Renfield.

Autre moment marquant de cette émission par ailleurs un peu terne, cette entrevue remuante avec Louis-Philippe, ce père de famille de Saint-Jérôme qui a oublié son bébé dans sa voiture en août 2016, alors qu'il devait le mener à la garderie. «Jamais je ne vais accepter la mort de mon fils. Je vis avec», a dit le papa de deux autres garçons, et d'une fillette née après le drame. Depuis, les petits drames sont plus difficiles à vivre, mais heureusement, son couple a survécu malgré tout, et jamais sa conjointe ne lui a adressé de reproches. Il porte sur son bras un tatouage qui lui rappelle le petit Jacob chaque jour. Parce qu'on survit à un tel drame. «L'être humain est capable de survivre à ces choses-là. Ça donnerait quoi de ne pas survivre à ça?» demande Émilie Perreault, qui parle d'un bel exemple de résilience. Dans la série Faire œuvre utile, la journaliste a permis à Louis-Philippe de rencontrer Biz, qui a publié un roman sur une histoire semblable, Naufrage.

Dominic Champagne ne s'attendait pas à une réaction aussi violente à son fameux Pacte pour la transition, auquel ont adhéré de nombreux artistes, accusés par la suite de vouloir faire la morale sur la question environnementale. «Le festival de la bouette», résume le metteur en scène. Louis Morissette, lui, avait prévu cette réaction, hésitant au départ à apposer sa signature et en avait prévenu Champagne. De l'autre côté, celui-ci dit recevoir des centaines de courriels inspirants qui appuient le mouvement, et est sorti encouragé de sa rencontre avec le premier ministre François Legault et sa ministre de l'environnement. «J'ai envie d'inspirer mon premier ministre, je lui ai offert mes services», a-t-il dit, ajoutant qu'il pouvait être «un caillou ben tannant dans le soulier».

Pour l'ingénieure Catherine Morency, l'achat de véhicules électriques ne constitue pas un geste vert, à moins que ce soit pour des autobus, qui transportent plusieurs personnes. Elle ajoute qu'il ne manque pas de solutions alternatives à la construction de nouveaux liens routiers. L'économiste François Delorme se dit en faveur d'un organisme indépendant du gouvernement, comme la Banque du Canada, qui serait chargé d'atteindre les cibles en environnement. Il cite un rapport déposé en milieu de semaine, qui prévoit qu'on ratera les cibles de gaz à effet de serre pour 2030, à hauteur de 13%.

Trois millième invitée de «Tout le monde en parle», Virginie Fortin a reçu des critiques très élogieuses de son nouveau spectacle, Du bruit dans le cosmos. Un titre qui lui a été inspiré parce qu'elle s'est toujours questionnée sur l'infini et sur notre présence dans l'univers. Elle écrit ses propres textes avec son chum, Philippe Cigna, et pratique un humour philosophique, même si le terme «ne vend pas tant que ça». L'humoriste, une habituée du Festival Fringe à Édimbourg en Écosse, y va pour donner des spectacles, devant des salles remplies ou parfois vides, mais aussi pour s'inspirer d'autres humoristes. Elle s'est clairement inspirée de Josée Rivard, une figure populaire sur Facebook, pour une parodie à l'émission L'heure est grave à Télé-Québec. La dame forte en gueule et en opinions tranchées lui a répondu, sans qu'on sache trop si elle a aimé, ou pas, la parodie.

Auteur de la trilogie des Fourmis, Bernard Werber a publié La boîte de Pandore, l'histoire d'un professeur qui utilise l'autohypnose pour visiter ses vies antérieures. Le romancier français utilise lui-même ce procédé, et précise qu'il préfère revisiter ses vies agréables. Une médium lui a dit qu'il avait eu 111 vies, au cours desquelles il a été un archer anglais, un samouraï, une femme dans un harem en Égypte. Werber n'a aucune honte de parler de ses croyances. «Je n'ai aucune volonté de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit», dit-il. Et tant mieux, si vous êtes sceptique, ajoute-t-il. «Pour chacun, il y a une réponse différente.» Savez-vous qui vous êtes vraiment? demande le roman. «C'est une œuvre de toute une vie», croit l'auteur, qui en apprend sur lui-même chaque jour. Il utilise la réincarnation comme «outil de détente», afin d'expliquer pourquoi on fait tel choix plutôt qu'un autre. Parce qu'on choisirait même la taille de son pénis avant sa naissance, selon M. Werber. Ce qui a fait dire à Guy A.: «avoir su!»

Alors que les trois précédents albums des Trois Accords ont été produits en partie à New York, Beaucoup de plaisir a été enregistré dans un petit chalet de Saint-Zénon, sans accès à Internet. Le fait qu'ils aient développé d'autres projets autour, comme le Festival de la poutine, explique peut-être leur longévité. Spécialement pour l'émission, ils ont transformé leur chanson Tout le monde capote en «Tout le monde en parle», ce qui pourrait devenir l'hymne de la grand-messe du dimanche soir. Assez pour oublier le ver d'oreille Rassemblés en un même corps, qu'ont plusieurs d'entre nous en tête depuis la visite de Mario Pelchat la semaine dernière.

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RICHARD THERRIEN

«Marina Orsini» et «Entrée principale» ne reviendront pas

BLOGUE / Deux magazines importants de la grille de jour d'ICI Radio-Canada Télé, «Marina Orsini» et «Entrée principale», ne reviendront pas la saison prochaine. Les équipes ont appris la mauvaise nouvelle aujourd'hui même.

