Dix-sept ans après <em>No Cities Left</em>, The Dears boucle la boucle avec <em>Lovers Rock</em>.
Dix-sept ans après <em>No Cities Left</em>, The Dears boucle la boucle avec <em>Lovers Rock</em>.

The Dears : Amour et fin du monde

En 2003, le groupe The Dears lançait l’album No Cities Left, qui l’a propulsé sur la scène internationale. On vivait encore les contrecoups des attentats du 11 septembre 2001, les pièces en étaient teintées. Dix-sept ans plus tard, la formation montréalaise boucle une boucle avec Lovers Rock. Encore du romantisme et des idées de fin du monde… Voilà le menu musical parfait à écouter en pleine pandémie. Même si, bien sûr, les créateurs n’avaient pas vu venir le contexte pour le moins surréaliste de la COVID-19.

Au bout du fil, l’auteur, compositeur et chanteur Murray Lightburn reconnaît que les chansons qu’il a signées peuvent résonner différemment en ces temps de crise sanitaire. «Le timing est là, observe-t-il. Même si ce n’est pas ce que nous voulions dire. La nature de ce que nous faisons tient toujours à cette idée de : “Et si ça arrivait?” C’est toujours à propos de qui nous sommes pendant des périodes importantes. Nous essayons toujours de revenir à notre essence, à notre identité, aux choix que nous ferions dans les circonstances. Cet album n’est pas si différent de nos autres albums en ce sens… Mais nos autres albums ne sont pas sortis en pleine pandémie.»

En quelque 25 ans d’indie-rock, The Dears a vu son alignement changer. Au cœur du groupe, le couple en musique comme dans la vie formé par Murray Lightburn et Natalia Yanchak, désormais parents de deux enfants. Dans les mouvances de l’industrie, ils ont «tout vu», selon Lightburn. Des sites de téléchargements illégaux aux plateformes d’écoute en continu, le groupe a gardé le cap.

«Il y a des choses qui vont toujours demeurer, tranche-t-il. Tu dois faire le meilleur album possible. Peu importe le contexte. Sur chaque album qu’on lance, il y a quelque chose de nouveau qui vient avec.»

Sans trop le voir venir, les membres de The Dears ont peut-être terminé un cycle avec le tout récent Lovers Rock. En toile de fond, une inquiétude similaire par rapport à l’avenir et des histoires d’amour dans un contexte apocalyptique...

«No Cities Left est sorti deux ans après les événements du 11 septembre 2001 et on ressentait toujours les conséquences, observe Murray Lightburn. La guerre a repris dans le Moyen-Orient quand cet album est sorti. Puis, nous sommes partis en tournée et je me souviens d’avoir vu George W. Bush à la télé qui disait qu’on partait en guerre… Et cette guerre n’est pas finie!»

«Ma tanière»

Entre la création et la promotion d’un album solo — le salué Hear Me Out — et celle du nouvel effort des Dears, Murray Lightburn dit avoir vécu un épisode d’épuisement, même si à ses yeux, les deux initiatives se nourrissent l’une l’autre. «Mon projet solo, c’est comme ma tanière, image-t-il. Je peux être seul avec d’autres pensées qui ne viennent pas s’interposer avec ce que The Dears est devenu. L’identité du groupe s’est beaucoup définie au fil des ans : ce que nous sommes, les sujets que nous traitons en chansons. Le projet solo me permet de développer des thèmes que je n’explorerais pas dans l’univers des Dears.»

Quand est venu le temps d’assembler le prochain album de sa formation, Lightburn et sa complice ont vite fait des liens avec leur passé, notamment avec l’album No Cities Left, qui a braqué les projecteurs sur eux en 2003. «Avec Natalia, on a commencé à voir des ressemblances entre certaines chansons. Je pense que l’avenir nous dira si la connexion entre ces deux albums est véritable. Mais je ne peux pas voir un autre album dans notre répertoire qui s’approche autant de celui-ci», évoque le musicien.

S’il chante l’amour dans un contexte de fin du monde, Murray Lightburn se décrit comme un optimiste. En confinement, il chérit les moments passés avec sa femme et ses enfants, ses «personnes préférées».

Et s’il y a une certaine noirceur dans sa poésie, elle n’est pas dénuée d’espoir.

«Natalia et moi aimons trouver des solutions, explique-t-il. Ça nous motive. Mais pour régler un problème, il faut mettre le doigt sur ce qui cloche précisément. Et c’est ainsi que je présente nos albums : voici les problèmes, voilà quelques solutions. Nous aimons nous dire qu’il n’y a pas de problème insoluble. Mais oui, j’aime voir le verre à moitié plein...»