Normand Cazelais est géographe de formation.

Par monts et par vaux

Avec les mots de Normand Cazelais, la géographie nous transporte ailleurs. Il suffit de l’avoir une demi-heure en entrevue... ou de lire son tout nouveau Dictionnaire géographique du Québec pour découvrir les paysages variés de la province d’un regard neuf, avec une curiosité nouvelle.

Mais n’allez pas croire que son ouvrage est aussi lourd et imposant que le Petit Robert. « Ce livre n’est pas vraiment un dictionnaire ni même un lexique », écrit d’ailleurs l’auteur dans son introduction.

Bien que sa tournée du Québec nous soit présentée à partir de termes génériques placés en ordre alphabétique et que chaque entrée soit suivie d’une définition, sa proposition se veut accessible et ludique, tout en ayant un côté instructif. D’ailleurs, il n’a pas hésité à inclure de nombreuses références à des lieux spécifiques, des extraits d’oeuvres littéraires évoquant le sujet, d’amusantes digressions, ainsi que plusieurs photos et illustrations — en couleurs bien sûr — pour rendre le tout agréable.

« Quand on voyage, on a souvent un guide qui nous amène dans des lieux spécifiques de la place. Je me suis dit que je pouvais proposer une nouvelle façon de voyager en partant de lieux qu’on veut voir », explique le géographe de formation. « Au lieu de parler d’abord d’endroits précis, pourquoi ne pas y aller par le biais des génériques, des termes usuels comme vallée, étang, méandre ou même tombolo ? »

D’abattis à versant
Si plusieurs mots de son Dictionnaire nous sont familiers, comme rivière, estuaire, fjord, péninsule et montagne, il y a fort à parier que plusieurs autres ne vous diront strictement rien au premier coup d’oeil, tels abattis, aboiteau, barachois, esker, marigot, moraine... et tombolo.

« Bien peu de gens connaissent le terme, mais beaucoup de gens en ont déjà vu un. Il s’agit d’un cordon de sable ou de gravier qui relie un rocher ou une île au rivage le plus proche. Le plus célèbre est certainement celui qui relie le Rocher Percé à la Gaspésie, visible à marée basse », explique M. Cazelais.

Mais même quand il s’attaque à des dénominations plus communes, l’Abbotsfordois trouve moyen de nous en apprendre. Ainsi, la baie d’Hudson devrait être appelée mer d’Hudson — plusieurs géographes militent d’ailleurs en ce sens puisqu’il s’agit non pas d’une baie, mais d’une mer intérieure, au même titre que la Méditerranée —, et le lac Saint-Jean n’est plus un lac, mais bien un réservoir, du fait que son niveau d’eau est désormais contrôlé par des barrages.

Reconnaître son univers
L’auteur s’attarde aussi longuement sur la toponymie des lieux, grandement inspirée de l’anglais, des langues amérindiennes et de vieux français, et nourrit le lecteur d’histoires toutes plus surprenantes les unes que les autres. « On se rend compte qu’avant, les toponymes, les Amérindiens surtout, étaient très descriptifs, souligne l’auteur. Par exemple : Québec vient de l’algonquin et signifie ‘là où le fleuve rétrécit’; Trois-Rivières, ça dit tout; et le cap de la Vache-Qui-Pisse, dans le parc national d’Anticosti, doit son nom à une falaise d’une quinzaine de mètres de hauteur dont la partie supérieure ressemble à une tête de vache. L’eau infiltrée dans le sol qui y ressurgit en filets explique le caractère pour le moins particulier du toponyme. »

« Dans le fond, c’est ça, la géographie. Ça nous aide à interpréter le paysage, c’est une façon de reconnaître son univers pour s’y situer et comprendre certaines choses », termine l’auteur.

Le Dictionnaire géographique du Québec est disponible en librairie depuis mercredi.