Cette décision entraîne l'abolition de 16 postes permanents au secteur Culture, variétés et société. Dans une note interne, la directrice générale, Dominique Chaloult, indique que la décision est «motivée par les orientations stratégiques de Radio-Canada, qui impliquent un redéploiement des ressources lié au virage numérique pour être au diapason de la manière dont le public d’aujourd’hui consomme les contenus audio-visuels.» On dit toutefois avoir l'intention «de conserver une masse critique de capacité de production interne, non seulement en information, en radio et en services numériques, mais aussi en télévision générale où elle sera maintenue en partenariat avec des maisons de production.»

D'année en année, la programmation de jour perd des plumes dans toutes les télés généralistes. Comme émission originale sur ICI Télé, ne restent plus que Ricardo et Le téléjournal midi, les autres cases étant occupées par des rediffusions. L'été dernier, pour la première fois, le diffuseur ne présentait plus de magazine de jour, ayant mis fin à l'éphémère Indice UV. La direction a déjà laissé savoir préférer consacrer ses budgets aux heures de grande écoute.

En ondes depuis l'automne 2015, Marina Orsini avait déjà vu le nombre de ses émissions coupées de moitié cette saison. Les derniers enregistrements auront lieu en décembre. Après six saisons, Entrée principale se poursuivra jusqu'à la mi-avril.

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Télé et radio

Mon nouvel ami Léo

CHRONIQUE / En visionnant les quatre premiers épisodes de «Léo», la nouvelle comédie de Fabien Cloutier sur le Club illico, je sentais que nous vivions quelque chose. Un peu comme lorsqu’on avait vu «Les Bougon» la première fois. Léo nous montre des gens qu’on préfère tenir loin de la télé, un monde loin du raffinement des villes et de ce qui est à la mode. Et ça fait franchement du bien.

Remarquez, l’excellente série Faits divers est allée dans cette talle depuis deux saisons, l’emballant dans une enquête policière. Dans Léo, une production Encore Télévision, ce sont eux qu’on raconte, tout cru, sans le prétexte d’une grande histoire. Un récit qui n’est pas si loin du conte, avec ses personnages entiers, bien définis, francs et sincères. N’y cherchez pas de deuxième ou de troisième couche, ils nous apparaissent tels qu’ils sont.

Léo, un personnage que Fabien Cloutier avait créé au théâtre, entreprend la quarantaine sans jamais avoir eu d’emploi, dans le village fictif de Walton, qu’on imagine à trois heures de Mont­réal. Au premier épisode, il mène une vie pathétique, sans but, se laissant aller avec le courant. Quand son meilleur ami Chabot (Steve Laplante, aussi coauteur) décide de se ranger en se mariant et en fondant une famille, Léo se retrouve fin seul, avec ce grand vide qui lui apparaît soudainement immense. Plutôt que de continuer à jouer au Monopoly contre lui-même, Léo décide de se prendre en main et de faire quelque chose de sa vie.

La suite est enthousiasmante. On vit avec lui tous les obstacles qui se dressent sur son chemin, quand il se lance à la recherche d’un job, alors qu’il n’a pas complété son 3secondaire. Sa rencontre avec la propriétaire d’une «cour à scrap» (Brigitte Poupart) est absolument hilarante. Et on le suit aussi quand il se cherche une blonde. Aussitôt engagé dans une usine de gâteaux, il n’a d’yeux que pour Cindy (Marie-Laurence Moreau), l’adjointe administrative, qui lui ferait une parfaite compagne. On ne perd pas de temps avec Léo, qui lui fera savoir bien assez vite ses intentions.

Les acteurs sont fabuleux, y compris les enfants, tous justes. D’ailleurs, quelle distribution. Anne Dorval, dans le rôle de la mairesse et coiffeuse, est truculente et d’une vérité sans nom. Marc Labrèche fait un patron macho irrésistible. Et que dire des «Vainqueurs», l’ancienne gang de Léo, quatre mal engueulés auxquels il ne veut surtout plus ressembler. Vincent Leclerc, Sébastien Dubé, Hubert Proulx et Luc Boucher forment ce quatuor grossier et indésirable. Pour eux, Léo n’est qu’une «moumoune» de vouloir sortir de son quotidien paisible.

Léo n’est pas une série sage. On y sacre, le pot qu’on y fume ne vient pas de la SQDC, et la représentation qu’on y fait des régions est presque folklorique. J’ai demandé à Fabien Cloutier, lui-même originaire de Sainte-Marie en Beauce, s’il craignait que le monde rural n’apprécie pas la façon dont il le dépeint et qu’il crie au stéréotype. «J’ai pas peur. Ils sont beaux, ces personnages-là», me répond-il. Et on le sent qu’il aime chacun d’entre eux, tout au long de la série. «Et puis, on joue partout avec les stéréotypes», plaide-t-il. À l’inverse, l’auteur affirme croiser des gens beaucoup plus stéréotypés, qu’il serait impensable de décrire à l’écran.

À la réalisation, Jean-François Chagnon, ex-Appendice, accomplit un travail admirable, vraiment. Le ton un peu décalé, juste assez amplifié, qu’il donne à Léo est franchement réjouissant. Jamais je n’ai regardé ma montre durant les quatre épisodes, qui passent trop vite. Il m’en reste sept, j’en voudrais plus. Une deuxième saison est en préparation, mais en attendant, les 11 premiers épisodes d’une demi-heure sont sur le Club illico jeudi vers 10h.

