Sans Pression lors d'une récente prestation aux Francos de Montréal.

Sans Pression au FEQ : Les 20 ans d'un album marquant

Il y a 20 ans paraissait l’album «514-50 dans mon réseau» de Sans Pression. L’un rappant en joual, l’autre en créole, S.P. (Kamenga Mbikay) et Tikid (Jean Philippe Guillaume) allaient sans le savoir marquer la jeune histoire du hip-hop d’ici en amenant la rue dans leurs vers et leurs rimes. Alors qu’ils viennent de célébrer leur anniversaire lors d’un grand spectacle aux Francos de Montréal et qu’ils s’apprêtent à agir à titre de doyens de la première journée 100 % rap québécois du Festival d’été de Québec (FEQ), Le Soleil a pris des nouvelles des deux artistes.

Q Ça vous fait quoi de souligner les 20 ans de l’album 514-50 dans mon réseau?

(S.P.) Quand on l’a fait au début, je ne sais même pas si on pensait faire de la musique toutes ces années-là. De voir que l’album a traversé les époques et qu’on peut encore faire ces chansons-là qui datent de 20 ans et que les gens sont encore réceptifs, c’est juste un honneur. C’était un peu nouveau au Québec. Même de rapper avec l’accent joual, on est dans les premiers à l’avoir fait. C’était un test… Et le test a donné de bons résultats. Dans le temps, de vendre 35 000 albums sans médias, c’était quasiment un miracle.

(Tikid) Ce n’est pas donné à tout le monde de fêter 20 ans de carrière. Il y a du monde qui a investi beaucoup, qui a sacrifié famille, travail et confort et qui ne fêtera jamais leurs 20 ans. En étant un artiste qui rappe en créole, c’est doublement gratifiant. Je sens que j’ai accompli quelque chose pour ma communauté, dans l’industrie musicale du Québec, pour les Haïtiens, pour la relève. J’ai l’impression qu’il y a un suivi avec la relève du rap créole. Je passe le flambeau et j’ai l’impression que je dois mettre ça à l’avant-plan.

Sans Pression à l'époque de «514-50 dans mon réseau»

Q Vous êtes souvent cités comme des pionniers du rap québécois. Assumez-vous ce rôle?

(S.P.) Je l’assume dans un sens. Je sais qu’on fait partie du casse-tête quand on parle du hip-hop québécois. C’est une fierté, je suis content de l’avoir fait. Mais il y a aussi du monde qui m’a inspiré à le faire. Je pense à KCLMNOP et à d’autres rappeurs. Même Dubmatique... Même s’ils rappaient avec l’accent plus français. Juste de voir qu’ils habitaient ici et qu’ils étaient capables de vendre 100 000 albums. Ça m’a ouvert les yeux et ça m’a peut-être donné le courage d’aller au bout. Tout le monde a contribué à sa façon. Je pense que Sans Pression, ç’a juste donné confiance à beaucoup de jeunes pour faire du rap avec leur identité et ne pas copier les Français ou les Américains. De le faire en représentant le Québec.

(Tikid) Je ne crois pas. Je suis un gars de terrain. Je ne le vois pas parce que c’est une passion pour moi. Je le fais parce que j’aime ça. J’aime faire de la musique et j’aime m’impliquer dans la communauté et me fixer des buts. L’album qu’on a fait, on ne l’a pas fait pour faire un album. Nous, on faisait de la musique. On ne se donnait pas vraiment de concept ni de but. C’est un album qui a été fait musicalement avec de l’émotion. C’était deux chums qui s’amusent.

Q Quelle était l’importance du message que vous portiez sur 514-50 dans mon réseau?

(S.P.) J’ai toujours voulu aider le monde avec ma musique. Mais en même temps, la musique a toujours été quelque chose d’un peu thérapeutique pour moi. J’ai toujours eu de la misère à m’exprimer à part quand j’écrivais. C’était des choses que je vivais et que j’avais besoin de dire, comme le racisme, par exemple. Je n’ai jamais vraiment glorifié la rue ou n’importe quoi que j’aurais fait dans la rue pour survivre. J’ai toujours montré le bon côté et le mauvais côté.

(Tikid) Pour nous, c’était juste normal de raconter notre vie de rue en étant des jeunes de minorité visible et en restant à Saint-Bruno, en plus. On avait plusieurs combats et on partait de loin. Déjà parce qu’on était sur la Rive-Sud et non à Montréal. Et en plus, je rappais en créole. Mais, c’est ça en même temps qui amenait un contrepoids sur la balance et qui amenait une différence, une diversité et une originalité qui n’existaient pas dans l’industrie.

(S.P.) Les Québécois ont adoré ça. Qu’on aille à Coaticook ou à Baie-Comeau, à Rouyn-Noranda ou à Chicoutimi, tout le monde chantait les paroles en créole avec Tikid, même s’ils ne comprenaient pas. C’est comme quand les gens écoutent du reggaeton aujourd’hui et qu’ils chantent les paroles de Nicky Jam sans savoir ce qu’ils disent.

S.P. et Tikid de Sans Pression

Q Quel regard posez-vous sur la scène rap québécoise actuelle?

(Tikid) Je pose un regard très positif. Quand je regarde Loud qui a fait le Centre Bell deux fois, quand je regarde Souldia qui est en train de fracasser la France ou FouKi qui est la nouvelle coqueluche du rap avec un nouveau style… Ce n’est que du positif. Tu vois qu’on est en train de créer notre place et que l’industrie du Québec ne peut plus fonctionner sans le rap. Les festivals, les shows… Ils ne peuvent plus fonctionner sans le rap. Ils sont obligés de le mettre de l’avant.

(S.P.) Des fois, ça prend du temps avant que l’industrie suive. J’adore ce que Loud fait en ce moment. Ça ouvre les yeux à toute l’industrie. La scène se porte bien. On ne sera jamais les États-Unis ni la France. Mais je pense que les rappeurs d’ici le font vraiment avec cœur.

Sans Pression se produira à la place George-V le 13 juillet à 18h, lors du spécial rap québécois du FEQ. Dès 15h, Vincent Biliwald, D-Track, Robert Nelson, Naya Ali, Koriass et Loud se succéderont sur scène. Laissez-passer du FEQ obligatoire.