L'artiste hip-hop chanteuse Sarahmée

Sarahmée: la reine Pocou

Avec «Irréversible», Sarahmée livre un deuxième album marqué par la résilience et l’affirmation de soi. Mêlant les rythmes afros, du piano, de la guitare, des accents pop et des textes forts, la jeune femme prend sa place, à l’heure où le hip-hop québécois se fait de plus en plus hybride.

«Le reggaeton est revenu à la mode, mais ça a toujours été dans mon téléphone, c’est ce que j’écoute», note la jeune femme. L’ascension d’artiste comme MHD, qui remplit des salles avec de l’afro trap concocté dans le 19e arrondissement à Paris, lui laisse penser que son album arrive à un bon moment dans le paysage musical.

Les deux dernières années ont été déterminantes dans le parcours de Sarahmée. Une expérience en France l’a laissée un peu amère — mais plus consciente de ce dont elle a besoin pour créer. «J’ai pris du recul sur la musique, pendant un an. L’avis des autres m’affectait beaucoup, on me disait quoi faire, et ça mettait des barrières, ce qui est la pire chose qui peut arriver quand tu veux t’exprimer», explique-t-elle.

D’autres relations artistiques furent plus heureuses, comme celle qu’elle a développée avec Nix, qui chante avec elle sur Alléluia. Le rappeur sénégalais, un des fondateurs de Deedo, la première plateforme de musique en ligne en Afrique, lui a permis de se produire à South By South West l’an dernier.

«On avait déjà certaines chansons très afros qui étaient prêtes. On a vu que même si les gens ne parlaient pas français, ils étaient très réceptifs, ils dansaient comme des fous. On a été très étonnés, et ça a donné la direction de l’album», raconte Sarahmée.

Elle s’est recentrée sur elle-même, a travaillé sur son flow et sur son écriture. L’album a été concocté à six mains, à Montréal, avec Tom Lapointe (qu’elle a connu par son grand frère, Karim Ouellet) et Diego Montenegro. Elle pensait à ses deux complices, sa garde rapprochée, en écrivant Le cercle se rétrécit. «Pour moi, c’est la préface de l’album, le début du livre. Ça retrace les deux dernières années, ça met les cartes sur table.» Un pianiste colombien, ami de Diego, leur a envoyé la mélodie de piano qu’on entend sur la pièce. «J’étais à terre. C’était juste parfait.»

Sarahmée

Si la musique a toujours été en trame de fond, tant pendant son secondaire au Sénégal que pendant son bac en littérature à l’Université de Montréal, elle est maintenant le centre de son univers. «C’est un peu pour ça que l’album s’appelle Irréversible, souligne Sarahmée. Je ne peux plus revenir en arrière.»

Parmi les 14 pièces, on trouve Ma peau, «une chanson sur l’acceptation de soi, de toutes les couleurs et de toutes les formes», indique Sarahmée, qui fait aussi du mannequinat. Et Abla Pocou, qui relie son histoire personnelle à un mythe fondateur de l’Afrique. «Pocou est une reine africaine qui a du sacrifier son fils pour séparer les eaux d’un fleuve vers la terre promise, pour sauver son peuple, un peu comme dans l’histoire de Moïse», raconte Sarahmée, que sa mère appelait «la reine Pocou» lorsqu’elle était petite. C’est l’une des pièces les plus entraînantes de l’album. «Ce rythme-là me donnait de la force et de l’énergie, le refrain est comme un hymne guerrier.»

Alors que son album est paru le 5 avril, il n’y a pas de spectacle prévu à Québec pour l’instant. «On a harcelé le Festival d’été, mais ça n’a pas marché, indique la jeune femme. On continue, parce que, parfois, ça peut débloquer à la dernière minute.»