Rufus Wainwright

Rufus Wainright: une célébration du passé

Même si sa tournée anniversaire «All the Poses» roule depuis novembre, en Amérique du Nord, en Europe, au Japon et en Australie, Rufus Wainwright ne donne pas l’impression de tirer la langue. Surtout pas lorsqu’il se retrouve dans sa ville de prédilection, Los Angeles, «là où personne n’est jamais fatigué», lance-t-il dans un éclat de rire, à l’autre bout du fil depuis la Californie.

À 45 ans, le flamboyant chanteur à la voix reconnaissable entre mille — une critique anglaise l’a récemment qualifiée d’«irrépressible sardonique vibrato» — a décidé de remonter le temps pour célébrer les 20 ans de ses deux premiers albums, Rufus Wainwright (1998) et Poses (2001), à l’occasion de son spectacle qu’il présentera au public de Québec, le 21 mai, au Grand Théâtre.

L’occasion était belle pour regarder avec lui dans le rétroviseur et mesurer le chemin parcouru. Et ce qu’il voit ne le déçoit pas un instant. Pour lui, cette tournée se veut d’abord et avant tout une «célébration» de ses débuts artistiques.

photo credit to Greg Gorman

«Je suis très fier de ce garçon romantique qui, il y a 20 ans, a décidé de foncer. Je me rappelle aussi de cette période de ma vie comme étant habité par une grande insécurité et la peur de ce qui allait survenir. Je ne savais pas l’accueil que j’allais recevoir.

«Vingt ans plus tard, en interprétant à nouveau ces chansons, poursuit-il, je me rends compte que, finalement, j’avais du matériel artistique différent, unique et assez solide. J’avais du talent et une force musicale, même si ça n’a jamais fait de moi quelqu’un capable d’avoir des masses de succès, avec tout le cirque médiatique qui vient avec, mais ç’a été probablement une bonne chose [rire].»

Suffit de réécouter Cigarettes and Chocolate Milk, ou encore The Tunnel of Learning, Danny Boy et The Consort, ses favorites, pour réaliser que le chanteur montréalais vivait alors une période faste, qui devait culminer, quelques années plus tard, avec la magnifique album Want One.

Rufus Wainwright sur scène à Melbourne, en Australie, à l’occasion de sa tournée soulignant le 20e anniversaire de ses deux premiers albums.

«Faire un second album représente le plus dur défi pour un artiste. Est-ce que ça va aller vers le haut ou vers le bas? Est-ce possible de faire mieux? On ne le sait pas à ce moment.»

«Mes deux premiers albums rassemblaient une belle collection du matériel artistique qui me faisait passer de l’enfance à l’adolescence, puis à l’âge adulte, poursuit-il. Je considère que le premier était de très bonne qualité. Avec Poses, je devais aller plus en profondeur, continuer le voyage dans une forme artistique plus poussée. J’essaie de me convaincre que j’ai réussi.»

En français

Réputé pour l’extravagance de ses spectacles, Rufus Wainwright promet «beaucoup de costumes» pour le public de Québec, comme ç’a été le cas lors de sa tournée internationale. Il compte faire ses interventions dans la langue de Molière. «Je vais parler surtout en français. Je dois parler en français», insiste-t-il du même souffle, même s’il préfère faire ses entrevues en anglais.

Photo credit Ian Laidlaw

À force de se produire aux quatre coins de la planète, le musicien s’aperçoit que chaque ville où il s’arrête affecte sa performance sur scène à divers degrés. «À Los Angeles, c’est la célébration, alors qu’à New York, c’est beaucoup plus noir pour moi», dit-il en faisant référence à cette période où il s’était enfermé à l’hôtel Chelsea pour composer Poses sous l’influence du crystal meth, une drogue dont il était devenu dépendant.

«À Québec, ce devait être assez intense. C’est quand même au Québec que tout a commencé pour moi.» Chantera-t-il en français, lui qui compte à son palmarès Quand vous mourrez de nos amours de Vigneault, Je suis venu te dire que je m’en vais de Gainsbourg et La complainte de la butte de Cora Vaucaire? «Je ne sais trop encore, peut-être pas tellement, je vais voir».

Ses folles années de jeunesse derrière lui, Rufus Wainwright trouve maintenant son inspiration auprès de son mari, Jörn Weisbrodt, et de sa fille de 8 ans, qu’il a eue en coparentalité avec Lorca Cohen, fille du regretté Leonard. «Les enfants vous permettent d’avoir une tout autre ouverture sur le monde. C’est fou ce qu’un jeune esprit est capable d’exprimer.»