Présenté depuis mardi, «Dance Me» occupe le Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’à samedi.

Pierre-Étienne Locas derrière la scénographie de «Dance Me»

Pierre-Étienne Locas travaille comme scénographe depuis une douzaine d’années. Il a fait beaucoup de théâtre, un peu de comédie musicale, un opéra et un spectacle de marionnettes géantes. Avec «Dance Me», spectacle des Ballets Jazz de Montréal (BJM) inspiré du répertoire de Leonard Cohen présenté depuis mardi au Théâtre Maisonneuve, il vient d’ajouter une corde à son arc, à savoir une production de danse.

« C’est complètement nouveau pour moi, confirme le Granbyen d’origine. Et j’ai adoré ça ! Le travail reste au fond sensiblement le même que pour quelque chose de plus théâtral, à savoir que mon rôle est de mettre en espace la vision qu’on veut transmettre d’une œuvre. »

Petit cours 101 ici pour expliquer le rôle du scénographe dans une production : il s’agit de la personne qui, après discussion avec le metteur en scène, traduira en images l’ambiance, les décors et les accessoires nécessaires au rendu du spectacle. Il propose ses idées grâce à des images, des dessins, des collages, bref, du visuel. « On arrive très tôt dans le processus, et c’est ce qui est l’fun. On dessine un show à partir d’un embryon », image Pierre-Étienne Locas.

Pour Dance Me, lui et le metteur en scène Éric Jean — avec qui il travaille souvent depuis sa sortie de l’École nationale de théâtre (ÉNT), en 2005 — ont voulu donner un angle très contemporain au spectacle. « Je crois qu’on est parvenu à inscrire le show dans la modernité, dit le professionnel de 36 ans. Parce que c’est ce qui ressort de la musique de Cohen. Il a toujours suivi son époque, il n’a jamais été dépassé. Son dernier album, You Want It Darker, fait très 2017. »

« Ce qui ressort aussi de l’homme, poursuit-il, c’est sa grande élégance, son côté gentleman, donc on a voulu garder cette élégance dans l’esthétique. »

Pour ce faire — et parce que BJM souhaitait avoir une « production scénique plus étoffée » pour son plus ambitieux projet réalisé jusqu’à présent —, Locas a proposé des décors, mais très sobres et épurés. Des blocs qui apparaissent, une ligne blanche qui se dessine au fond... « Il y a beaucoup de travail de construction et de déconstruction de décors, et ça vient en quelque sorte créer des chapitres », fait-il valoir.

Déjà la tête ailleurs

Pierre-Étienne Locas

Présenté en collaboration avec la société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, Dance Me occupe le Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’à samedi, après quoi il prendra la route pour Toronto, puis Ottawa. Trois chorégraphes internationaux ont participé à son élaboration — Annabelle Lopez Ochoa, Andonis Foniadakis et Ihsan Rustem — tandis que Martin Léon a été chargé de la direction musicale. Quatorze danseurs se font valoir sur scène.

Pour sa part, Pierre-Étienne Locas travaille déjà sur d’autres projets — il fait en moyenne cinq productions par année, estime-t-il, en plus d’enseigner à l’ÉNT. Pour l’heure, Fame, la prochaine comédie musicale estivale mise en scène par Serge Postigo, lui demande beaucoup de temps. Il planche aussi sur La déesse des mouches à feu, adaptation théâtrale du roman de Geneviève Pettersen, ainsi que Trahison, qui sera présentée au Rideau vert en mai.

« Je suis chanceux, je n’ai jamais manqué de travail. Dès mon entrée à l’École, j’ai fait de belles rencontres qui sont devenues des collaborateurs et qui ont fait en sorte que les contrats se sont multipliés », reconnaît celui qui a également mis la main sur deux Masques, en 2006, dont celui de Révélation de l’année.

Parmi ses réalisations passées, mentionnons seulement Footloose, Le chant de Sainte-Carmen de la main, La prophétie des moufettes (au Théâtre de la Dame de Cœur), Le Déclin de l’empire américain et Caligula.