V: fini le talk-show

V abandonne la formule du talk-show de 22h, et va plutôt de l’avant avec une quotidienne de variétés humoristique, diffusée du lundi au jeudi à 21h, dès février prochain. Cette nouveauté de 30 minutes sera produite par Julie Snyder chez Productions Toros, mais ne sera pas animée par celle-ci. L’émission n’a pas encore de titre, n’aura pas d’animateur unique, et sera plutôt portée par plusieurs humoristes, désignés dans les prochaines semaines. C’est parce que la formule de talk-show à 22h n’attirait pas le groupe cible des 18-49 ans que V a choisi d’abandonner cette case, et opte plutôt pour celle de 21h, actuellement occupée par des séries américaines. Celles-ci seront décalées à 21h30. V a décidé il y a quelques semaines de ne pas renouveler Le show de Rousseau, le talk-show qui avait succédé à En mode Salvail depuis mars dernier, mais qui obtenait des cotes d’écoute décevantes.

Josélito Michaud avec Pierre-Yves Lord

J’apprends que c’est à Josélito Michaud qu’a été confiée la réalisation de la nouveauté de Pierre-Yves Lord, dont une émission pilote a été enregistrée mercredi dernier. La direction d’ICI Radio-Canada Télé n’a voulu donner aucun détail sur ce concept, et préfère ne pas se prononcer avant d’avoir vu le montage final de cette émission, bâtie autour d’histoires de vie de personnalités connues et de parfaits inconnus.

RICHARD THERRIEN

V: fini le talk-show, mais de l'humour à 21h

BLOGUE / V abandonne la formule du talk-show de 22h, et va plutôt de l'avant avec une quotidienne de variétés humoristique, diffusée du lundi au jeudi à 21h, dès février prochain.

Cette nouveauté de 30 minutes sera produite par Julie Snyder chez Productions Toros, mais ne sera pas animée par celle-ci. L'émission, qui n'a pas encore de titre, n'aura pas d'animateur unique, et sera plutôt portée par plusieurs humoristes, désignés dans les prochaines semaines.

C'est parce que la formule de talk-show à 22h n'attirait pas le groupe cible des 18-49 ans que V a choisi d'abandonner cette case, et opte plutôt pour celle de 21h, actuellement occupée par des séries américaines. Celles-ci seront décalées à 21h30.

V a décidé il y a quelques semaines de ne pas renouveler Le show de Rousseau, le talk-show qui avait succédé à En mode Salvail depuis mars dernier, mais qui obtenait des cotes d'écoute décevantes. Il n'a jamais été question de ramener Éric Salvail à l'antenne.

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Télé et radio

«Bébéatrice»: douce irrévérence

CHRONIQUE / Que voulez-vous pour souper? Des œufs grouillés? Du poulet mignon? À moins que vous ne préfériez des petites crevettes de Manhattan? Les mots sont de Béatrice, que son père Guy A. Lepage citait sur Twitter avant de coucher sur papier ses plus savoureuses réflexions, avec l’illustrateur Éric Godin. L’idée a grandi puis donne lieu aujourd’hui à ce qu’on présente comme la première sitcom animée, «Bébéatrice».

Pour une fois, tout vous sera offert gratuitement. D’abord, sous forme de neuf capsules de cinq minutes, dès aujourd’hui sur ICI Tou.tv, et neuf autres le 21 novembre. Puis durant les Fêtes, regroupées en quatre demi-heures, sur ICI Radio-Canada Télé.

Les extraits qu’on nous avait montrés jusqu’à maintenant n’annonçaient rien d’extraordinaire. Pourtant, on succombe au charme de la petite Bébéatrice, qui n’est pourtant pas un ange, et se montre aussi capricieuse qu’entêtée. Bébéatrice n’est pas une série qu’on regarde en se tapant sur les cuisses; son humour fait sourire plus qu’il fait rire, et rappelle à quel point les enfants peuvent se montrer éloquents et nous sortent souvent des perles.

Bébéatrice a donc quatre ans et demi dans la série, et n’a évidemment pas encore commencé l’école, une période bien particulière de l’enfance. Son histoire est inspirée à moitié de la véritable existence de la famille Lepage-Campeau; le reste a été imaginé par les auteurs. Oubliez le 3D ou l’animation très réaliste des grands films d’animation; l’illustration d’Éric Godin est minimaliste, mais tout à fait appropriée au genre. Bébéatrice se regarde très bien en capsules, à petites doses.

On a annoncé une série irrévérencieuse; peut-être parce qu’on est habitué à un humour beaucoup plus vulgaire et provocant, parlons donc d’une douce irrévérence, comme lorsque Bébéatrice répète avec un brin de provocation les jurons de son père. On joue quand même d’audace, en abordant le black face, quand Bébéatrice arrive le visage barbouillé pour «imiter» son ami haïtien. Un procédé que permettent l’enfance et le dessin animé, mais qui aurait été impensable avec de vrais acteurs.

Comme dans la vie, Papa Guy n’y a pas beaucoup d’autorité. Pour que Bébéatrice mange ses brocolis, il lui promet deux parts de gâteau. Mais ne parlez pas de délicatesse à la petite démone : elle tranche la tête de sa poupée, et malmène son petit chien, Attaque. On lui offre un poussin? Craignez le pire.

Pour prendre vie, Bébéatrice emprunte la voix d’Élia St-Pierre, une jeune comédienne de 10 ans, qui a déjà une longue feuille de route de doublage (Le grincheux, Les Minions, Le bébé boss), et que vous avez peut-être vue dans O’, dans le rôle de Coralie. Une enfant brillante, adorable, qui a impressionné tout le plateau, et qui est des 110 scènes des 18 premiers épisodes.

