Marie-Claude Gaboriault et sa fille Rosalie Berger s’ennuient de l’ambiance familiale de l’Agora de la danse.
Marie-Claude Gaboriault et sa fille Rosalie Berger s’ennuient de l’ambiance familiale de l’Agora de la danse.

Pour les danseurs, le plus vite sera le mieux!

Les temps sont incertains pour les écoles de danse de la région. Leur fermeture obligatoire et soudaine a renvoyé à la maison des centaines de jeunes (et moins jeunes) adeptes, maintenant privés de cours, de spectacles et de compétitions. Pas facile à vivre quand on a la bougeotte.

Rosalie Berger s’est retrouvée du jour au lendemain confinée à la maison, alors qu’elle passait généralement plusieurs heures par semaine à s’exercer devant les miroirs de l’Agora de la danse à Granby. Folle de danse lyrique, elle s’est alors mise à danser intensément dans son sous-sol ou dans sa cour, et à suivre des classes de maître en ligne.

En sa qualité d’assistante et de professeure, elle se servait même des clés de l’établissement pour aller danser toute seule, dans les locaux déserts.

Une blessure au genou a toutefois freiné brusquement ses ardeurs, l’immobilisant pour quelques semaines. Elle recommence enfin à marcher... et doucement à danser. Son école de danse lui manque terriblement.

«L’Agora, c’est ma deuxième maison. Je connais mes coachs, Kim et Nancy, depuis que je suis toute petite. Même chose pour mes amies. Elles me manquent. Ce n’est pas une école comme les autres pour moi. On est comme une famille. Nos cours sont rigoureux, mais toujours le fun. On s’y fait de beaux souvenirs», laisse tomber l’adolescente, en mentionnant aussi les compétitions, dont une importante à Toronto, qui ont toutes été annulées à cause de la COVID-19.

«On aurait aussi eu notre spectacle le 16 mai...»

La maman de Rosalie abonde dans le même sens. Depuis le temps, affirme Marie-Claude Gaboriault, l’école de danse fait partie de sa famille.

Et même si elle avoue qu’avec deux autres enfants aussi actifs, cette pause obligée lui permet de respirer un peu — et de réduire considérablement sa tâche de «taxi mom»! —, elle s’ennuie aussi de l’ambiance de l’école de danse.

Karine Gaudreault et ses filles Chloe et Mia dansent toutes les trois chez Tendanse.

Surtout que la dame est elle-même élève du cours de ballet pour adultes depuis cette année. «On s’enlignait pour notre premier spectacle et j’avais toujours hâte à mon rendez-vous hebdomadaire. C’était mon moment à moi!»

En tant qu’entrepreneure, Mme Gaboriault a par ailleurs une pensée pour les propriétaires de l’Agora, victimes directes de la pandémie. «Ça fait mal et j’espère qu’elles passeront à travers.»

Aux jeunes danseurs qui n’en peuvent plus d’attendre, la dame suggère de bouger, peu importe où et comment. «Dansez, même si vous n’avez pas de place en dedans. Sortez et dansez! C’est la vie, c’est du bonheur, et en ces temps plutôt moches, vous y avez droit!»

Un petit deuil

Karine Gaudreault et ses filles Mia et Chloe sont toutes les trois élèves chez Tendanse. En temps normal, plusieurs heures par semaine sont consacrées à la danse dans la famille. L’annulation des cours a bien sûr modifié leur routine. Et provoqué «un petit deuil».


« Danser seule dans son salon, ce n’est pas comme au studio. »
Karine Gaudreault

Deux jours avant leur première compétition, à Mia et elle, à Gatineau, la mauvaise nouvelle est tombée. «On se disait que ça allait être reporté, mais non.» Même chose pour Chloe. Avec l’impression d’avoir travaillé très fort, sans avoir le plaisir de monter sur scène pour présenter un numéro.

Difficile à gérer, tout cela? «Au début, c’était le choc de tout en même temps — la fermeture des écoles, l’éloignement des amis, la fin des cours de danse, l’annulation des compétitions — qui était le plus difficile à gérer.»

Grâce à des sessions en direct en ligne, le trio peut bouger à la maison. Mais rien n’est comparable au plaisir d’être ensemble, constate Mme Gaudreault, qui se trouve privée d’une partie de son réseau social.

«Danser seule dans son salon, ce n’est pas comme au studio. On n’a pas l’énergie du groupe, ni l’ambiance avec la musique qui résonne partout et la bonne humeur de tout le monde. Et puis, le but d’une chorégraphie, c’est d’être ensemble!»

Bref, malgré l’incertitude de l’après-crise, et le brin d’insécurité qui l’accompagne, la Granbyenne et ses filles n’ont qu’une seule envie : retourner danser!