Les gens ayant décidé de se rendre à Eastman cet été doivent s’attendre à pénétrer dans un drôle d’univers. Un mélange inquiétant d’horreur à la Misery, s’il avait été un film de série B, et d’humour déjanté style Dans une galaxie près de chez vous.

On t'aime Michael Gouin!: pour amateurs du genre seulement

CRITIQUE / Avertissement : cette pièce s’adresse à un public... averti !

Le théâtre La Marjolaine a pris un pari audacieux, cet été. Son choix de pièce est pour le moins atypique et inusité avec la présentation de On t’aime Mickael Gouin !, à la base pensée et écrite pour le public adolescent.

Vrai que la distribution a de quoi séduire ceux qui n’ont pas encore deux décennies au compteur. Et que la proposition théâtrale sort du canevas qui encadre d’ordinaire le théâtre d’été. Mais est-ce que ce sera suffisant pour attirer le public cible dans le plus vieux théâtre d’été de la province ? Ça reste à voir, mais les statistiques de mercredi soir nous laissent croire le contraire… La pièce aurait probablement un meilleur impact si elle était présentée en d’autres lieux.

Un drôle d’univers
Quoi qu’il en soit, les gens ayant décidé de se rendre à Eastman cet été doivent s’attendre à pénétrer dans un drôle d’univers. Un mélange inquiétant d’horreur à la Misery — s’il avait été un film de série B — et d’humour déjanté du style Dans une galaxie près de chez vous.

Les spectateurs se retrouvent plongés dans un décor creepy tout droit sorti des années… passées (on ne saurait trop le situer dans le temps). C’est dans ce ménage inquiétant que se réveille Mickael Gouin — le comédien qui incarne son propre personnage — suite à un grave accident de voiture.

Le numéro d’ouverture décrivant cette scène s’étire d’ailleurs inutilement, l’information étant divulguée d’entrée de jeu dans la description de la pièce qui figure sur le pamphlet qui nous est remis à l’entrée.

Le comédien, donc, se réveille dans une famille Sicotte « aux petits soins », mais dont les attentions feront vite en sorte qu’il se retrouvera comme dans une prison dont il voudra — et aura tout intérêt à — s’échapper. « Dans cette maisonnée instable, tout le monde semble avoir un petit côté bipolaire latent », disait il y a quelques semaines à La Tribune Chantal Dumoulin, qui incarne la mère du clan. Et force est d’admettre qu’elle n’avait pas tort du tout !

La mère Sicotte est d’ailleurs tout sauf rassurante. Voire un brin machiavélique.

Son mari impulsif, Léo (Louis-Olivier Mauffette), ne jure que par son couteau « bon à dépecer un ours », qu’il traine avec lui en permanence.

Leur fille Mathilde (Sarah-Anne Parent, qui prend le rôle de Marie-Soleil Dion, en congé de maternité pour l’été — la pièce avait été présentée en 2016 au Théâtre des Cascades) n’a qu’un but dans la vie : devenir une vedette. De quoi ? Elle décidera plus tard. Mais en attendant, elle est persuadée que de marier Mickael Gouin lui assurera le succès.

Quant à sa sœur, Béatrice (Léane Labrèche-d’Or), probablement la plus saine d’esprit, elle vit dans l’ombre, et est même considérée comme la bonne de la famille. Une Cendrillon des temps absurdes.

Tous ont un intérêt à garder Mickael Gouin avec eux. Mais le divulgâcheur de cette machiavélique dynamique se pointe dès la première apparition du Dr Victor (Olivier Aubin, qui cosigne le texte avec le metteur en scène Dominic Quarré et l’humoriste Luc Boucher) — environ au tiers de la pièce —, et dès lors, on comprend que la pièce risque fort de se terminer sur une variante du concept suranné « il se réveilla, ce n’était qu’un rêve ».

Ne reste plus qu’à apprécier les différentes couches d’écriture, qui permettent au spectateur de flirter tantôt avec la critique sociale, tantôt avec la répartie et l’absurde.

Chapeau aux acteurs
Le jeu des acteurs, juste en tout temps, est probablement ce qui sauve la pièce, bien que Léane Labrèche-d’Or peine parfois à trouver le ton juste de son personnage — moins caricatural que les autres, il faut dire.

On se doit par ailleurs de souligner le courage de Chantal Dumoulin, qui a revêtu l’un de ses deux rôles (en plus d’un bandage et d’une béquille) malgré une double entorse à la jambe droite et un quintuple à la gauche suite à un bête accident après la toute première représentation, le 22 juin dernier.

Saluons également celui de son conjoint, le metteur en scène Dominic Quarré, qui campe par défaut l’infirmière Suzanne. Le rôle lui va d’ailleurs à ravir, et le fait qu’un homme le campe ajoute un plus à l’ensemble de l’œuvre déjà déjantée à souhait.

Bref, On t’aime Mickael Gouin ! ne passera certainement pas à l’histoire de La Marjolaine, mais quelques adeptes du genre pourraient y trouver leur compte.