Pour les autres personnages, Guy A. Lepage joue lui-même Papa Guy, et Mélissa Désormeaux-Poulin est Mamanie, l’alter ego de Mélanie Campeau, épouse de Guy et co-productrice de la série avec Luc Châtelain. Guillaume Lambert prête sa voix à Théo, le grand frère, qui étudie à Londres. Le vrai Théo, lui, a quitté Londres pour compléter un doctorat à Providence. Enfin, Muriel Dutil joue grand-maman Suzanne, en plus de Laurent Paquin, Bruno Landry, Émilie Bibeau et Sylvie Potvin qui incarnent des rôles secondaires. La chanson-thème, signée Coeur de pirate, est vraiment charmante. L’artiste l’interprète en compagnie de Béatrice Lepage, la vraie, avec qui elle avait chanté sur le plateau d’En direct de l’univers.

L’équipe travaille déjà à une deuxième saison. On y illustrera entre autres la réaction de Bébéatrice à la rencontre d’une personne transgenre. L’héroïne est comme tous les autres enfants, a des réactions parfois gênantes, comme lorsqu’elle arrive devant la voisine, Mme Moreau, à qui elle lance : «Je t’aime, même si t’es grosse!» Ou lorsqu’elle la console de la mort de son mari au salon funéraire : «Ça sert à rien de pleurer comme ça, y reviendra pas.» Pas de méchanceté dans son propos, juste trop de franchise.

Contrairement aux autres séries d’animation, on a conçu les dessins à partir des textes français, et non anglais, comme c’est la norme. Mais déjà, des producteurs se sont montrés intéressés au dernier Mipcom, marché de l’audiovisuel, où on a montré des épisodes en français de France et en anglais.

Télé et radio

Sereine Marie-Mai

CHRONIQUE / Marie-Mai s’est peut-être fermé des portes en quittant son ancienne maison de disques, Musicor, mais ce mouvement était nécessaire pour elle. «J’ai décidé de parier sur moi, sur mes valeurs», a-t-elle expliqué à «Tout le monde en parle», dimanche, dans ce qu’on peut appeler un retour sous les projecteurs, où elle est apparue très sereine.

Dans cette entrevue extrêmement sympathique, qui ouvrait l’émission, il a bien sûr été question de Fred St-Gelais, l’autre «50 %» de son ancienne vie, avec qui elle formait autant un duo amoureux que professionnel. Pas question toutefois de recréer la même collaboration avec son nouveau conjoint, David Laflèche, qui l’a tout de même aidée pour la direction artistique de son nouvel album, Elle et moi. Cette «elle», de Elle et moi, c’est cette Marie-Mai qui dissimulait ses faiblesses, de peur de déplaire à son public.

Il a aussi été question de sa rupture avec Productions J, qui n’a pas été facile. «C’est comme un divorce, les avocats se mêlent de ça, c’est un gros bordel», a-t-elle décrit, avant d’envoyer tout de même quelques fleurs à Julie Snyder. Est-elle barrée de TVA depuis qu’elle a aussi quitté Musicor, une division de Québecor? Pas à ce point, dit-elle, mais elle n’a pas remis les pieds chez le diffuseur depuis cette décision. «On me donne le minimum, des poussières», remarque-t-elle au sujet de la couverture que lui accorde l’empire depuis. Une situation qui ne l’étonne pas, on l’avait prévenue «très clairement» que c’est ce qui arriverait. Non, on ne l’a pas réinvitée comme coach à La voix, mais elle semble avoir pris un plaisir fou à participer à The Launch, la téléréalité musicale de CTV, où elle partage le plateau avec entre autres Bryan Adams et Sarah McLachlin. Pour son nouvel album, elle a invité des fans chez elle, mais pas la presse comme l’a fait Ginette Reno. «Même si j’avais invité les journalistes, il y en a une maudite partie qui seraient pas venus!» a blagué la chanteuse.

Virulent plus tôt cette semaine au lendemain de l’ADISQ, Mario Pelchat s’est montré pas mal plus modéré sur le plateau de Tout le monde en parle. Il affirme toujours que le gala ne fait pas suffisamment d’espace aux artistes populaires et trop aux «marginaux plus à gauche», mais avec un grand sourire. Même douceur quand Guylaine Tanguay et lui ont vanté les mérites d’Hubert Lenoir, après avoir dénoncé son geste de s’enfoncer un Félix dans la gorge. La chanteuse country y a vu un «manque de respect» pour ce «grand monsieur» qu’était Félix Leclerc.

Il ne fera pas son propre gala de popularité, et ne remettra pas des «Mario», comme le suggérait Mario Girard dans La Presse. «Ça serait drôle, parce qu’il chialerait contre le gagnant du premier Mario!» a blagué Guy A. Mario Pelchat a quand même remis en doute la parole de l’ADISQ sur les nouveaux pourcentages de la votation dans les catégories des interprètes de l’année. À ses côtés, Marie-Mai ne semblait pas du tout d’accord avec sa vision. La carte du fou du roi : «On a désormais deux traditions annuelles : la marmotte qui sort de son trou au printemps et Mario Pelchat qui fait sa crise au lendemain de l’ADISQ».

L’histoire de Vito Rizzuto, racontée dans le livre du collègue de La Presse, Daniel Renaud, est fascinante. Enquêteur de la GRC durant 35 ans, Lorie McDougall a collaboré à Vito Rizzuto : La chute du dernier parrain, après avoir suivi celui-ci en filature. L’histoire de l’agent double, une séduisante policière qui s’est fait passer pour une représentante de crèmes de beauté, est savoureuse. Charmé par sa voisine à bord d’un avion, M. Rizzuto lui a raconté des faits très privés de sa vie, s’autoproclamant «parrain allégué de la mafia montréalaise». Daniel Renaud s’est montré extrêmement prudent dans la rédaction de son livre, évitant de mentionner certains noms. «Je ne voudrais jamais avoir mis la vie de quelqu’un en danger ou être responsable d’une tentative de meurtre parce que j’ai écrit quelque chose. […] Il y a des choses qui ne s’écrivent pas.»

