On attend <em>Croire</em>, nouvelle offrande de Natasha St-Pier, le 14 août.
On attend <em>Croire</em>, nouvelle offrande de Natasha St-Pier, le 14 août.

Natasha St-Pier : Chanter la foi

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Natasha St-Pier l’avoue sans gêne, elle est fascinée par l’univers de Thérèse de Lisieux, tellement qu’elle a porté ses textes sur deux albums. La chanteuse acadienne maintenant établie en France renoue avec la sainte sur Croire, une nouvelle offrande attendue le 14 août et sur laquelle elle replonge dans la spiritualité, assume sa foi et ose pour la première fois chanter ses propres mots.

Q Qu’est-ce qui vous a donné envie de poursuivre dans ce créneau de musique spirituelle?

R J’ai l’impression de servir à quelque chose dans cet espace-là. Mon travail, c’est de divertir les gens. J’adore ça. Bon, un clown aussi, c’est quelqu’un qui divertit les gens pour gagner sa vie. Moi, j’avais envie d’être un clown plus plus. C’est par ce chemin-là que j’ai choisi de le faire.

Q D’où vous vient cette fascination pour Thérèse de Lisieux?

R Je pense que ça vient peut-être du fait qu’elle a écrit tout ça il y a plus de 100 ans et que ça demeure si moderne. Ça m’intrigue énormément. Cette fille était probablement un OVNI dans son époque. Je me demande quelle est la personne, aujourd’hui, dans notre monde, qui est un OVNI et qui n’est pas à sa place. De qui on parlera plus tard? Qui va nous inspirer comme ça? Tout ça me donne envie de chanter des textes de Thérèse.

Q Nous vivons à une époque où les églises se sont vidées. Pourtant, les projets musicaux liés à la religion — le vôtre ou celui de Mario Pelchat et Les prêtres, notamment — récoltent du succès. Comment expliquez-vous cet attrait?

R Il y a une différence entre spiritualité et religion. Il y a une différence aussi entre l’Église et la religion. Je pense que là où certaines personnes ont des choses à reprocher, ce n’est pas à la spiritualité. C’est à l’Église. La spiritualité est quelque chose de très immatériel. À partir du moment où tu dis que l’être humain est plus qu’un amas de chair et d’os, tu es dans le spirituel. Ce qui fait la différence entre nous et les autres animaux, c’est notre conscience. On est des êtres particuliers parce qu’on a cette capacité-là et c’est cool de le reconnaître.

Q Il y a forcément un lien avec la foi catholique quand on porte les textes de sainte Thérèse de Lisieux… Quelle résonance a-t-elle pour vous?

R Quand Jésus est arrivé, il a dit à plein de gens dans un monde qui allait vraiment mal : «les gars, ne vous entretuez pas, ce n’est pas comme ça qu’on va régler le problème. Il faut réussir à s’accepter et à s’aimer les uns les autres». On peut dire la même chose aujourd’hui. Acceptons que les femmes et les hommes soient égaux. Acceptons que les homosexuels et les hétérosexuels soient des humains. Acceptons le fait qu’il y ait plusieurs ethnies sur la Terre. La phrase «aimons-nous les uns les autres», on peut dire que ça fait cucul, mais c’est ça qu’on vit en ce moment.

Q Avez-vous l’impression d’être un peu à contre-courant en portant ce message en chanson?

R Je ne pense pas. Je travaille beaucoup dans le monde du yoga et c’est un peu la même chose. Le yoga, c’est l’union du corps et de l’esprit. Selon moi, la recette du bonheur à long terme n’est pas dans la consommation de masse comme on fait aujourd’hui. Ce n’est pas dans des plaisirs qui vont être très intenses, mais courts. C’est plutôt dans une connaissance plus profonde de l’être humain. C’est d’arriver à trouver un équilibre entre les plaisirs physiques — qui peuvent être la bouffe, le sexe, la consommation ou ce que tu voudras — et les plaisirs plus spirituels : être avec des gens que tu aimes et passer de bons moments. Avec le confinement, on le voit que ça nous a manqué. Ça nous a manqué de partager ces moments qui n’ont pas de prix physique, mais qui ont une valeur énorme.

Q Justement, qu’est-ce que ça fait de lancer cet album en ces temps difficiles?

R J’aurais pu attendre un an pour le sortir. D’un point de vue business, ce n’est peut-être pas le meilleur moment. Ce n’était pas prévu qu’il y ait une pandémie quand j’ai fait l’album, mais je trouve qu’il est fait pour aujourd’hui. Les textes et les sujets qu’il aborde, c’est ce dont on a besoin. C’est d’arriver à s’adapter, à se connaître mieux et à apprécier les petites choses. Au début du confinement, j’ai vu plein de gens qui ont voulu se connecter le plus possible avec les réseaux sociaux pour éviter d’être seuls face à eux-mêmes. Après, ils se sont mis à se poser des questions : «C’est quoi ma vie? Est-ce que c’est ce que j’ai envie de faire? Est-ce que c’est là que j’ai envie d’être?» Dans chaque drame, il y a un peu de positif et le positif est peut-être là, d’arriver à avoir un moment de répit pour se poser deux ou trois questions.

Q Vous reprenez Le temps des cathédrales, chanson phare de la comédie musicale Notre-Dame de Paris. Qu’est-ce qui vous a donné envie de le faire?

R On vient quand même en France de vivre quelque chose d’assez exceptionnel avec l’incendie de la cathédrale. On en parle énormément de Notre-Dame et pour moi, Notre-Dame, ce sont mes débuts. Pourquoi ne pas amener ce petit clin d’œil? Bruno [Pelletier], c’est Bruno et personne ne peut le remplacer. C’est sa chanson, mais ça n’empêche pas de se faire plaisir et de la reprendre.