Le Suttonnais Raymond Cloutier

Raymond Cloutier sera Baudelaire

« J’ai toujours fréquenté Verlaine, Baudelaire, Rimbaud... ce sont comme mes amis depuis d’adolescence. » Raymond Cloutier est de l’époque des collèges classiques où il a découvert l’existence des « poètes maudits ». Dans quelques jours, le comédien se glissera avec bonheur dans la peau de Charles Baudelaire, le temps d’une courte tournée québécoise du récital L’invitation au voyage aux côtés de la grande contralto Marie-Nicole Lemieux.

Un rendez-vous unique, qui a déjà eu lieu à deux rares occasions. « Je n’avais jamais eu la chance de faire ce jeu avec une chanteuse de cette qualité. Elle est extraordinaire », confie le Suttonnais avec une admiration sentie.

À 11 reprises au cours du mois d’octobre, les deux artistes monteront sur scène pour offrir une incursion dans l’univers du célèbre auteur des Fleurs du mal. C’est d’ailleurs une douzaine de poèmes tirés de ce recueil — et mis en musique par des compositeurs français du début du 20e siècle — qui seront chantés par Mme Lemieux, accompagnée pour l’occasion du pianiste Daniel Blumenthal.

« J’ai toujours aimé dire la poésie, sans la rendre lyrique et sentimentale. Là, je vais jouer Baudelaire dans sa mansarde en train de travailler, au milieu du 19e siècle. Ça rend la poésie plus concrète. Le côté lyrique sera assuré par Marie-Nicole et Daniel », laisse entendre M. Cloutier.

« Le défi est de taille : représenter Baudelaire qui livre ses mots à mesure qu’ils lui viennent à l’esprit, rester proche de sa réalité, éviter les envolées, l’enflure, la musique des rimes, et donner à entendre au spectateur l’essence du sens, le chemin qui aurait pu inspirer l’auteur », ajoute-t-il dans le descriptif de ce projet dont il est aussi le concepteur et le metteur en scène.

Raymond Cloutier rappelle néanmoins que L’invitation au voyage n’est pas une biographie de Baudelaire. Plutôt une lecture dépoussiérée et accessible du « père de la poésie moderne », dit-il.

Pour préparer un tel récital, on devine qu’il s’est penché sérieusement sur l’homme et ses écrits. « J’ai beaucoup potassé son œuvre et j’en ai une opinion d’acteur. Disons que je le ressens. »

Quant à Marie-Nicole Lemieux, elle posera ses valises au Québec pour cette série exclusive de récitals baudelairiens, juste avant de reprendre les représentations de Madame Butterfly auxquelles elle participe cet automne à l’Opéra Bastille de Paris.

« Marie-Nicole est prête. On va se voir la veille de la première à Montréal. Elle n’aura qu’à chanter divinement, comme toujours... », confie son compagnon de scène.

Cloutier, l’auteur

Cela dit, Raymond Cloutier n’a pas que le verbe facile. Il a aussi la plume fort bien aiguisée. Son dernier ouvrage, Fin seul, publié l’an dernier, est inspiré de 50 événements qui ont ponctué son parcours atypique. « C’est de l’autofiction. C’est arrivé pour vrai, mais c’est romancé. »

Fin seul, rappelle-t-il, ce sont de courtes histoires tirées de son enfance et de son adolescence auprès d’une mère alcoolique et incompétente, et d’un père rêveur et aventurier. « Ça se passe dans le Québec des années 40 et 50, dans un milieu petit-bourgeois dont on a peu parlé. On n’est pas tous issus du Québec un peu noir que décrit Michel Tremblay... »

Et à travers ses nombreux projets — dont le tournage du long métrage Gallant : confessions d’un tueur à gages dont la sortie est prévue en 2020 —, Raymond Cloutier trouve aussi le temps d’écrire son prochain roman, qui devrait paraître chez Québec Amérique en 2020.

La tournée de L’invitation au voyage s’arrêtera notamment à Orford et à Saint-Jean-sur-Richelieu en octobre.