Tiken Jah Fakoly est venu plusieurs fois en spectacle à Québec, se réjouissant d’avoir toujours reçu un «accueil chaleureux». Au Festival d’été de 2007, il avait reçu le prix Miroir de la Chanson d’expression française.

Tiken Jah Fakoly: Chaude la planète

Aux nombreuses luttes que mène Tiken Jah Fakoly depuis une vingtaine d’années, au nom de la cause africaine, s’ajoute dorénavant celle contre les changements climatique. La star du reggae a d’ailleurs donné à son dernier album, son dixième en carrière, un titre sans équivoque, «Le monde a chaud».

«La planète ne peut pas nous parler, mais elle nous envoie des signes qui doivent nous amener à changer nos comportements. C’est un sujet qui me tient à cœur. J’ai décidé de contribuer modestement à ce combat», explique le chanteur au cours d’un entretien téléphonique, depuis Montréal où il était de passage afin de promouvoir sa prochaine série de spectacles dans nos terres.

Le monde a de plus en plus chaud et les politiciens ne semblent pas s’en soucier outre mesure, de l’avis de Fakoly. La chanson phare de son album n’est pas tendre à leur égard. Je vois leurs manigances / Leurs calculs politiques / Je sais leur arrogance / Et leurs visions cyniques / J’te dis ce qu’ils en pensent / Du réchauffement climatique / Ils mentent avec aisance / Ces Pinocchios pathétiques.

«Les dirigeants ne prennent pas les décisions qu’il faut, même quand elles sont prises lors de grands sommets comme la COP21, déplore-t-il. Quand on voit que le président d’un pays moteur comme les États-Unis dit ne pas croire au réchauffement climatique, ça doit nous interpeller et nous inciter à nous lever pour faire quelque chose. Sinon, on risque de le regretter. Il faut se demander quelle planète nous voulons laisser à nos enfants et petits-enfants.»

Persona non grata dans son pays natal, la Côte d’Ivoire, après avoir reçu des menaces de mort, Tiken Jah Fakoly peut maintenant y retourner, l’esprit plus tranquille, depuis une douzaine d’années, à partir de son nouveau port d’attache, le Mali. S’il ne s’était pas exilé, il aurait pu connaître le sort d’un ami comédien, retrouvé assassiné dans une rue d’Abidjan en 2003.

«Le Mali m’a adopté, je suis bien intégré, j’ai plus de liberté de mouvement ici qu’en Côte d’Ivoire. Je viens d’ouvrir un immeuble avec un studio d’enregistrement, une bibliothèque et une radio.»

Dénoncer la corruption

Farouche dénonciateur des régimes corrompus et des injustices sociales, celui qui aime se qualifier d’«Africain d’origine ivoirienne» persiste et signe, malgré la difficulté de se produire sur scène. Car les petits despotes locaux aiment lui mettre des bâtons dans les roues.

«Je chante la corruption et la mauvaise gouvernance. Ce sont des sujets qui ne doivent pas être abordés par un artiste africain, qui sont considérés comme des amuseurs publics. Moi, ma musique dénonce et ce n’est pas apprécié par les dirigeants. Du coup, les producteurs de spectacles ont du mal à m’inviter.»

C’est vers l’âge de 13 ans que Tiken Jah Fakoly a découvert la musique de son maître à penser, Bob Marley. Un événement qui a pris les allures d’un vrai coup de foudre artistique. L’annonce de son décès, en 1981, l’a complètement dévasté. Il en garde un vif souvenir. «C’est ma cousine qui me l’a appris après avoir entendu la nouvelle à la radio de France Inter. C’était le matin, vers 10h. J’ai pleuré toute la journée comme si j’avais perdu un membre de ma famille.»

Le réveil de l’Afrique

Malgré le passé douloureux du continent africain, le chanteur quinquagénaire nourrit un optimisme à tout crin pour la suite des choses, d’autant plus que les jeunes comptent pour une grande proportion de la population. Il compte sur l’alphabétisation et l’éducation pour redonner du lustre à des pays minés par des décennies de colonialisme.

Tiken Jah Fakoly est venu plusieurs fois en spectacle à Québec, se réjouissant d’avoir toujours reçu un «accueil chaleureux». Au Festival d’été de 2007, il avait reçu le prix Miroir de la Chanson d’expression française.

À l’image du livre prophétique d’Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera, Tiken Jah Fakoly voit aussi venir le jour où l’Afrique fera de même. «Je ne vois pas de raison d’être pessimiste. D’ici 50 ans, les choses vont évoluer. En 2050, nous serons deux milliards. Si la majorité sait lire et écrire, l’argent du pays sera difficilement détourné. Nous allons fixer les prix des matières premières dont l’Occident a besoin pour poursuivre son développement. Au lieu de nous entre-tuer, nous allons défendre nos droits. Nous serons à un autre niveau.»

Tiken Jah Fakoly sera en spectacle à L’Impérial, le 20 juin, à 20h.