Alors qu’il raconte l’invention des premiers instruments, Nicolas Jobin bricole sous nos yeux avec un arc, une roche, une branche et une calebasse un violon préhistorique au son surprenant

Tutti, de Lascaux au disco: savoureux touski

CRITIQUE / L’entreprise est délirante : résumer 35 000 ans de musique en 90 minutes. Nicolas Jobin et ses trois comparses relèvent toutefois le défi avec brio et humour, en nous faisant voyager de l’invention du feu à celle du rock’n roll dans le spectacle bien nommé Tutti, de Lascaux au disco.

Le récit part sur les chapeaux de roue par un conte halluciné, digne de Méliès sur l’acide, où Jobin, grand narrateur, chanteur et poète de cette épopée musicale et humaine, raconte comment tout a commencé. Il faut s’accrocher — on perd même quelques bouts de phrases —, mais le conteur finit par trouver le bon rythme.

Heureusement, puisque le mélange de références fouillées et de digressions qui plongent sans complexe dans la niaiserie et les métaphores osées aiguise autant notre esprit qu’il titille notre rate.

Il entremêle son récit de références à la Chapelle du Musée de l’Amérique francophone où se déroule le spectacle, à l’actualité (en laissant simplement tomber «Alabama») et au tissu urbain qui nous entoure, en évoquant les travaux du Diamant, pas très loin.

Alors qu’il raconte l’invention des premiers instruments, il bricole sous nos yeux avec un arc, une roche, une branche et une calebasse un violon préhistorique au son surprenant. Armé d’un didgeridoo en guise de gourdin, coiffé d’une fourrure pharaonique, d’une toge transformable, de soutanes empilables (pour illustrer la construction d’une harmonie), de perruques de mousse extravagantes (dont une faite de cubes, pour illustrer la musique contemporaine), il performe tel un homme-orchestre, s’illustrant particulièrement dans les différents registres vocaux — du premier chant de l’Antiquité au blues en passant par tous les types d’opéras. 

Au piano, Hélène Desjardins excelle notamment lorsque vient le temps d’expliquer l’évolution de la musique en faisant passer le thème de Passe-Partout à la moulinette de Bach (où une chaîne déposée dans le ventre du piano en fait un «clavecin Réno-Dépôt»), Mozart, Beethoven, Liszt et Schönberg. 

Olivier Bussières aux percussions et Johannes Groene aux instruments à vent passent d’un style à l’autre avec aisance et subissent sourires aux lèvres les commentaires caustiques de leur leader volontairement mégalomaniaque, mais ô combien efficace quand vient le temps de mettre le doigt sur les faiblesses de certains courants de l’histoire musicale.

Plus on avance, et plus la musique l’emporte sur les mots, transformant la soirée en célébration de tout ce qui nous fait vibrer, émotivement et intellectuellement, dans la musique. Un tour de force instructif et réjouissant.

Le spectacle Tutti, de Lascaux au disco marquait le début du Printemps de la musique, qui se poursuit samedi et dimanche avec des parcours déambulatoires musicaux gratuits dans différents lieux patrimoniaux du Vieux-Québec. Info : www.printempsdelamusique.ca