Le metteur en scène Yves Desgagnés a jugé bon de transformer la scène en écran de iPhone géant, ce qui ajoute du caractère à la proposition et y insuffle un vent de fraîcheur.

Pour se faire une belle soirée

CRITIQUE / La première proposition de Guillaume Lemay-Thivierge en tant que producteur au théâtre se donne parfois des airs de déjà-vu/déjà entendu, mais elle parvient assurément, dans l’ensemble, à bien nous faire rire.

Il faut dire qu’il y a de quoi se bidonner quand on enferme quatre personnages aux traits de caractère soulignés au gros feutre dans un chalet.

L’acquisition du lieu de villégiature est une idée des proches de Mike (Guillaume Lemay-Thivierge), policier à l’aube de la quarantaine en burn-out, qui, avec toutes les bonnes intentions du monde, décident de prendre les choses en main pour régler son problème.

Il y a sa conjointe, Nancy (Émily Bégin), une éducatrice en CPE névrosée et complètement dépassée, un peu « épaisse sur les bords » et qui boit « du vin blanc comme de l’eau » pour affronter son anxiété malsaine.

Il y a aussi Julie (Sandrine Bisson), une femme bien de son temps qui suit à la lettre les dernières tendances en environnement, en nutrition, en santé mentale et physique, qui tente non seulement de vivre selon ses choix, mais essaie inconsciemment de les imposer à son entourage. Elle souhaite d’ailleurs faire de leur petite place un « chalet sans gluten », vous voyez le genre.

En couple avec elle, il y a Gilles (François Chénier, également l’auteur de la pièce), l’inconscient de la gang, un homme un peu mou obsédé par le plancher qui craque, l’ornithologie... et les bains de minuit.

Un vent de fraîcheur
À ce joyeux quatuor s’ajoute Janie Sucre (Charlie Lemay-Thivierge), la petite voisine de 15 ans, adolescente typique qui possède son langage et ses idées à elle. Débarquée à l’improviste pour avoir du Wi-Fi, elle s’impose avec sa lucidité désarmante et son franc-parler dans leur monde d’adultes.

Elle agit également à titre de narratrice et peut, grâce à son téléphone intelligent, arrêter l’action et la repartir selon son bon vouloir. On comprend d’ailleurs bien assez vite, grâce à ses interventions directes auprès du public, que ce qui se passe sur scène a été filmé par elle.

La petite est d’ailleurs le personnage fort de tout ce beau monde, celui par qui passera le salue de Mike. Sa présence, combinée à la mise en scène intelligente et originale d’Yves Desgagnés, qui a jugé bon de transformer la scène en écran de iPhone géant, ajoute du caractère à la proposition, et y insuffle un vent de fraîcheur.

Le texte de François Chénier — bien défendu par les comédiens — se veut en outre très efficace, avec plusieurs bonnes répliques, soulignant les travers de notre société et certains sujets d’actualité : la souveraineté, l’environnement, les différentes modes reliées au bien-être, l’identité québécoise ou la dépendance aux cellulaires.

Le gros bémol à toute cette aventure se situe sans doute à la fin, qui se termine un peu en queue de poisson, comme si on s’était empressée de boucler la boucle en ne sachant trop comment mettre le point final au scénario.

Cette conclusion abrupte ne parvient toutefois pas à tacher la qualité générale de la soirée ni à effacer le sourire qu’elle arrive à graver dans nos esprits.