«Nabucco» sera de nouveau présenté les 14, 16 et 18 mai au Grand théâtre de Québec.

«Nabucco» à l’Opéra de Québec: quelques éclaircies dans la grisaille

CRITIQUE / On ne se souviendra pas de cette production de «Nabucco» pour sa vibrante palette d’émotions et l’énergie de sa mise en scène. Le metteur en scène et scénographe Michel Cavanagh a échafaudé une série de tableaux plutôt figés, dans des décors à forte dominante de gris où les interprètes peinent à briller pleinement.

Nabucco (James Westman), roi de Babylone, vient de vaincre les Hébreux et marche vers le Temple de Salomon. Sa fille Fenena (Geneviève Lévesque) est prisonnière de Zaccaria, le Grand Prêtre de Jérusalem (Giovanni Battista Parodi) alors que son autre fille Abigaïlle (Michele Capalbo) ouvre la marche vers le Temple. Les deux sœurs aiment le même homme, Ismaël (Steeve Michaud), et se retrouveront au fil des évènements à la tête des deux nations en guerre.

Michel Cavanagh a choisi de camper l’épisode biblique plus près de notre époque. Zaccaria et Nabucco portent des vestons, les soldats (tant hommes que femmes) arborent des pantalons aux motifs de camouflages et des bérets rouges, alors que le peuple Hébreux, incarné par le chœur, est vêtu d’habits troués qui n’auraient pas détonné dans Les Misérables. Des toges chatoyantes s’ajouteront au mélange en deuxième partie.

Autour d’un plateau central où s’élèvent des marches sur trois côtés, de hautes colonnes s’étirent vers le ciel. Le lieu change grâce à des projections; souvent des motifs répétitifs et gris (outre le palais de Nabucco, orné de dessins rouge et ocre), ce qui crée un effet de tapisserie massive qui masque même le visage de certains interprètes lors des scènes de groupe. À chaque changement de lieu, le public est laissé en attente, en silence, devant un rideau où roulent des nuages — gris — ce qui crée de longs temps morts. 

Les déplacements de groupe dans les escaliers donnent parfois l’impression de se trouver devant de grands tableaux vivants. Il aurait été intéressant d’accentuer cet effet avec des éclairages plus découpés et des déplacements plus précis, mais on passe plutôt d’une agitation fébrile et brouillonne à une lenteur empesée qui fait baigner les scènes dans un marasme difficile à briser.

Dépourvu de panache 

Les coups de théâtre peinent à susciter des palpitations… Le Temple s’embrase dans un silence morose. Au 2e acte, Nabucco apparaît en robe de chambre, éméché et sanguinolent, dépourvu de tout panache. Et l’éclair divin qui devrait ravir la couronne du roi blasphémateur n’est qu’un effet d’éclairage moiré, qui a été suivi d’un ballet plutôt comique à la première, où Geneviève Lévesque a tenté de ramener la couronne au centre de la scène en lui donnant des coups de pieds.

Alors que le chœur chante avec de riches nuances et une puissance somptueuse (notamment dans le célèbre Va pensiero, au 3e acte, où le confinement des chanteurs derrière des grilles rappelle les camps de concentrations nazi), les solistes livrent des performances inégales.

La voix de James Westman manque de coffre à ses premières apparitions, ce qui affecte la magnificence de Nabucco. Vers la fin de la représentation, celle-ci aura heureusement beaucoup plus d’éclat. Giovanni Battista Parodi a l’étrange manie de chanter avec le sourcil droit levé et un sourire en coin, même dans les passages les plus tragiques. On perd régulièrement les notes plus graves de sa voix de basse. Michele Capalbo et Steeve Michaud surjouent et font faire toutes sortes de cabrioles à leur voix dans les premières scènes. Heureusement qu’en deuxième partie, tous semblant avoir pris de l’aplomb et se livrent à des performances vocales beaucoup plus convaincantes. 

Geneviève Lévesque est juste, posée, un brin figée, alors que Alain Coulombe, en Grand prêtre de Belos, et Jessica Latouche, en sœur de Zaccharia, offrent une performance vive et juste — dommage qu’on les voit si peu.

On s’en voudrait de passer sous silence la performance de l’Orchestre symphonique de Québec, qui s’en tire fort bien et livre des moments de musique fiévreux et enchanteurs sous la baguette énergique de Giuseppe Grazioli.

Nabucco sera de nouveau présenté les 14, 16 et 18 mai au Grand théâtre de Québec.

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«LA TRAVIATA» ET «LA CHAUVE-SOURIS» POUR LA SAISON 2019-2020

L’Opéra de Québec présentera La Traviata de Giseppe Verdi du 19 au 26 octobre prochain ainsi que La Chauve-Souris de Johann Strauss II du 16 au 23 mai 2020 pour sa 36e saison. La production automnale sera mise en scène par Oriol Thomas et mettra en vedette la soprano Marianne Fiset, le ténor Rocco Rupolo et le baryton Gregory Dahl. L’opéra printanier sera mis en scène par Alain Gauthier et mettre en vedette le ténor Dominique Côté, la soprano Magali Simard-Galdès et le baryton Christopher Dunham. Les détails des abonnements à operadequebec.com.