Le public du Palais Montcalm était sur le bout de sa chaise pour écouter le violoncelliste Nicolas Altstaedt interpréter les concertos de Haydn et de C.P.E. Bach accompagné par les Violons du Roy sous la direction de Jonathan Cohen.

Violons du Roy: briller de mille feux à la manière de Nicolas Altstaedt

CRITIQUE / Dans l’intitulé du concert, on qualifiait déjà le violoncelliste Nicolas Altstaedt d’«étincelant». Le qualificatif était bien choisi… quel fabuleux soliste, brillant et inspiré. Si tous les acolytes de longue date du directeur musical Jonathan Cohen ont cet éclat, les prochaines saisons seront belles aux Violons du Roy.

La séduction du violoncelliste germano-­français opère dès ses premiers gestes. Les épaules larges, la tignasse aérienne, Nicolas Altstaedt enveloppe son violoncelle comme pour le faire danser. Avec un zèle et une fougue qui se modulent au fil des transformations du Concerto pour violoncelle no 1 en do majeur de Haydn, son archet valse, les cordes vibrent, les notes surgissent, surprenantes, furieusement vivantes. Une partition de Haydn, c’est déjà de la joie en concentré, interprétée par Altstaedt et les Violons du Roy, c’est un pur délice.

Les deux moments solos du violoncelle, à la fin du premier et du deuxième mouvements, montraient déjà un bon aperçu de la maîtrise de l’interprète. Avec un sens du suspense affirmé, il enchaîne les notes soignées ou encore les laisse papillonner, délicates et volages. Sitôt qu’il a la main libre, il lui fait suivre la mélodie et lorsqu’il ne savoure pas la musique les yeux clos, chaque regard échangé avec le premier violon Pascale Giguère ou posé sur la salle semble lui donner un nouvel élan. Nous étions au bout de notre siège et les sourires ravis, dans l’orchestre, étaient nombreux.

Lorsqu’il est revenu pour le Concerto pour violoncelle en la majeur de C. P. E. Bach (un enregistrement des concertos de ce compositeur dirigé par Jonathan Cohen lui a valu le prix 2017 du BBC Music Magazine), il a révélé de nouvelles couleurs. Le Largo aux teintes funestes, d’une beauté tragique, était sublime, tout comme les vigoureuses attaques d’archets du dernier mouvement. Ce fut l’ovation, avec raison.

Entre les deux Concertos pour violoncelle, les Violons du Roy ont interprété la Symphonie no 47 en sol majeur de Haydn, surnommée Le Palindrome. Avec humour, Jonathan Cohen a présenté le morceau en nous livrant les résultats de sa recherche Google sur les palindromes en français — un clin d’œil bref et sympathique pour connecter avec le public. Autrement, il a dirigé l’orchestre tout en étant au clavecin, ce qui donne une subtile aura pailletée au son plus franc des cordes et des cors tout en lui permettant d’être au centre et au niveau des musiciens. Entre les mains des musiciens, ce morceau complexe d’entrelacs et de contrepoints semblait être un jeu d’enfant.

Le concert, vu jeudi après-midi, était de nouveau présenté jeudi soir au Palais Montcalm et le sera vendredi à la salle Bourgie, avec l’ajout de la Symphonie en mi bémol majeur de C. P. E. Bach.