Les créateurs du projet, Hector Ruiz et Dominic Marcil, photographiés à la Taverne nationale.

Piliers poétiques de taverne: tournée générale!

Si les « jokes » de taverne font partie intégrante du folklore québécois, une poignée d’artistes est d’avis que la poésie y a aussi sa place.

Avec un titre clin d’oeil comme Piliers poétiques de taverne/Tournée générale, les pivots du projet, Dominic Marcil et Hector Riuz, voulaient prouver que l’endroit offrait matière à écriture.

Enseignants au collégial — Dominic Marcil est prof au cégep de Granby — et poètes, les deux amis ont eu l’idée de faire appel à quatre autres auteurs du Québec, en leur proposant d’explorer de façon littéraire une taverne de leur coin, vraie ou non. Et de venir faire la lecture de leurs compositions ce vendredi 19 octobre, à la Taverne nationale, véritable institution dans le paysage granbyen.

Il y aura Dominic et Hector, bien sûr, mais aussi Catherine Cormier-Larose, Louis Hamelin, Claudine Vachon et Erika Soucy. Chacun disposera de dix minutes pour se faire entendre.

À ce jour, leurs écrits sont secrets. Ils ont tous, cependant, envoyé quelques extraits qui ont servi à fabriquer de jolis sous-verres qui seront vendus en édition limitée lors de l’événement, en guise de souvenirs. Des bribes poétiques comme « Quand l’Aigle noir décolle nous comprenons que nous sommes tombés dans un guet-apens » de Dominic ou « La soif qui ne bouge pas est montagne » d’Hector.

Curieuse taverne

Quand on lui demande d’où vient l’idée de Piliers poétiques de taverne/Tournée générale, Dominic Marcil remonte à son enfance. « J’ai grandi à Granby et le National a toujours été un endroit culte où on n’osait pas mettre les pieds. C’était intrigant », explique le jeune homme. Par un heureux concours de circonstances, il a un jour, pas si lointain, appris qu’Hector connaissait bien l’une des anciennes copropriétaires de l’établissement dans les années 60 : c’était la grand-mère de sa copine.

« Hector et moi avons échangé avec elle et la Taverne nationale nous est apparue comme un lieu sans prétention, avec une très riche histoire », poursuit Dominic, en rappelant qu’elle est établie au 177 de la rue Principale depuis 1948. « C’est l’une des plus vieilles tavernes au Québec. »

Curieux, le duo s’est mis à fréquenter la buvette, tout en faisant des recherches à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska. « On s’est dit qu’on pourrait en faire un livre ; le projet est né de là », ajoute-t-il, en indiquant que celui-ci a reçu l’aide du Programme de soutien aux initiatives culturelles de la Ville de Granby et du centre d’essai en art actuel 3e impérial.

En plus de la soirée de poésie, un livre naîtra donc en 2019. « C’est une belle façon de redonner à l’endroit ce qu’on lui a soutiré », avance l’enseignant de littérature.

Soutirer ? « On est venus ici d’abord furtivement, puis on s’est mis à s’imprégner de l’ambiance et à parler ouvertement de notre projet. Ça a étonné certains clients ! On a discuté avec les gens qui fréquentent l’endroit ; ils ont tous une histoire à raconter. C’est une communauté bien établie avec ses habitués. Il y a un monsieur qui fréquente la taverne depuis les années 60. Ce lieu, c’est un véritable dialogue entre le passé et le présent. »


«  La Taverne nationale nous est apparue comme un lieu sans prétention, avec une très riche histoire.  »
Dominic Marcil

Dominic insiste sur la dualité qui habite cet établissement encore aujourd’hui. Bar national sur la façade avant ; Taverne nationale sur la porte arrière... « Le bar et la taverne, le masculin et le féminin, la solitude du buveur, et le collectif, le national, l’histoire et l’Histoire », fait-il remarquer.

L’aventure a aussi semblé plaire grandement à Hector Ruiz. « On a réalisé plusieurs projets ensemble, Dominic et moi. La Taverne nationale était déjà dans le récit familial, avec des anecdotes plus ou moins cocasses. Je sentais une certaine familiarité avec l’endroit, sans même l’avoir fréquenté. »

Montréalais, Hector rappelle qu’une telle initiative démontre l’importance de créer des projets hors des grands centres urbains. « Il faut mettre la culture de l’avant. Il y a de l’art en région ! » se réjouit-il, en saluant la Ville de Granby pour son programme de bourses.

Les mots pour le dire

Et de cette immersion en terre inconnue, chacun a puisé ses propres mots, sous forme de poésie libre. Dominic a composé « des récits un peu drôles, mais où il y a aussi le drame et la détresse ». « Le but n’était pas de mettre des lunettes roses. »

Hector, pour sa part, a surtout retenu les échanges. « C’est intéressant de rencontrer des gens en arrivant ici avec mon bagage personnel. Ils me prennent comme je suis, c’est-à-dire immigrant et poète. Johnny, un habitué, m’a raconté des fragments de sa vie et ça m’a beaucoup touché. Je lui ai donc écrit des lettres pour lui expliquer ce qu’on faisait, Dom et moi. »

Quiconque s’intéresse à la poésie et à la littérature parlée — et qui a envie d’enfin pénétrer dans cet univers tamisé — est le bienvenu pour découvrir la vision de ces six auteurs d’ici et d’ailleurs.

À la fin des lectures, les spectateurs pourront également profiter d’un micro ouvert pour lire leurs propres compositions sur le thème de la soirée. Trois minutes seront allouées à chacun. Mieux vaut toutefois s’inscrire via l’événement Facebook ou sur place.