La chanteuse franco-israélienne Yael Naim, révélée au monde entier en 2007, vient de lancer un nouvel album, <em>Nightsongs</em>.
La chanteuse franco-israélienne Yael Naim, révélée au monde entier en 2007, vient de lancer un nouvel album, <em>Nightsongs</em>.

Yael Naim: Renaissance dans la nuit

Révélée au monde entier en 2007 avec l’ensoleillée chanson New Soul, la chanteuse franco-israélienne Yael Naim s’est immergée dans le silence de la nuit pour la création de son sixième album Nightsongs. Une façon pour elle de se découvrir sous un nouveau jour, «une forme de renaissance» n’hésite-t-elle pas à dire en entrevue.

Loin des impératifs du quotidien pré-confinement, la mère de famille de 42 ans s’est soumise à une profonde introspection, s’interrogeant sur le sens à donner à sa vie. En résulte un album d’une douceur apaisante, où sa voix aérienne épouse des chansons comme The Sun and Shine, qui renvoient à un certain optimisme malgré leur contexte de création.

«Cet album est né dans l’énergie de la nuit, ce moment où tu peux composer loin des soucis d’efficacité de la journée et des sollicitations continuelles, explique-t-elle au Soleil. Cette énergie m’a permis de connecter avec le monde de l’inconscient et des rêves, des mondes qui nous échappent d’habitude. J’avais envie de voir ce que je trouverais à plonger aussi loin.»

Et qu’avez-vous trouvé?

«Tout un monde invisible, en fait. On croit se connaître, mais on apprend à se découvrir. C’est comme une forme de renaissance. J’ai découvert plein de choses que je n’ai pas voulais pas voir avant, des trucs comme la peur et une certaine lâcheté, des traits de caractère que tu ne montres pas. J’ai découvert qu’au lieu parfois de cacher des choses, il valait mieux les assumer. Et aussi apprendre à aimer les gens avec leurs imperfections.»

La genèse de Nightsongs s’est faite dans une période tourmentée, quelque temps après le décès de son père. La première chanson de l’album, Daddy, lui est d’ailleurs consacrée. Une raison de plus, avoue-t-elle, pour aller à l’essentiel «Je n’avais plus envie de me cacher et de faire semblant. Je voulais composer des choses vraies.»

Yael Naim a été révélé en 2007 par la chanson <em>New Soul</em>.

Résister aux attentes

Lauréate du Victoire de l’artiste féminine de l’année, en 2011, Yael Naim confie qu’elle s’est donné les moyens de ne pas être «victime du succès». Avec son producteur David Donatien, également père de ses deux enfants, la chanteuse a mis la liberté en haut de liste de ses priorités artistiques. «On a fait le premier album (In a Man’s Womb, 2001) sans argent et sans que personne nous dise quoi faire. En plus, il y avait huit chansons en hébreu.»

Six ans plus tard est venue New Soul. «Pour moi, c’était une petite ballade un peu lumineuse, sans plus. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit projetée dans le monde entier.»

«La leçon que j’en tire, c’est qu’il faut, même si ce n’est pas toujours facile, résister aux attentes et aux pressions extérieures. Faire des choses pour plaire aux autres, ça n’apporte qu’une récompense imaginaire. On oublie que la récompense, c’est ici et maintenant, à faire quelque chose qu’on aime. Il faut savoir résister, sans compromis ni calculs.»

Chanter en français

Née à Paris, élevée en Israël par deux parents d’origine tunisienne, l’auteure compositrice interprète se sent plus à l’aise de composer en anglais et en hébreu, même si Nightsongs compte deux chansons en français.

«J’ai toujours écrit en anglais, surtout pour mes chansons. L’hébreu, c’était la langue pour parler. Quand je suis venue m’installer en France, le manque de mon pays et de mes amis m’ont fait écrire en hébreu. Le français est une langue où la poésie est tellement profonde, c’était nouveau pour moi. J’ai finalement réussi à saisir la finesse, le deuxième degré, mais ç’a pris du temps à m’ouvrir (à cette langue).»

Confinement salutaire

Depuis son appartement de la banlieue parisienne, la chanteuse n’échappe pas à l’obligation à moitié planétaire de confinement pour cause d’urgence sanitaire. Contre toute attente, tout se déroule plutôt bien. On ne sent nullement chez elle le désir d’échapper à cette contrainte. Au contraire, elle y voit une façon d’échapper à la course folle qui régimentait sa vie jusqu’alors.

«En fait, bizarrement, à titre personnel, je vis bien le confinement. Les manques sont moins importants que les nouvelles sensations que je découvre et que j’aime. Ça correspond à la démarche que j’avais pour la composition de Nightsongs. J’avais envie d’arrêter de courir et plutôt de faire des trucs simples.

«Comme beaucoup de gens, poursuit-elle, j’étais arrivée à un genre de limite, de burn-out, où le cerveau n’arrive plus à composer avec mille trucs à la fois. Ça me fait du bien d’avoir cette contrainte. Évidemment, c’est stressant de voir tous ces gens mourir, mais rester chez soi, ça m’apaise, ça me soulage presque. Tout d’un coup, on sort de la course, de la consommation. On est là, avec les enfants. Ça appelle un recentrement qui fait du bien.»