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Le 3e impérial, centre d’essai en art actuel, accueillera en résidence du 7 au 16 avril l’artiste innue Sonia Robertson qui veut rappeler aux Granbyens la présence des Abénakis sur leur territoire, et la relation d’égal à égal qu’ils entretenaient avec la rivière Yamaska et le maïs.
Le 3e impérial, centre d’essai en art actuel, accueillera en résidence du 7 au 16 avril l’artiste innue Sonia Robertson qui veut rappeler aux Granbyens la présence des Abénakis sur leur territoire, et la relation d’égal à égal qu’ils entretenaient avec la rivière Yamaska et le maïs.

Rappeler le passé abénakis de Granby

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
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Le 3e impérial, centre d’essai en art actuel, accueillera en résidence du 7 au 16 avril l’artiste innue Sonia Robertson, dans un contexte de recherche, création et coproduction qui veut rappeler aux Granbyens la présence des Abénakis sur leur territoire, et la relation d’égal à égal qu’ils entretenaient avec la rivière Yamaska et le maïs.

Décrété affluent le plus pollué du fleuve Saint-Laurent, la rivière Yamaska était autrefois une importante route pour le peuple abénakis, qui l’empruntait pour descendre aux États-Unis.

D’ailleurs, en 2011, une pointe de lance datant de 5000 à 6000 ans a été retrouvée aux abords du réservoir Choinière, au parc de la Yamaska, témoignant de la présence abénakise dans la région.

«C’est important que la population granbyenne sache que les Abénakis ont occupé le territoire. Ça fait partie de notre histoire à tous, une histoire qui n’est malheureusement pas racontée» , mentionne Sonia Robertson, qui fait partie de la communauté autochtone de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, où elle vit.

Aujourd’hui, la communauté abénakise la plus près de Granby est celle d’Odanak, à l’est de Sorel, où on retrouve d’ailleurs le Musée des Abénakis.

Pour Sonia Robertson, artiste en résidence au 3e impérial, centre d’essai en art actuel, il est impensable de se « sentir supérieur » à la nature. «La nature n’est pas moins que toi. Elle est puissante.»

La première mère

Le projet «Yanigawi» (signifiant « la première mère » ) de Sonia s’inscrit dans une démarche à long terme, qui a débuté lors d’un premier séjour au 3e impérial du 26 au 30 août 2019, suivi d’un deuxième du 22 février au 3 mars 2021. Celle qui est aussi art-thérapeute se laisse inspirer par les lieux qu'elle visite. «Je veux que les gens puissent sentir la connexion que j’ai avec le vivant. Dans ma langue [innue], la terminaison du verbe va changer en fonction de ce que je vois, si c’est une chose vivante, ou non vivante. Si je vois un arbre, ou un crayon, la terminaison du mot va changer. On entretient une relation d’égal à égal avec tout ce qui est animé.»

Pour elle, il est impensable de se «sentir supérieur» à la nature. «La nature n’est pas moins que toi. Elle est puissante.»

«La rivière, le sang de la terre» dans le cadre du projet «Je donne le tabac», lors de la visite de Sonia Robertson au 3e imperial en 1997.

Au sein de sa culture et de ses traditions, cette forme de domination n’existe pas, celle qui mène trop souvent au génocide, où un peuple se considère supérieur à un autre, avance-t-elle. «J’aimerais éveiller cette conscience-là, que les gens puissent être touchés par cette façon de voir les choses.»

L’artiste, qui a effectué un baccalauréat en art interdisciplinaire à l’Université du Québec à Chicoutimi, travaille surtout l’image photographique et vidéographique, le son, le texte et divers matériaux afin de créer des œuvres installatives et performatives in situ.


« Je trouve merveilleuse la démarche de Sonia de vouloir rendre visible la présence autochtone sur le territoire. »
Danyèle Alain, directrice générale et artistique du 3e impérial

En vue de correspondre à la mission du 3e impérial, qui est de créer un ancrage, une rencontre avec la communauté par les projets d’art, une action sera posée avec la communauté granbyenne vers la mi-septembre. L’artiste en ignore toujours la nature. «Ce sera le temps des récoltes et l’équinoxe. J’aimerais faire un lien avec ça.»

Le maïs était sacré pour les Abénakis, ce qui a donné naissance à la légende de la première mère, qui raconte l’histoire d’une mère ayant sacrifié sa vie pour la survie de son peuple. Cette légende sera enregistrée et racontée par la conteuse Nicole Nanatasis O’Bomsawin durant le séjour de l'artiste à Granby entre le 7 et le 16 avril.

«Rendre visible la présence autochtone» 

«Je trouve merveilleuse la démarche de Sonia de vouloir rendre visible la présence autochtone sur le territoire» , commente Danyèle Alain, directrice générale et artistique du 3e impérial.

Elle se réjouit de collaborer avec Sonia Robertson, qui est d’ailleurs la dernière artiste ayant exposé de façon «conventionnelle» dans la galerie du 3e impérial, en 1997, avant que celui-ci ne prenne une autre direction. «En 1998, on a changé la direction du centre, pour davantage travailler le territoire en allant vers les gens, plutôt qu’en invitant les gens à venir. On voulait ancrer l’art dans la communauté. Et Sonia avait fait une exposition qui représentait bien ce mouvement “vers l’autre”, notamment en plantant des plants tabac dans les parcs, qui ont formé une spirale sur la carte de la ville» , se souvient Mme Alain.

Pour cette dernière également, il est important de faire valoir cette partie d’histoire du territoire qu’on a occultée. « Il nous manque un morceau. »

Le projet Yanigawi devrait prendre sa forme finale — encore inconnue — au printemps 2022, dépendamment des circonstances pandémiques.

Sonia Robertson travaille surtout l’image photographique et vidéographique, le son, le texte et divers matériaux afin de créer des œuvres installatives et performatives in situ.

Le 3e impérial accueille en moyenne cinq ou six artistes en résidence par année. «Pour nous, le travail de création fait partie de l’œuvre même. Ce n’est pas nécessairement dans l’optique d’une finalité. Le processus fait partie de l’œuvre. Et aussi la relation avec le public» , explique Danyèle Alain.

Lors d’un projet artistique effectué à Val d’Or en 2014, Sonia avait entendu en rêve la rivière lui demander de parler de la fragilité de l’eau. «La relation des Premières nations à l’eau est d’égal à égal, contrairement à d’autres qui exercent une domination de l’eau en la polluant. Je veux amener une vision autochtone de l’eau et de la terre.»