Conversation très éclairante sur les élections de mi-mandat aux États-Unis, avec les deux spécialistes Rafael Jacob et Karine Prémont. S’il est vrai qu’une majorité démocrate empêchera la construction d’un mur sur la frontière mexicaine, Jacob est convaincu que le mur n’aurait jamais été construit de toute façon. Le plus gros impact, selon lui, concerne les enquêtes publiques que pourront lancer les démocrates contre Donald Trump. Il explique notamment l’absence de vague démocrate par la sortie de vote massive en milieu rural comme en 2016. Selon Karine Prémont, l’élection de deux femmes autochtones à la chambre des représentants et d’un premier homosexuel comme gouverneur s’explique par une mobilisation de la diversité américaine. «Ils ont dit : “Les États-Unis d’Amérique, c’est pas juste le pays des hommes blancs de Donald Trump, c’est le pays de tout le monde”.» Mais à ceux qui rêvent d’une destitution du président, Karine Prémont répond ceci : «Je ne vois pas tellement les démocrates se lancer là-dedans.» Selon Rafael Jacob, une éventuelle solide récession pourrait compliquer la tâche de Donald Trump pour sa réélection dans deux ans. Pour l’instant, aucun adversaire valable se pointe du côté démocrate pour lui faire de l’ombre.

Il a été au final très peu question d’Appelez mon agent (Dix pour cent en France) avec l’idéateur et producteur de cette excellente série française, Dominique Besnehard. La troisième saison est disponible depuis vendredi sur l’Extra d’ICI Tou.tv. Celui qu’on a surnommé l’agent le plus influent en France a eu dans son écurie Isabelle Adjani, Sophie Marceau et Pierre Richard. Ami de la productrice Denise Robert, il supervisera la sortie de La chute de l’empire américain en France. Il était en colère en apprenant que le film de Denys Arcand n’ait pas été sélectionné pour la course aux Oscars, persuadé que le Canada aurait obtenu une seconde statuette après Les invasions barbares.

On a vu Marie-Mai fulminer en entendant Dominique Besnehard minimiser le phénomène du harcèlement sexuel, lorsqu’il a été question du producteur Harvey Weinstein. En 20 ans comme agent, il n’a été témoin qu’une seule fois d’un cas du genre, ajoutant que «des actrices illustres n’ont jamais été dérangées» par Weinstein. La carte du fou du roi : «Pour que vous compreniez bien le sentiment de l’artiste face à son agent, on a pris 10 % de votre cachet et on l’a lancé par la fenêtre».

Auteurs de Joe Beef : survivre à l’Apocalypse, Frédéric Morin et David McMillan, les chefs chouchous du regretté Anthony Bourdain, avaient un peu pressenti son mal de vivre et son suicide. Après l’intervention de cette vedette de la gastronomie en leur faveur, «tout a changé. Les soirées tranquilles de janvier, y’en avait plus», explique McMillan, qui semble regretter avoir affirmé dans une entrevue que Toronto avait désormais de meilleures tables que Montréal. Il vante la clientèle québécoise, beaucoup plus audacieuse dans ses choix que le public new-yorkais, par exemple. «Vous devriez faire un show tous les deux. Sur scène, ce que ça serait!» leur a lancé Dominique Besnehard. Bonne idée.

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Télé et radio

TLMEP: blessures de guerre

CHRONIQUE / Ils sont retournés en Bosnie, là où ils avaient été déployés il y a 25 ans comme Casques bleus, en pleine guerre. Pour garder une meilleure image de ce pays où l'odeur a changé, où on entend maintenant les oiseaux. Pour faire la paix avec la guerre.

Il était extrêmement émouvant, dimanche à Tout le monde en parle, d'entendre les témoignages de Frédérick Lavergne et Dominique Brière, deux frères d'armes, qu'on peut voir dans le documentaire Faire la paix avec la guerre, que je vous recommande chaudement de visionner sur ICI Tou.tv. Quelques silences lourds de sens ont ponctué l'entrevue avec ces deux vétérans du Régiment de Hull, à qui je décerne les deux premières étoiles du match. Frédérick Lavergne revoit des images qu'il avait préférées sortir de sa mémoire, comme celle de ce carrosse qui servait à transporter les cadavres d'enfants trouvés dans un hôpital abandonné. À son retour de Bosnie, il était incapable de rester dans le silence, et devait dormir contre une sécheuse. Dominique Brière admet avoir souvent eu envie de se servir de son arme, même s'il lui était interdit de le faire. «Les soldats serbes nous regardaient en pleine face pis riaient de nous autres. Là, y'avait ton sergent ou ton chef qui te dit : «c'est pas ta famille, mêle-toi-z-en pas ».»

«Mon but à moi, c'était d'aller dans un conflit armé. J'étais attiré  par ça en tant que jeune soldat. Mais tu déchantes assez vite», relate Dominique Brière. En zone de guerre, il avait dû porter secours à une femme en train d'accoucher. Les parents ont alors choisi de lui donner son prénom, Dominique. Un récit touchant, même si la naissance de son propre fils a réactivé son syndrome de stress post-traumatique.

L'autre entrevue à voir, dimanche, était celle d'Émile Proulx-Cloutier, particulièrement éloquent, et qui mérite aussi une étoile. La question environnementale ne devrait plus être l'affaire d'«une gauche vertueuse», plaide l'acteur et musicien, citant une récente chronique de Richard Martineau. «C'est pas à gauche, pas à droite, c'est dans notre face», a-t-il lancé dans une diatribe convaincante en faveur d'un mouvement populaire fort, en vue de la marche du 10 novembre à Montréal. Il invite la population à demander à François Legault : «S.v.p., soyez un leader. On a les moyens de faire de grandes choses au Québec.»

