Eddie Vedder et sa bande son retour pour un 11e album.
Eddie Vedder et sa bande son retour pour un 11e album.

Pearl Jam: toujours pertinent et militant ****

CRITIQUE / «I changed by not changing at all», chante Eddie Vedder sur Elderly Woman Behind the Counter in a Small Town (1993). Pearl Jam a appliqué cette maxime sans coup férir pendant longtemps — Ten aura 30 ans l’an prochain. Mais avec Gigaton, le groupe rock de Seattle a décidé de prendre plus de risques. Résultat : un 11e album pertinent et militant.

Il faut le souligner : Pearl Jam s’inscrit dans la durée. Associée à la vague grunge — le fameux Seattle Sound —, la formation a survécu à la dévastation qui a emporté, pour l’essentiel, Alice in Chains, Nirvana et Soundgarden.

Déjà, à l’époque, Pearl Jam se distinguait par une signature plus «rock classique» qui hérissait les puristes (Kurt Cobain n’était pas tendre, les choses se sont tassées avant sa mort). Au fil du temps, les musiciens ont expérimenté (No Code, 1996), intégrant des éléments plus folk (Riot Act, 2002), et assumant son héritage punk. Mais, pour l’essentiel, ils persistent et signent — au grand bonheur des fans qui rappliquent à chaque tournée.

Que ceux-ci se rassurent : Gigaton poursuit dans la même veine. Who Ever Said, d’entrée de jeu, avec son rock basique et pesant (Matt Cameron tapoche ses peaux et cymbales avec beaucoup d’entrain), puis Superblood Wolfmoon, avec son riff affuté et ses retours de son, démontrent une superbe cohésion. Il ne faut guère s’en surprendre, après tout Cameron, le «petit nouveau», joue de la batterie avec PJ depuis… 20 ans! N’empêche : sept années après Lightning Bolt, il y avait de quoi se demander si la chimie serait intacte.

Non seulement elle l’est, mais le quintette repousse ses limites musicales — alors qu’il aurait pu fournir le minimum syndical. Dance of the Claivoyants, par exemple, risque de déstabiliser les purs et durs (qui peuvent se consoler avec le solo dément de Mike McCready sur Quick Escape) : basse funk de Stone Gossard, claviers new-wave joués par Jeff Ament et Vedder qui a des intonations à la David Byrne époque Talking Heads!

Parlant du charismatique chanteur, il excelle, encore et toujours, dans les complaintes qui mettent son timbre chaud en évidence (Alright, River Cross). Pas de doute, le gars se bonifie avec l’âge.

Et son engagement, lui, n’a pas vraiment changé. Les textes, plus personnels au début, n’en étaient pas moins chargés d’une portée sociale et humaniste forte, abordant suicide (Jeremy), violence conjugale (Better Man), filiation (Alive), etc.

Féroce critique de la présidence de George W. Bush, Vedder n’a pas désarmé sur Gigaton, tirant à boulets rouges du Donald Trump (Quick Escape, Never Destination). Mais, de façon plus générale, l’album aborde les changements climatiques avec verve et véhémence.

Le titre (un milliard de tonnes métriques) fait référence à la fonte des glaciers aux pôles — la photo de la pochette illustre d’ailleurs ladite fonte. Les paroles sont à l’avenant, remplies de figures de style apocalyptiques.

Il y a là une constante, qui rallie une majorité des admirateurs du groupe, qui va au-delà de la simple musique. Un regard sur le monde, des valeurs partagées et un état d’esprit, qui se transforme en une forme de communion.

Chaque prestation de Pearl Jam en révèle d’ailleurs la preuve. Il a fallu faire notre deuil de leur concert du 22 mars à Québec, reporté à une date indéterminée en raison de la pandémie de la COVID-19. En attendant, on a un très solide album pour se contenter les oreilles. Et c’en est tout un.

Gigaton

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Pearl Jam