Yves Langlois lors du tournage du film mettant en vedette son vieil ami Raôul Duguay.

Raôul Duguay, par-delà La Bittt à Tibi: le film-hommage d’Yves Langlois

Le cinéaste Yves Langlois n’a pas eu le plaisir de présenter sa nouvelle œuvre devant public, vendredi comme prévu, mais il se console en se disant que Raôul Duguay, par-delà La Bittt à Tibi a désormais une vie sur le web. Et qu’il peut maintenant offrir à son vieil ami toute l’attention qu’il mérite.

« La Bittt à Tibi, tout le monde connaît ça, même ceux qui ne connaissent pas Raôul. Il est pourtant tellement plus que ça. Les gens devraient connaître l’ensemble du personnage. Ce n’est pas pour rien que le sous-titre de mon film est ‘‘Une année dans la vie d’un artiste multidisciplinaire octogénaire et hyperactif’’ », raconte le résidant de Sutton.

Yves Langlois a effectivement suivi Raôul Duguay durant plus d’un an, dans sa 80e année. Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un film biographique (biopic), que les archives sont pratiquement inexistantes et qu’on assiste plutôt à la vie du personnage de Saint-Armand « en temps réel ».

Son œuvre est un hommage à Duguay, cet « artiste sans concession » dont il partage entièrement les valeurs, dit-il, en mentionnant la créativité, l’amour de la nature, la protection de l’environnement, les relations intergénérationnelles... Il faut dire que ces deux originaux se connaissent depuis 50 ans bien sonnés, à l’époque où le destin les a fait se croiser au cégep Édouard-Montpetit. « Raôul m’a fait comprendre que la création n’avait pas de limites. Je suis devenu fan de lui, et on est devenus de grands amis. »

Il lui a pourtant fallu 15 ans avant de réaliser ce projet de film. Changements de gouvernement, manque de financement, il a dû se montrer patient. Mais le résultat, visiblement, le comble.

Au bout de son périple cinématographique, Yves Langlois disposait de près de 150 heures d’images qu’il a condensées en 80 minutes. « On a filmé sans intervenir. Je suis allé chercher les moments les plus significatifs et les plus artistiques. »

Les deux complices lors de leur virée dans l’est du pays.

De la scène d’ouverture, où un jeune comédien personnifie Raôul Duguay à l’époque où il a fréquenté l’orphelinat, à celle où on le voit célébrer ses 80 ans avec ses proches, la trame du film ratisse large. Yves Langlois l’a notamment accompagné en Gaspésie et en Acadie sur les traces de ses aïeux. Il est allé avec lui en Abitibi où on le voit organiser une exposition en forêt, il l’a filmé enseignant le chant ou penché sur sa peinture.

Les archives de Radio-Canada ont aussi été mises à contribution pour un moment particulier du long-métrage, mais le cinéaste préfère ménager la surprise.

« En fait, il y a 12 scènes de musique, 12 scènes de peinture, six scènes de poésie et dix scènes de la vie quotidienne. Il y a aussi quelques témoignages, dont celui de Michel Tremblay », explique M. Langlois avec fierté, avant de confier que l’ensemble des 150 heures de tournage — poèmes, entrevues, confidences, témoignages — a été « dactylographié », réquisitionnant dix personnes durant un mois. « Ça a donné environ 950 pages de texte ! »

Et dire que 99 % de tout cela n’apparaît même pas dans le film, termine l’artiste/réalisateur/monteur, qui se qualifie du dernier des Mohicans. « Je fais tout ! »

L’essence de l’âme

Raôul Duguay a pu visionner, jeudi, le film dans son intégralité. Et cela semble lui avoir beaucoup plu. « Je suis fier de mon réalisateur. Yves a fait ce film avec une intelligence, une sensibilité et un esprit créatif extraordinaires. Il a perçu l’essence de mon âme et de ma philosophie », affirme-t-il en insistant sur la relation privilégiée qu’ils entretiennent depuis belle lurette.

« Il montre à la fois l’arbre et la forêt », ajoute M. Duguay en faisant référence au titre d’un livre publié à son sujet il y a quelques années.

Selon lui, malgré la densité du sujet, l’œuvre de Langlois « respire bien » et tient le spectateur en haleine du début à la fin. « Il a l’œil magique. Il a vu le concret dans la simplicité de mon quotidien. Il y a un bel équilibre entre le contenant et le contenu. »

LA GRANDE PREMIÈRE ANNULÉE

Raôul Duguay, par-delà la Bittt à Tibi devait être présenté en primeur vendredi à Montréal dans le cadre du Festival international des films sur l’art (FIFA). Le film d’Yves Langlois faisait d’ailleurs partie des 23 œuvres retenues en compétition parmi les 700 proposées. L’annulation de l’événement, ainsi que des autres projections publiques prévues au calendrier, a forcé le FIFA à faire preuve de créativité. Depuis mercredi, il est possible de visionner en ligne tous les films sur le site web du FIFA moyennant 30 $.

M. Langlois précise que son long-métrage fera partie de la programmation du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, l’automne prochain.

Une version écourtée devrait également être diffusée sur les ondes de Radio-Canada l’an prochain.