Tamino a développé un style très personnel en fusionnant la pop-rock de son adolescence aux sonorités arabes de son enfance

Tamino: la voix divine

Tamino n’a pas été «découvert» sur les réseaux sociaux ni à une émission télé-crochet. L’auteur-compositeur-interprète n’est pas suivi par des millions de personnes sur Spotify. Mais il possède quelque chose de rare : une voix absolument incroyable et un talent remarquable. Amir, son premier album pop-rock atmosphérique aux sonorités arabisantes, a obtenu de très méritées critiques dithyrambiques. Le Soleil s’est entretenu avec le jeune prodige.

Au téléphone, rien ne laisse deviner l’étendue de son registre : quatre octaves! Mais en chanson, impossible de ne pas être fasciné par la façon dont Tamino-Amir Moharam Fouad joue de sa voix. En partie parce qu’il peut aussi bien évoquer le timbre de Leonard Cohen que les envolées en falsetto de Jeff Buckley où il s’approche du divin. Mais également en raison de son interprétation en quart de ton, développée en écoutant de la musique arabe.

Le Belge de 22 ans porte des prénoms prédestinés. Il doit son premier au prince du même nom dans La flûte enchantée de Mozart, compositeur préféré de sa mère passionnée de musique, et le deuxième, gracieuseté de son père, signifie «prince» en arabe.

«Un prince naît prince — il est prédestiné à son rôle. La musique est mon choix, mais, en même temps, ce n’en était pas vraiment un. J’aurais été malheureux de faire quoi que ce soit d’autre», explique-t-il en reconnaissant que l’héritage familial — son grand-père Moharam Fouad était un chanteur célèbre en Égypte — a aussi joué un rôle. 

La musique est plus qu’une passion. Une nécessité pour s’exprimer, pour chanter les tourments de la vie, surtout lorsqu’on est ado, rigole-t-il. Mais une vocation de longue date : dès la tendre enfance, le garçon vocalise ses émotions. Il s’est produit sur scène la première fois à 14 ans.

Il a donc choisi Tamino comme alias pour des raisons pratiques — «mon nom était beaucoup trop long». Puis Amir est devenu un choix naturel pour nommer son premier album. «J’ai pensé à plusieurs titres, mais il s’est imposé comme la meilleure option puisque j’ai écrit toutes les chansons, qui sont très personnelles.»

Ce qui n’a pas empêché celles-ci d’avoir une profonde résonance chez plusieurs, malgré une écriture allusive, plus dans la métaphore que dans l’explicite. Un succès d’estime qui l’a surpris. «C’est un peu fou de penser que ces chansons aient trouvé un auditoire. En même temps, je ne termine jamais une chanson si elle ne me touche pas. Mais si elle me touche, je suis sûr qu’elle peut en toucher d’autres.»

Ce besoin d’écrire ses propres morceaux l’a poussé à abandonner ses études classiques au piano — Bach, Satie, Rachmaninov... «Je n’avais pas la patience d’apprendre tous les détails d’une partition écrite par quelqu’un d’autre et de la jouer parfaitement. J’ai toujours voulu écrire mes trucs ou jouer dans mon groupe, à tout le moins.»

La découverte de la guitare poussiéreuse de son grand-père, découverte qui le pousse à apprendre l’instrument après l’avoir fait réparer, l’aide à explorer sur le plan musical. Il en joue souvent en spectacle, d’ailleurs. «C’était un instrument spécial pour lui parce qu’un ami lui a donné. Elle a un son différent.»

Tamino trouvera toutefois sa voie lorsqu’il déménage seul à Amsterdam, à 17 ans. Il joue dans plusieurs groupes qui l’aideront à façonner les sonorités pop-rock de sa musique, influencée par St Vincent, Joanna Newsom, les frères Dessner de National, mais aussi par Gainsbourg, Nick Cave, Dylan… «Il y en a trop. Mais on peut aussi trouver l’inspiration dans un bon livre, un concert ou au musée.»

N’empêche, Tamino a développé un style très personnel en fusionnant la pop-rock de son adolescence aux sonorités arabes de son enfance — un pont entre l’Orient et l’Occident. «À un certain moment, ses influences ont commencé à émerger. D’autres les ont remarquées aussi. Je creusais de plus en plus profond dans cette musique que j’entendais enfant et qui était un peu abstraite. C’est naturel la façon dont ça s’est produit.

«Quand j’écris, c’est une exploration de mon subconscient. En studio, tu prends des décisions conscientes à chaque moment. C’est un processus plus rationnel — comme cette décision d’enregistrer avec un orchestre arabe.» Ces musiciens du Moyen-Orient sont pour la plupart des réfugiés irakiens et syriens...

En octobre, son premier concert en Égypte, pays qu’il visite de temps à autre, revêtra une importance particulière, concède-t-il. Mais il est bien content de donner ses premières prestations nord-américaines, huit dates en tout, dont Québec (à l’Impérial avec Gabrielle Shonk le 12 septembre) et Ottawa, deux jours plus tard.

Tamino n’a pas encore atteint ici la notoriété et la popularité qu’il connaît en Belgique et en France. 

Ça ne saurait tarder...

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UN ADMIRATEUR DE RADIOHEAD

Il n’y a pas que les critiques de musique qui se sont enflammés dès les débuts remarquables de Tamino. Sur Amir, son premier album, l’observateur attentif verra que Colin Greenwood joue sur Indigo Night. Le bassiste de Radiohead est même devenu un invité régulier au sein du groupe de tournée de l’auteur-compositeur-interprète.

«Nous avons des amis mutuels», lance Tamino en guise d’explication sur leur rencontre. 

Greenwood a assisté à une prestation du jeune chanteur à Anvers (sa ville natale). Il n’en fallait pas plus pour que le musicien offre sa collaboration en studio. 

Collaboration qui se perpétue, fait-on remarquer, en citant sa présence sur la version d’Indigo Night de son récent EP, Live at Ancienne Belgique. «C’est une des personnes les plus gentilles que j’ai jamais rencontrées. Depuis il s’est joint à nous pour plusieurs concerts.»

Colin Greenwood s’apprêtait d’ailleurs à monter dans l’autobus de tournée le soir même en direction de la Suisse pour une prestation au Paléo Festival Nyon. Une 44e édition qui était largement consacrée au Québec, en passant, avec Hubert Lenoir, les Cowboys Fringants, Loud, Robert Charlebois, Cœur de pirate, etc.

Parlant de Live at Ancienne Belgique, l’album court contient une interprétation particulièrement sentie de Seasons de Chris Cornell. Tamino voue une admiration sans bornes au corpus du regretté chanteur de Soundgarden et d’Audioslave.

«Cette chanson a beaucoup d’importance pour moi. Son œuvre est incroyable. C’est une forme d’hommage.» Éric Moreault