Au risque de déranger, il a transformé la chanson Mommy en Maman, pour illustrer la réalité des Premières nations, qui voient leurs langues disparaître à travers les générations. «Un angle mort de l'histoire», croit-il au sujet de cette réalité qui le bouleverse. Pas besoin d'aimer le hockey pour apprécier Demain des hommes, dans laquelle il joue un entraîneur, et que le milieu du hockey junior apprécie et trouve réaliste, dit-il. Celui qu'on voit aussi dans Faits divers en parle comme «une série sur le crime désorganisé», rassemblant «une gang de tout croches».

C'est au sortir d'une dépression que Mike Ward a décidé d'intituler son nouveau spectacle Noir. Selon l'humoriste, on peut rire de tout, même de la mort. Il fait notamment un numéro sur les transgenres, dans lequel il raconte l'histoire d'un ami devenu femme.

C'est après avoir condamné à verser 42 000$ à Jérémy Gabriel qu'il est tombé en dépression. Pas à cause du procès, mais «à cause de tout ce qui est arrivé après». Portée en appel, la cause sera entendue en janvier. «Si on perd, on va aller en Cour suprême», promet-il, au nom de la liberté d'expression. Au départ, son avocat, Julius Grey, lui avait dit qu'il n'avait aucune chance de gagner, parce que la poursuite était lancée par la Commission des droits de la personne. «T'es mieux de juste payer», lui avait-il dit, ce qu'il a refusé. Durant sa dépression, il s'est soigné lui-même par de longs bains, et a diminué des deux tiers sa consommation d'alcool. Pour ses entrevues au Bordel, il déteste les invités qui répondent comme s'ils étaient à Tout le monde en parle. «C'est clair qu'ils vous mentent!» «Googlez Mike Ward sous écoute Louis Morissette», a-t-il suggéré à la blague.

Il a vilipendé François Massicotte et Gad Elmaleh d'avoir recyclé les gags de collègues, mais admet avoir fait la même chose, sans le vouloir, avec ceux de l'humoriste américain Sam Kinison, son idole de jeunesse. Pour se faire pardonner, il a acheté un puits en Afrique, avec l'inscription : «Une joke sale a payé pour votre eau propre.»

Venu promouvoir son album Meilleur après, Diane Dufresne ne s'en cache pas : elle déteste les entrevues. «Ça vous tentait de venir nous voir?» lui a demandé Dany Turcotte. «Du tout», a-t-elle répondu sans hésiter, à sa troisième visite sur ce plateau. Coiffée d'une casquette de chat, la diva a confié préférer sa vie d'aujourd'hui à celle de ses jeunes années. «La vie des femmes était assez compliquée. [...] On endurait des hommes même s'ils étaient violents», affirme celle qui partage la vie de Richard Langevin, qui ne lui a jamais adressé un seul reproche. «Ça prend du caractère pour décider d'être un homme doux.»

Depuis 2014, elle écrit ses mémoires, sans urgence. Elle n'a pas regardé le Gala de l'ADISQ, mais interrogée sur le désir de la provocation, partagé avec Hubert Lenoir, elle s'est permis ce commentaire, en référence à Hubert Lenoir. «On peut pas provoquer juste pour provoquer, [...] faut savoir ce qu'on fait un petit peu, faut changer les codes, faut faire attention sur quoi on fait des fellations.»

Issu d'une famille pauvre, l'ancien dragon François Lambert affirme toujours qu'on peut réussir à se nourrir avec 75$ par semaine. Dans son livre Qu'est-ce que j'en pense, il dénonce le travail au noir, s'oppose à la parité hommes-femmes et pourfend les syndicats. Lui-même agriculteur, il qualifie d'ailleurs l'Union des producteurs agricoles de «la plus grosse mafia». Pour contrer les «B.S.» qui profitent du système, il réclame le retour des Boubou Macoutes de Robert Bourassa. Au sujet de la parité, il s'engage sur un terrain glissant en parlant des «traits généraux» différents chez les hommes et les femmes, celles-ci ayant «tendance à être plus empathiques», et ces messieurs «portés vers les travaux plus techniques».

Brigitte Poupart est nue durant une bonne partie du film Les salopes ou le sucre naturel de la peau, de Renée Beaulieu. Une œuvre osée sur la sexualité libre et affirmée d'une femme, sujet rarement abordé. Pour elle, «beaucoup de couples normaux ont des sexualités débridées mais n'en parlent pas». Elle parle de Robin Aubert comme d'un être visionnaire, qui a donné le pouvoir aux femmes dans son film Les affamés. L'actrice, qui a remporté un Iris pour son rôle dans ce film de zombies, est convaincue que les femmes seraient les premières à se battre si le Québec était en situation de détresse. «On ne serait pas comme dans les films américains, à se tordre une cheville à courir derrière en talons hauts», image-t-elle. Pour cet ancienne membre des Zapartistes, qui collabore encore avec le groupe, l'humour doit absolument passer un message.

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Chronique

Mourir d’amour

CHRONIQUE / Les thrillers fantastiques ne sont pas légion à la télé québécoise. Quand on en voit, ce sont souvent des productions étrangères à gros budget. Sûrement par crainte de n’atteindre qu’un public très niché, ou encore de souffrir de la comparaison, il ne s’en produit que très peu pour les adultes chez nous, si ce n’est de Grande Ourse, qui date déjà de plusieurs années.

