Plus qu’une voix, Gianmaria Testa appartenait à une espèce en voie de disparition, celle du chanteur à textes engagé.

Prezioso: un travail de mémoire sur la voix de Gianmaria Testa

PARIS — La voix de Gianmaria Testa, familière aux amateurs de chanson folk et de musiques du monde dans les années 1990 et 2000, est au cœur du disque Prezioso, un recueil paru récemment d’inédits du Piémontais, décédé en 2016.

«Un album n’est pas la somme mathématique de chansons alignées les unes derrière les autres, mais doit suivre une idée. Cette direction, ici, c’est la voix, j’ai sacrifié la guitare», a déclaré à l’AFP Paola Farinetti, qui fut la femme et la productrice de Gianmaria Testa, décédé à l’âge de 57 ans d’un cancer du cerveau.

Les onze chansons retenues sont au départ de simples maquettes, enregistrées par Gianmaria Testa sur un zoom, un enregistreur numérique à peine plus performant qu’un téléphone cellulaire.

Au moment où il les chante, en 2014 et 2015, l’auteur-compositeur est déjà malade, ce qui explique la voix parfois un peu fatiguée.

«J’ai horreur du travail posthume, je ne voulais pas un hommage, mais un album qui pouvait restituer l’image d’un artiste vivant, quelque chose avec de la chair», explique Paola Farinetti qui, avec l’ingénieur du son Roberto Barillari, a fait un énorme travail de postproduction pour que ces chansons prennent de la valeur.

La «chair» d’une voix grave et voilée, évoquant celle de Leonard Cohen, est cependant encore palpable par intermittences sur ce disque dépouillé, imparfait, mais touchant, comme sur Povero tempo nostro.

Plus qu’une voix, Gianmaria Testa appartenait à une espèce en voie de disparition, celle du chanteur à textes engagé.

Dans Povero tempo nostro, une chanson un peu biblique, ce musicien proche de l’extrême gauche italienne parle du vide de notre époque.

«Pauvres sont les temps dans lesquels on vit, qui sont des temps d’humanité maigre», traduit Paola Farinetti, qui a tenu à ce que figure Merica Merica, une chanson sur les grandes vagues d’émigrations italiennes du début du XXe siècle.

Défenseur de la cause des migrants 

«En ce moment en Italie il y a un ministre, Salvini (Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur) qui a fermé les portes aux immigrants. Gianmaria, s’il était encore vivant, aurait sûrement fait quelque chose au niveau artistique face à cette situation inhumaine qu’on vit en Italie en ce moment», explique la veuve du chanteur qui était un ardent défenseur de la cause des migrants.

Figure aussi sur Prezioso une version italienne du Plat pays de Brel, devenu Questa pianura (Cette plaine).

«À l’âge de 14 ans, en écoutant Il Gorilla, l’adaptation italienne du Gorille de Georges Brassens, il avait compris qu’il pouvait écrire des chansons avec des choses intelligentes», rappelle Paola Farinetti à propos de son défunt mari.