L'auteure Martine Latulippe constate qu'« un écart se creuse entre les très bons lecteurs, les jeunes de 8, 9 ou 10 ans qui dévorent déjà de bonnes briques, et les moins bons lecteurs, ceux pour qui ouvrir un livre n'a aucun intérêt ».

Pour l'amour de l'écriture jeunesse

En presque 20 ans, Martine Latulippe a écrit plus de 60 livres ! Des albums pour jeunes lecteurs et des romans pour adolescents, surtout. Dans les circonstances, normal qu'on ait pensé à elle pour animer une activité lors de la 13e Semaine Lis avec moi, qui se déroulera du 1er au 8 octobre. Elle sera de passage à la bibliothèque Paul-O.-Trépanier de Granby lundi, de 13 h à 15 h, pour y rencontrer des élèves de deuxième cycle du primaire.
La 13<sup>e</sup> Semaine Lis avec moi se déroulera du 1<sup>er</sup> au 8 octobre.
La Semaine Lis avec moi vise à « promouvoir le plaisir de lire et la littérature auprès des jeunes en favorisant l'accompagnement comme moyen privilégié d'apprentissage et de partage ». Cette année, sur le thème Pour le plaisir de lire haut et fort, l'accent est mis sur l'oralité comme moyen de partager, tisser des liens et transmettre le goût de la lecture aux enfants. Plus de 90 % d'entre eux adorent lire à voix haute avec leurs parents, paraît-il.
Martine Latulippe est bien placée pour le savoir, elle qui, parallèlement à ses trois ou quatre publications annuelles, donne des ateliers et des conférences en milieu scolaire depuis 1999. « Le but d'un tel exercice, c'est de rendre la lecture dynamique, que ce ne soit pas juste de rester assis immobile pendant de longues minutes. Il faut aller chercher l'attention autant de ceux qui aiment lire que de ceux qui n'aiment pas lire », indique l'auteure de plusieurs séries à succès, dont Julie, Lorian Loubier, Les aventures de Marie-P ou La classe de madame Zoé.
En près de deux décennies de rencontres avec son public cible, elle est malheureusement à même de constater qu'« un écart se creuse entre les très bons lecteurs, les jeunes de 8, 9 ou 10 ans qui dévorent déjà de bonnes briques, et les moins bons lecteurs, ceux pour qui ouvrir un livre n'a aucun intérêt ». « Le lectorat moyen n'existe pratiquement plus », se désole-t-elle.
Pour remédier à la situation, elle proposerait de présenter davantage la lecture et l'écriture comme quelque chose d'agréable. « On les associe trop souvent à des tâches qu'on note, relève-t-elle. Dans les dictées, on enlève des points pour les fautes. On fait des contrôles de lecture. C'est rebutant pour quelqu'un qui n'aime déjà pas ça ! »
« J'ai déjà vu dans une école une professeure qui faisait écrire un journal intime à ses élèves au retour de la récréation. Écrire juste pour le plaisir de la chose. Personne n'allait relire et corriger ce qu'ils y inscrivaient », mentionne-t-elle en guise d'exemple ludique relié à l'écriture.
Pour adultes aussi
Martine Latulippe est titulaire d'une maîtrise en littérature comparée à l'Université Laval. Après une première publication destinée aux adultes, en 1996, elle s'est spécialisée dans la littérature jeunesse. « C'est un choix que j'ai fait, ce n'est pas un plan B comme certains peuvent le penser ! C'est juste que les idées que j'ai s'adressent beaucoup aux jeunes. »
« En même temps, ce n'est pas un sous-genre, enchaîne-t-elle. Il y a beaucoup plus d'auteurs jeunesse qui arrivent à vivre de leur écriture que d'auteurs pour adultes. Et beaucoup de livres pour enfants traversent les siècles - Peter Pan, Alice aux pays des merveilles, etc. Il doit bien y avoir une bonne raison ! »
Par ailleurs, bien que ses contrats jeunesse occupent une bonne partie de son temps, l'écrivaine a toujours eu en parallèle un pied dans le monde du polar pour adultes, elle qui a été directrice littéraire de la revue spécialisée Alibis durant 15 ans. Elle a également publié un recueil de nouvelles policières en 2013, Les faits divers n'existent pas. Une autre compilation de textes du même style verra éventuellement le jour, laisse-t-elle entendre. « Sur 21 textes, j'en ai 17 d'écrits. »
« J'aime la contrainte du nombre de pages d'une nouvelle, qui nous oblige à aller à l'essentiel. En fait, c'est un peu la même contrainte en jeunesse, remarque-t-elle. C'est peut-être finalement ce qui unit ces deux univers complètement opposés ! »