La malédiction de Jonathan Plourde, une minisérie que diffusera Super Écran dès le lundi 12 novembre à 21h, puis que VRAK reprendra l’automne prochain, fait donc figure d’exception. À mi-chemin entre le drame et la comédie romantique, la série est coproduite par une boîte québécoise, Avenue Productions (Marche à l’ombre), et par une boîte ontarienne, Slalom (Toi & moi ). D’ailleurs, les six épisodes d’une heure ont été entièrement tournés dans la région d’Ottawa, avec une équipe majoritairement ontarienne. Des acteurs locaux héritent surtout de rôles secondaires, aux côtés de collègues québécois dans les personnages principaux.

Le Jonathan Plourde du titre est un jeune homme de 23 ans, joué par Félix-Antoine Duval (Xavier dans L’Échappée). Sa vie est devenue un enfer depuis que, chaque fois qu’il tombe amoureux d’une fille, elle meurt tragiquement. Ludivine Reding fait une apparition éclair dans le rôle de l’une d’elles. La chose le trouble énormément, de sorte qu’il met tout en œuvre afin de ne plus tomber amoureux de personne, se contentant d’entretenir une relation platonique avec une livreuse de poulet. Ça se complique quand une séduisante gestionnaire (Kalinka Petrie) fait son apparition au bureau.

Bien entendu, la police soupçonne Jonathan de causer ces décès en série. Dans le noir total, celui-ci se tournera, par désespoir, vers les sciences occultes pour expliquer cette malédiction. Table qui bouge, croisement de Scrabble et de Ouija, lecture dans les chakras et conversations avec les plantes; il se prête à tout ça, par l’entremise d’une étrange collègue (Laetitia Isambert) très insistante. Simon Lacroix, la moitié du couple gai de Lâcher prise, incarne l’ami et le voisin de travail immédiat de Jonathan, alors que Sonia Vachon joue sa mère. Jean-Nicolas Verreault apparaît au quatrième épisode, dans un rôle mystérieux qui surgit du passé.

L’idée provient de Stéphane Lapointe, qui a oeuvré surtout comme réalisateur ces dernières années, notamment pour la première saison de Lâcher prise et les deux saisons de Faits divers. Cinéaste et scénariste, il a d’abord voulu en faire un film avant de se tourner vers la télé. Lui-même d’Ottawa, le réalisateur Martin Cadotte (Motel Monstre) offre une belle vitrine à la capitale nationale, superbement filmée. Les textes de La malédiction ont été confiés à Pierre Marc Drouin (Le siège), Marie-Sissi Labrèche et Philip Rodrigue.

La série surfe constamment entre le fantastique et la comédie. Si vous aimez les séries ultra réalistes, ce n’est pas pour vous. On n’a pas affaire ici à la série du siècle, mais on rit souvent, et les quelques effets spéciaux sont étonnamment crédibles. On insiste beaucoup sur les cauchemars et les visions de Jonathan, hanté par un personnage portant un «kangourou», et qui se trouve chaque fois là où les drames se produisent. Au moins, la série ne se prend pas au sérieux, particulièrement quand il est question de spiritisme et de surnaturel. Et Félix-Antoine Duval porte bien la série, crédible dans le rôle principal. On reste souvent pour lui, parce que l’œuvre souffre parfois du jeu plus faible de certains acteurs de soutien.

Comme VRAK, qui se cherche depuis quelques années, on ne sait pas trop à quel public on s’adresse, entre l’adolescence et l’âge adulte. La chaîne de Bell Média souhaite toutefois atteindre un auditoire plus âgé qu’avec Jérémie et Le chalet. Au fait, VRAK diffuse à partir de lundi à 19h30 la fiction quotidienne Clash, sur les jeunes patients d’un centre de réadaptation pour personnes accidentées.

Télé et radio

La drogue qui tue

CHRONIQUE / Le fentanyl arrache des vies. De plus en plus. Les cas relatés dans les médias sont souvent brutaux. Même «District 31» s’est mise de la partie ces jours-ci, avec une vague de morts tragiques reliées à la consommation de cet opioïde sans merci.

Mais d’où sort le fentanyl? Qui en consomme et pourquoi fait-il tant de victimes? Fentanyl: la menace, la série documentaire qui commence mercredi soir à 20h30 sur Moi et cie, risque de vous ébranler, et pas juste un peu. C’est sale, c’est coup de poing, et c’est sûrement ce que ça prend pour nous éveiller sur une réalité qu’on croit loin de nous.

Parfait dans ce rôle, le rappeur Samian nous sert de guide, avec une sincérité, une absence totale de préjugé. Lorsqu’il discute avec les accros au fentanyl, il échange, il entend, il partage avec eux, et surtout, il ne les juge pas. Les toxicomanes doivent le sentir puisqu’ils se confient sur des faits très intimes de leur vie. Vous verrez la misère humaine dans sa plus profonde désolation. Ça fait mal à voir, mais ça nous ouvre les yeux.

J’ai été incapable de retenir mes larmes en voyant Tina raconter son histoire. Crack, morphine, coke, toutes les heures de sa vie. Elle a été séquestrée par un individu qui la forçait à consommer du fentanyl. Elle vit dans un taudis avec son amoureux. Et le plus grave: elle est enceinte. Personne ne choisit une telle existence, souligne Samian. Le cas de Cate, qui se prostitue pour amasser les 400$ que lui coûte chaque jour sa drogue, est tout aussi poignant. Ils ont tous l’air plus vieux que leur âge, on les sent démolis, hors de toute réalité. On nous promet quelques images d’espoir plus tard dans la série de six demi-heures, et j’avoue qu’on en aura besoin.

Télé et radio

Harmonium, Hubert et Louis-José

CHRONIQUE / De quoi jase-t-on ce matin autour de la machine à café? D'Hubert Lenoir, bien sûr. De l'hommage à Harmonium, si beau et si vibrant. Et de Louis-José, qui a encore été parfait à l'animation de l'ADISQ.

