Gabrielle Izaguirré-Falardeau est de l’actuelle cohorte de l’École nationale de la chanson de Granby. Elle a publié cette semaine La fin de ma faim, récit de son passage à vide dans l’anorexie.

Récit d’une anorexique en rémission

Gabrielle Izaguirré-Falardeau fait partie de l’actuelle cohorte de l’École nationale de la chanson de Granby. Pourtant, cette semaine, ce n’est pas un premier disque ni même une première chanson qu’elle nous a livré, mais plutôt un premier livre. La fin de ma faim se veut le récit de son passage à vide dans les troubles alimentaires et ferme du même coup, l’espère-t-elle, le chapitre anorexique de son existence.

Jusqu’à ce qu’elle obtienne son diplôme d’études secondaires, la native de Rouyn-Noranda menait une vie qui « repoussait les limites de la banalité ». « [...] Les gens me considéraient sans doute comme une personne « normale », moi la première. Le matin, je mangeais des toasts au beurre d’arachide ; durant mes règles, je faisais chier l’univers entier ; je perdais beaucoup trop de temps sur Facebook ; et je consacrais des journées complètes à la lutte contre le sommeil, sur une chaise en bois, pendant qu’un adulte sérieux tentait de prouver à trente jeunes désintéressés l’importance de trouver la longueur de la diagonale de la plate-bande de monsieur Langevin », écrit-elle d’ailleurs dans le premier paragraphe de son premier chapitre, donnant ainsi le ton à un récit qui pourrait être lourd à supporter par moment s’il n’était pas ponctué de son humour lucide qui frôle parfois le sarcasme.

Mais « l’anormalité » s’est installée dans ce confort apparent lors de l’été de ses 16 ans. Un débalancement d’abord subtil, provoqué par les calories qui se soustrayaient de son quotidien de façon inversement proportionnelle à la quantité de jumping jacks et autres exercices qu’elle effectuait en cachette. L’équilibre est bientôt devenu trop difficile à maintenir, et tout a basculé alors qu’elle se trouvait en Italie pour un échange étudiant.

Rapatriée d’urgence en sol québécois, elle a atterri à l’hôpital peu de temps après. En deux ans de maladie, elle y séjournera à deux reprises. « J’ai beaucoup écrit pendant que j’étais à l’hôpital. C’était un moyen efficace pour passer le temps tout en me permettant de mettre des mots, d’extérioriser ce que je vivais et de prendre du recul face à tout ça », racontait cette semaine la jeune femme, attablée dans un café du centre-ville de Granby.

Elle a fait lire son manuscrit à ses proches, qui lui ont avoué comprendre mieux ce qu’elle vivait et ce qu’était l’anorexie. « C’est à ce moment-là que j’ai pensé le publier. Si ça peut en aider d’autres à mieux comprendre la maladie, il restera quelque chose de positif de tout ça. »

Les éditions de Mortagne ont embarqué dans l’aventure, et La fin de ma faim est atterri chez les libraires mercredi, au lendemain de la Journée mondiale de la santé mentale.

Amis et passions

Même au plus profond des abysses de sa maladie, alors que son IMC (indice de masse corporelle) oscillait autour de 14, que ses os se montraient de plus en plus saillants et que la détresse psychologique prenait toute la place, deux choses ont aidé la jeune adulte à passer au travers : ses proches, en particulier ses amis, et ses passions culturelles.

Et ce, même si la musique a partiellement été mise de côté dans les moments les plus intenses, raconte celle qui a toujours aimé jouer du piano. « J’en étais arrivé à penser que la musique ne pouvait plus rien m’apporter dans la vie. Ça montre à quel point la maladie est intense. Tout devient sombre et laid. »

À mesure qu’elle prenait du mieux, son envie de pianoter est revenue, et elle a décidé de tenter sa chance à l’École nationale de la chanson. « Je sentais que c’était ici que je devais venir, que ça correspondait à ce que je voulais faire à ce moment-là », dit-elle.

Gabrielle Izaguirré-Falardeau est « en rémission » de son anorexie depuis le printemps 2016. Elle mène à nouveau la vie normale d’une étudiante normale. Se considère-t-elle guérie à 100 % ?

« Se sortir d’un trouble alimentaire est un long processus. J’ai encore quelques symptômes, mais j’arrive à bien les contrôler. C’est surtout des événements où l’abondance des plats et les plaisirs gastronomiques sont présents, comme le temps des Fêtes, qui sont encore stressants. Et je suis consciente que j’accorde encore trop d’importance à ma silhouette et à mon image corporelle. »

« Je ne sais pas à quel point je vais être complètement guérie un jour... Je sais que je ne suis pas à l’abri d’une rechute, mais je sais quoi faire pour ne pas que ça arrive. Je n’ai pas peur, mais je sais qu’il faut que je sois vigilante », admet-elle.

Bien que difficile à traverser, elle ne renie pas pour autant cette étape de sa vie. « Elle fait partie de mon vécu, elle a contribué à la personne que je suis aujourd’hui. »