«On a tous des préjugés»

« On a tous des préjugés. C’est naturel. C’est une illusion de se dire qu’un jour, on va en être débarrassé. Ce à quoi il faut faire attention, c’est de ne pas tomber dans la discrimination. Ça, c’est interdit. On doit être conscient de nos préjugés et être capable de les mettre de côté. Mais les préjugés, il faut apprendre à vivre avec. Et puisqu’ils sont là, il vaut mieux en parler, en rigoler plutôt que d’essayer de les balayer sous le tapis. »

C’est exactement ce que fait la pièce Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? , est d’avis Ariel Ifergan, l’un des nombreux comédiens « ethniques » de cette adaptation québécoise et théâtrale du film français du même nom.

Pour la mise en contexte, sachez que la mise en scène de Denise Filiatrault­ raconte l’histoire d’Alain Bouchard (Rémy Girard), un « pur sang » du Lac-Saint-Jean qui déchante à l’idée de voir trois de ses quatre filles en couple avec un Chinois, un Juif et un Arabe. Pour tenter de retrouver un peu d’harmonie dans les réunions familiales qui tournent la plupart du temps en accusations de racisme, il décide de présenter un Québécois de souche à sa petite dernière. Il ne sera toutefois­ pas au bout de ses peines...

« Bien sûr, la pièce n’entre pas dans les détails des grandes questions philosophiques autour de la thématique, mais elle permet de dédramatiser. Et elle met la table à se poser davantage de questions sur notre propre relation avec la diversité culturelle, sur nos préjugés. L’intention de l’ensemble est très positive », affirme celui qui incarne le Juif de l’histoire, Joshua.

«Il faut continuer à occuper le terrain pour briser les stéréotypes. Là-dessus, la pièce est réussie. C’est une comédie, un bon spectacle, et ça ouvre la porte à échanger des histoires», laisse entendre Ariel Ifergan.

« J’aurais pu faire Rakhim, fait-il toutefois remarquer. Dans ma carrière, j’ai joué beaucoup plus de personnages­ musulmans. »

Oui, en 20 ans de carrière, Ariel Ifergan, né au Québec d’un père juif et d’une mère française, a peu touché aux personnages québécois, que ce soit dans Watatatow, Virginie, Les jeunes loups et même Les pays d’en haut. 

« C’est devenu un running gag avec mon agent. Quand il m’appelle pour me proposer des rôles, il me dit par exemple : ça t’intéresse de jouer un policier... arabe..., raconte-t-il en appuyant sur les points de suspension. Il y a presque toujours un qualificatif ethnique dans les propositions que je reçois. »

Le comédien a d’ailleurs fait le saut quand, dans Yamaska, il a été ap­pelé pour le rôle du docteur Nicolas­ Phaneuf­, ajoute-t-il en riant.

Si autrefois, surtout dans ses débuts de carrière, ce casting qui lui collait à la peau l’agaçait au plus haut point, il a depuis appris à lâcher prise. « J’ai compris que cette lutte était vaine. Je ne suis pas amer ni frustré, j’ai juste assoupli mes critères de sélection. De façon générale, j’accorde beaucoup plus d’importance à l’intention générale de l’œuvre plutôt qu’au rôle en particulier. »

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a accepté celui de Joshua dans Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? « Il faut continuer à occuper le terrain pour briser les stéréo­types. Là-dessus, la pièce est réussie. C’est une comédie, un bon spectacle, et ça ouvre la porte à échanger des histoires. »

Présentée le printemps dernier au Théâtre du Rideau Vert, la pièce Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? est présentement en tournée partout­ au Québec.


Envie d’y aller?

Quand: ce samedi 7 octobre

Où: au Palace de Granby

Billetterie : www.ovation.qc.ca