Il régnait un bel esprit de diversité et de genres dans ce 40e gala, réussi en tous points, dimanche soir sur ICI Radio-Canada Télé. Et au-delà des réactions toujours inattendues d'Hubert Lenoir, récompensé à trois reprises, il y avait cette chanson, Fille de personne II, qui résonnait chaque fois dans la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, comme un hymne à la différence.

On sentait les frissons traverser la salle durant l'hommage à Harmonium, l'un des plus beaux que ce gala nous ait offert depuis 40 ans. L'ADISQ n'avait pas lésiné sur les moyens, avec un véritable orchestre classique sur scène. Tout, tout était parfait dans cet hommage, tant les reprises de chansons que les témoignages sentis des Rivard, Séguin, Piché et compagnie. Et cette finale sur Un musicien parmi tant d'autres, avec Céline et une mosaïque de visages reprenant ces paroles en choeur. «Quessé que vous venez de faire là, estie?» a demandé Serge Fiori, sonné, ému après cet hommage vibrant. «On voulait vous envelopper dans nos bras, et finalement, ce qui est arrivé, c'est que c'est vous autres qui nous avez enveloppés», a-t-il réussi à balbutier, trop touché par tant d'admiration condensée.

En ouverture, Mario Pelchat, Martine St-Clair, Maxime Landry et Guylaine Tanguay ont uni leurs voix pour interpréter des petits bouts des chansons de l'année des 40 galas. Un medley franchement réjouissant, on l'on entendait défiler quatre décennies de succès québécois, et qui nous rappelait que, oui, La légende Oochigeas a déjà été chanson de l'année.

Comme toujours, Louis-José Houde a été formidable. «J'viens de fumer un batte avec 2Frères. Sont vraiment drôles finalement!» a-t-il envoyé pour ouvrir son 13e gala, parfaitement dans son élément. Déchaîné, il allait ensuite résumer les 40 ans de cette soirée en soulignant ses travers, comme ces gagnants qui ne savent pas de quel côté sortir, ou «qui ne s'y attendaient pas». «Arrive pas en avant avec une face de dégât d'eau dans ton sous-sol», a-t-il suggéré aux nommés. Peu d'animateurs peuvent se permettre d'engueuler, même gentiment, nos artistes adorés.

Il a parlé d'Hubert Lenoir, qu'il a résumé pour sa sœur aux États-Unis comme «un jeune artiste original et talentueux», avant d'ajouter : «Prends Iggy Pop, Francis Reddy, Joe Bocan, brasse très fort». Plus tard, l'animateur a offert un résumé désopilant du gala de 1992, cette année où Gilles Gagné est monté sur scène et que l'enveloppe de la chanson de l'année était vide. Sérieusement, on en prendrait un comme ça pour chacun des 40 galas.

Évidemment, on ne fera pas nos surpris : vêtu d'une tunique blanche et maquillé de rouge et de jaune, l'unique Hubert Lenoir n'allait rien faire comme les autres en montant sur la scène, lui qui avait prédit sur le tapis rouge ne rien gagner du tout. Chaque fois acclamé par la foule, il avait un message pour ceux qui le trouvent weird : «c'est toujours une question de perception. Au nom de la jeunesse québécoise, je trouve que vous êtes wack en estie.» Puis, il a considéré son deuxième Félix comme une victoire «pour toute une nouvelle génération de musiciens qui en ont plus rien à crisser. […] J'veux juste dire qu'y'é trop tard, on est là, on s'en vient vous chercher tout le monde. That's it!» Pour son troisième, il a feint d'avaler son Félix pour mieux le recracher. «J'ai juste d'l'amour à vous donner, merci beaucoup!»

Pour la plupart disciplinés et brefs, les gagnants semblaient préparés dans leurs remerciements. Même la moustachue Klô Pelgag s'est montrée plus loquace en recevant le Félix de l'interprète féminine. «La musique c'est pas un concours, c'est juste de la musique, ça devrait toujours suffire», a-t-elle lancé, avant qu'un Patrice Michaud médusé monte chercher celui de l'interprète masculin.

Quelques-uns en ont aussi profité pour interpeller les politiciens. Privé de télésouffleur — «on se croirait dans un mauvais rêve!» —, Émile Bilodeau a prié François Legault d'abandonner l'idée de forer l'île d'Anticosti; la CAQ avait cependant envoyé la ministre Nathalie Roy. Le premier ministre Justin Trudeau, qui était dans la salle, a pour sa part reçu les récriminations de Yann Perreau, qui, citant Gilles Vigneault, lui a envoyé : «J'ai plus l'impression que mon pays, ce n'est pas un pays, c'est une pétrolière.»

Plusieurs bons numéros musicaux, dont celui de Pierre Lapointe et de Galaxie, qui a tout arraché. On a choisi de jumeler d'autres artistes en duo, comme Andréanne A. Malette et 2Frères. Les cinq nommés dans la catégorie de la révélation se sont succédés sur la scène, Hubert Lenoir offrant la prestation la plus énergique. Guy A. Lepage n'a pas voulu toucher au Félix, après celui qu'il avait lancé à son cinquième et dernier gala. «T'as gagné 21 Félix en carrière et le seul dont on se souvient, c'est celui que t'as garroché! C'est le fun hein?» lui a fait remarquer Louis-José. De la visite belle et rare : Yvon Deschamps, qui ne donnait pas sa place à l'animation de l'ADISQ.

Et alors, ce gala vous a-t-il donné envie, comme moi, d'écouter du Hubert Lenoir, du Klô Pelgag, du Philippe Brach, du Harmonium?

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