Yen Chao-Lin n’a pas chômé. L’artiste basée à Montréal a profité de sa résidence débutée à la fin juin à la nouvelle galerie de Frelighsburg, Adélard, pour créer une installation massive, mêlant techniques diverses et partage local.

Résidence Adélard: Yen Chao-Lin ou l’inspiration des sourciers

Yen Chao-Lin n’a pas chômé. L’artiste basée à Montréal a profité de sa résidence débutée à la fin juin à la nouvelle galerie de Frelighsburg, Adélard, pour créer une installation massive, mêlant techniques diverses et partage local.

Sa production mêle les techniques de production de porcelaine, de soudure et de traitement du cuivre.

Au moment de débuter sa résidence à Frelighsburg à la fin juin, Yen Chao-Lin avait déjà en main la documentation qui allait guider sa recherche ainsi que des objectifs précis de production.

« Je me laisse beaucoup inspirer par l’ésotérisme. Ma création a été beaucoup axée sur la pratique des sourciers », assure l’artiste.

Sa recherche l’a menée à quelques reprises à Ottawa où une association de bénévoles garde vivante cette pratique ancienne revenue au goût du jour, selon l’artiste en résidence.

Yen Chao-Lin s’est également inspirée de l’histoire orale de sa famille taïwanaise et d’archives historiques.

Ésotérique

Si son inspiration est ésotérique, sa création elle, est des plus esthétiques.

« En fait, c’est une installation en trois composantes », précise-t-elle aux visiteurs lors des portes ouvertes qui ont marqué la fin de sa résidence, samedi dernier.

Dans la grande salle qui sert à la fois d’atelier et de galerie chez Adélard, c’est d’abord un rideau fabriqué d’anciens sous noirs qui filtre le regard du visiteur.

L’artiste a d’abord sélectionné des sous vieux de quelques décennies, alors que la concentration en cuivre était supérieure. Elle a ensuite émaillé le métal au four et y a déposé une fine couche de verre bleuté.

Accroché au bois de grange, c’est surtout un ensemble de mains tenant des baguettes dans diverses positions qui captive l’œil curieux.

« C’était une opération minutieuse, presque quelque chose de méditatif. C’est particulier parce que les sous, ça n’a plus de valeur monétaire, mais tout le monde en garde à la maison », remarque-t-elle.

Accroché au bois de grange, c’est surtout un ensemble de mains tenant des baguettes dans diverses positions qui captive l’œil curieux.

« C’est basé sur une ancienne illustration du métier de sourcier qui j’ai vu dans un livre du 16e siècle à la Grande bibliothèque de Montréal. Lorsque j’ai consulté des sourciers, il y a seulement une personne qui a reconnu la position des mains puisque c’est ainsi que sa grand-mère amérindienne fonctionnait », ajoute Yen Chao-Lin.

L’artiste a elle-même forgé la baguette de métal tenue par les mains moulées d’un mannequin. « Le forgeage n’est pas parfait, mais j’aime faire moi-même ces techniques dans mon processus. »

La dernière partie de l’œuvre fait référence à son histoire familiale. « Ma mère est tombée malade quelque temps après le décès d’un oncle. Ma mère a mis une baguette dans un bol d’eau en disant que si l’esprit de l’oncle était là, la baguette allait rester debout, et c’est ce qui est arrivé. Ma grand-mère a convaincu l’esprit de l’oncle de laisser ma mère vivre et elle a guéri », raconte-t-elle.

Ce n’est pas l’esprit de l’oncle qui tient la baguette à Frelighsburg, mais c’est bel et bien Yen Chao-Lin qui a forgé la baguette plaquée or et qui a créé le bol de porcelaine qui la contient.

« C’est une technique difficile, souvent les choses se déforment lors de la cuisson, mais ça fait partie de la création. »

Transparence

Après Loren Williams, Yen Chao-Lin était la seconde artiste en résidence à la galerie Adélard, inaugurée en mai dernier.

La galerie mise beaucoup sur la proximité entre le public et les créateurs. À de nombreux moments, les amateurs d’art peuvent rencontrer l’artiste lors de la résidence.

« J’ai été très bien accueillie ici, mais c’est sûr que la galerie et l’atelier sont un endroit partagé. Je fonctionnais avec des délais serrés de production et parfois durant la fin de semaine j’accrochais des rideaux pour travailler. Comme artiste, ça peut être malaisant de se faire observer en train de travailler », témoigne-t-elle.

La résidence lui a toutefois permis de faire reconnaître ses créations auprès d’institutions importantes telles que le Musée des Beaux-Arts de Montréal ainsi qu’un organisme berlinois que l’artiste ne peut nommer pour le moment en raison de négociations qui sont en cours.

« Je pense que les gens sont intrigués parce que c’est une première fois, que c’est nouveau et que c’est en région », assure Yen Chao-Lin.