Matt Bellamy s’est pointé sur scène au son de la récente «Algorithm» en arborant lunettes lumineuses roses.

Muse à fond sous les néons

CRITIQUE / Ceux qui suivent l’ascension de Muse depuis 20 ans le savent : en musique comme en image, les Britanniques ont l’habitude de mettre le paquet. Et ce n’est certainement pas avec la tournée «Simulation Theory», qui s’est arrêtée au Centre Vidéotron dimanche soir, qu’ils feront mentir leur réputation.

Paru en novembre, le huitième album studio du trio avait de quoi donner le ton avec ses multiples références aux années 80, tant dans ses synthés décomplexés que dans son visuel rétrofuturiste truffé de clins d’œil à des classiques de la science-fiction. On s’attendait à voir des lasers, des néons, des couleurs fluo. Et on en a eu plein les yeux. 

L’amphithéâtre était bondé pour cette nouvelle visite du trio anglais. Un public qui ratissait large — on y trouvait des enfants jusqu’aux têtes blanches —, prouvant une nouvelle fois le pouvoir d’attraction du chanteur et guitariste Matt Bellamy, du bassiste Chris Wolstenholme et du batteur Dominic Howard, qui n’ont jamais tenu leur monde pour acquis. 

Bellamy s’est pointé sur scène au son de la récente Algorithm en arborant lunettes lumineuses roses, entouré d’un groupe de danseurs masqués, dont les costumes projetaient aussi de la lumière. Pour l’heure, ils étaient aussi trombonistes et percussionnistes.

Ce sont eux qui répondront par des projections sur leurs visières au sergent instructeur de Psycho. Ils seront suspendus en apesanteur le temps de Break it to Me, joueront de la lampe de poche, puis manieront le canon à fumée pendant Propaganda et deviendront guerriers en affrontant deux espèces de Terminators au début du rappel. Bref, notre trio s’est entouré d’une équipe anonyme, mais fort polyvalente…

Haut en couleur

Évoluant sur une surface de scène rétroéclairée qui se métamorphosait d’une pièce à l’autre, Muse a offert une prestation haute en couleur à ses fans de la capitale. Multipliant les effets visuels — projections soignées (dont une a enflammé sur l’écran le crâne que tenait Bellamy), éclairages éblouissants, marionnette géante vintage à faire peur, etc. —, le groupe n’a laissé aucun répit à son public, qui n’a pas trouvé à s’en plaindre. Bellamy et Wolstenholme ont eux-mêmes aussi contribué aux éclairages, le premier par ses lunettes et ses vestes, le second avec sa basse. 

On a peut-être atteint un sommet au terme de Mercy, quand confettis et serpentins ont fusé alors que notre chanteur, revenant d’un bain de foule, s’époumonait à genoux au bout de sa passerelle. 

Too much? Peut-être un peu, mais c’est ça, Muse. Musicalement et visuellement, le trio beurre épais. On adhère ou pas à ce côté grandiloquent, voire parfois pompeux. Difficile toutefois de nier que les gars se donnent généreusement sur scène. Leur prestation de deux heures est rodée au quart de tour et le soin qu’ils apportent à transposer leur imaginaire sur les planches les honore. Surtout qu’ils ont les moyens de leurs ambitions. Et que c’est réellement en concert que leur univers prend tout son sens.

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Muse a évidemment fait la part belle à ses nouvelles chansons, dimanche soir. Mais le groupe a aussi saupoudré des extraits pigés un peu partout dans son parcours, pour la plus grande joie de ses fans. L’intense Uprising a donné lieu à une belle chorale, Plug in Baby a déclenché un vrai tonnerre dans la foule, Supermassive Black Hole a ajouté un bon groove à la soirée, qui s’est terminée de galopante manière au son de Knights of Cydonia, alors que les ballons rebondissaient joyeusement sur la foule au parterre.

Walk the Moon

En ouverture de spectacle, le groupe américain Walk the Moon s’est acquitté de sa tâche de réchauffer la foule de fort honnête manière. S’avouant lui-même fan de Muse depuis l’enfance et prenant la peine de s’adresser à la foule en français, le chanteur Nicholas Petricca n’a pas ménagé ses efforts pour que la fête lève pendant les 45 minutes qui étaient octroyées à sa formation. Au moment d’entonner le succès Shut Up and Dance et la pièce Headphones, qui s’est conclue dans un hommage à Kashmir de Led Zeppelin, il pouvait dire mission accomplie.