Le soliste allemand Isang Enders a admirablement fait chanter son violoncelle, avec des graves bien appuyés et de vifs traits d’archet.

OSQ et Isang Enders: de finesse et de fièvre

CRITIQUE / Marier la colossale et contrastée «Symphonie no 4» de Bruckner et le «Concerto pour violoncelle» de Schumann dans le même programme produit un concert aux contrastes vifs, où l’on passe de la douceur la plus fine aux cascades les plus flamboyantes. Judicieusement mené par la baguette de son capitaine Fabien Gabel, l’Orchestre symphonique de Québec est arrivé à bon port, en évitant les pièges du périple.

La pièce de résistance, la Symphonie no 4 de Bruckner, en mi bémol majeur, «Romantique» version 1880 (il faut préciser puisque le compositeur aimait remettre son ouvrage sur le métier) a été servie après l’entracte. 

Le frémissement fébrile des cordes et l’appel retentissant d’un cor nous transportent rapidement au cœur d’une cité médiévale entourée d’une forêt enchantée. L’alternance entre les airs cristallins — portés avec agilité par la flûtiste Jacinthe Forand — et les déferlements enflammés des cuivres (chapeau au corniste Levente Varga) nous tient aux aguets.

Batifolages bucoliques, épreuves épiques, chasse à courre, poursuite enlevante, menace grondante… L’imagination du mélomane peut rouler à pleine vitesse pour tricoter le récit d’aventures le plus enlevant qui soit. Il y a évidemment des moments d’accalmie, flottants, évanescents, où même les cuivres, étouffés, semblent doucement résonner depuis une contrée lointaine. Une expérience musicale qui n’avait rien à envier à une trépignante saga de chevaliers.

Bercés par Isang Enders

La première partie, dédiée au Concerto pour violoncelle en la mineur de Schumann, a permis à l’OSQ de prendre des airs d’orchestre de chambre.

Les cordes et quelques instruments à vent ont joué tout en douceur et en finesse avec le soliste Isang Enders. Le musicien allemand a tout juste la trentaine, mais est déjà fort de 10 ans d’expérience comme violoncelle solo à la Staatskapelle de Dresde. Bien qu’il soit plutôt effacé, ne se permettant qu’un vague sourire lors d’un moment plus fougueux, il a admirablement fait chanter son instrument, avec des graves bien appuyés et de vifs traits d’archet. Il s’est mérité une ovation de la part des spectateurs d’un parterre passablement dégarni en ce mercredi de mars.

On retiendra le son tamisé, soyeux, soigneusement modulé par Fabien Gabel qui, un doigt sur les lèvres, incitait parfois ses musiciens à frôler le silence. Un segment d’une délicieuse langueur rêveuse, appuyé par des pizzicatos, dans le deuxième mouvement, était particulièrement sublime.

La Symphonie no 4 de Bruckner sera reprise jeudi à 10h30 au Grand Théâtre de Québec.