Si vous me demandez si la soirée vaut le détour, je vous dirai seulement qu’à lui seul, Raymond Bouchard mérite qu’on paie deux billets.

Représailles au Théâtre de Rougemont: magnifique Raymond Bouchard

CRITIQUE / Vendredi soir, on a commencé à croire aux miracles. Un peu parce que Raymond Bouchard nous a rappelé que le simple fait d’être en vie en était un, mais surtout parce qu’il venait de prouver sur scène qu’IL en était un.

Devant un public composé de plusieurs de ses proches, au terme d’un vibrant hommage livré par deux de ses meilleurs amis dans le cadre des célébrations entourant ses 50 ans de carrière, le comédien de 73 ans a pris la parole pour simplement partager sa joie de s’émerveiller encore et toujours devant les beautés qui s’offrent à lui chaque matin.

On ne pouvait qu’être d’accord avec lui, puisqu’on l’était, émerveillé, devant l’étendue de son talent. Unique, naturel, plus grand que nature.

Raymond Bouchard ne joue pas ; il EST son personnage. Dans sa façon de parler, de bouger, de réagir, de penser… Bien peu de comédiens arrivent — au théâtre surtout — à faire oublier au public qu’il est spectateur. Raymond Bouchard, lui, y parvient dès son entrée sur scène. Aisément en plus. Sans même qu’on s’en rende compte.

Il porte la pièce sur ses épaules, et ça ne semble lui peser aucunement. Il semble même éprouver un malin plaisir à jouer son Francis, homme infidèle qui tente de se dépatouiller dans ses mensonges lorsque sa Rose découvre ses infidélités avec Hélène… puis Kristelle… puis Éva (Myriam Poirier) le soir du mariage de leur fille, Mélissa (Sylvianne Rivest-Beauséjour). Il faut vraiment le voir se démener pour le croire.

Car comme on ne rattrape pas un mensonge avec un autre mensonge, la situation se complique, donne droit à quelques situations loufoques, plusieurs malaises et de nombreuses répliques savoureuses, le tout emballé dans un humour intelligent, celui d’Éric Assous, adapté au Québec par le grand Michel Tremblay et mis en scène par André-Marie Coudou.

Mais celui qui donne de la valeur à cette proposition théâtrale somme toute correcte, c’est — vous l’aurez deviné — Raymond Bouchard. Malgré un personnage qui incitait fortement à surjouer, le comédien d’expérience ne tombe pas dans le piège. Il a toujours le ton d’une extrême justesse. S’il était musicien, il aurait l’oreille absolue.

Dans une classe à part
Cette performance d’une classe à part fait toutefois de l’ombre au jeu des autres comédiens, surtout à celui de Sylvianne Rivest-Beauséjour, qui semblait carrément à côté de son personnage de Mélissa, qui sonnait faux sur tous les points. On ne veut aucunement être méchant, mais honnêtement, c’en était souvent presque malaisant…

Si on peut se permettre, pour terminer, on se demande pourquoi l’entracte ne se fait pas pendant le changement de décor un peu avant la fin de la première moitié de soirée. L’exercice prend quand même quelques minutes, qui seraient mieux rentabilisées durant une pause. Simple remarque.

Du reste, si vous me demandez si la soirée vaut le détour, je vous dirai seulement qu’à lui seul, Raymond Bouchard mérite qu’on paie deux billets.