L’objectif de réfléchir différemment la musique a guidé le voyage de Vincent Legault loin de ses habitudes créatives.
L’objectif de réfléchir différemment la musique a guidé le voyage de Vincent Legault loin de ses habitudes créatives.

Mille Milles : Musique de traverse

On a notamment connu Vincent Legault au sein des groupes Random Recipe et Dear Criminals. Voilà qu’il s’est récemment lancé en solo sous le nom de Mille Milles, un singulier projet qui niche quelque part entre l’électro et l’organique, entre musique, théâtre et poésie.

Il s’agit ici d’une aventure en solo, mais ce n’est pas tout à fait vrai. Au fil de son processus de création, le compositeur est allé à la rencontre de la dramaturge Evelyne de la Chenelière, qui lui prête sa plume et sa voix dans cette bulle artistique un brin surannée. Pas de structure conventionnelle couplets-refrain, dans ce cas. Plutôt un parcours qui explore les limites de la chanson.

«Je suis assez old school, évoque Vincent Legault. J’aime écouter un album au complet. Je n’ai jamais compris l’intérêt d’écouter juste une toune. Pour moi, l’intérêt, c’était vraiment de créer un 43 minutes de musique. Après, on aime ou on n’aime pas. Mais pour moi, c’était : “on part, venez avec moi”.»

Le musicien raconte avoir même songé à pousser l’expérience à l’extrême en fondant ses compositions en deux pistes, une pour chaque face d’un disque vinyle. «Ma maison de disques a dit : “aide-toi donc un peu!”» rigole-t-il. Mais l’objectif de réfléchir différemment la musique l’a néanmoins guidé dans l’exercice, où il a souhaité s’éloigner de ses habitudes créatives, après avoir notamment composé pour le théâtre, le petit ou le grand écran (Fatale-Station, Nelly).

«Avec Dear Criminals, ça va bien, ajoute-t-il. On a touché à tout et son contraire. On est rendu bon à travailler sous pression. Je ne dis pas qu’on ne travaille pas fort pour que ça sonne bien, mais la recherche sonore est peut-être moins là.»

Au théâtre

Le projet Mille Milles s’est enraciné au théâtre, quand Vincent Legault a été invité par la metteure en scène Sophie Cadieux à faire la musique pour le collage de textes Abriés et désabriés et Sur le matelas de Michel Garneau, présenté il y a deux ans par les finissants du Conservatoire d’art dramatique de Montréal.

«Le mandat me parlait beaucoup. Ce qu’elle m’a demandé était complètement dans mes cordes. On était dans le sixties, seventies, un peu kitsch. On a fait la pièce de théâtre, ça s’est bien passé. Et moi, j’ai juste continué à faire de la musique pour cette pièce même quand elle a été terminée. Mes chums me disent que j’ai peut-être un petit problème de workoolisme…» observe le sourire dans la voix celui qui dit s’être vraiment pris au jeu.

La dramaturge Evelyne de la Chenelière

«Ça me faisait penser à du Réjean Ducharme, décrit-il. Il y avait cette idée de jeunesse, de s’enfermer, de dire qu’on va vivre l’amour tous seuls et fuck toute!»

D’où le nom de Mille Milles, emprunté à un personnage du roman Le nez qui voque.

«Pour moi, c’était l’idée de développer un langage dans la création et de prendre un petit pas de côté. Qu’est-ce qu’on peut faire avec toutes les machines qu’on a? Qu’est-ce qu’on peut changer? Comment on peut évoluer?» Comment sortir de ses réflexes, résume Vincent Legault.

«Avec cette pièce de théâtre, j’ai trouvé une porte où j’avais toujours voulu entrer, reprend-il. Je n’avais jamais eu le temps de le faire. Là, j’ai pris le temps et j’ai juste continué dans une optique de recherche de son. C’était de faire de la musique pour faire de la musique.»

Des mots...

Vincent Legault considère la voix comme un instrument, lui qui se dit moins porté vers le texte en chanson. «Ça vient de quand j’étais jeune, peut-être parce que j’étais poche en anglais. Mais c’est resté», raconte-t-il. Ce qui devait être un album s’inscrivant dans la lignée «électro instrumentale des Bonobo et cie» s’est finalement paré ici et là de textes d’Evelyne de la Chenelière. Encore une fois, Vincent Legault doit l’ajout au théâtre. Il raconte avoir été happé par un monologue de la pièce La vie utile, où des mots étaient énumérés pendant plusieurs minutes sans nécessairement qu’on leur insuffle une signification.

«J’ai été fasciné par ça, confie-t-il. C’était l’auditeur qui y trouvait son sens. C’était la première fois que je recevais des mots comme je reçois de la musique. J’ai décidé de me mettre dans la merde et d’appeler Evelyne. Je n’avais aucune idée de ce que je voulais. Mais j’avais beaucoup d’idées de ce que je ne voulais pas. Je ne voulais pas tomber dans le slam ni dans la lecture de poésie… Finalement, ç’a été d’une simplicité désarmante.»

Le compositeur cite la gentillesse, l’intelligence et la finesse de sa collaboratrice, qu’il espère retrouver sur scène dans un spectacle hybride, entre musique et théâtre, une fois la crise de la COVID-19 passée.

«Elle a compris plus vite que moi ce que je voulais faire, ajoute Vincent Legault. Elle est arrivée avec des textes qu’on a très peu retravaillés, finalement. Ça s’est imbriqué d’une manière très simple avec un travail sur la voix. Je ne voulais pas que le texte prenne le dessus sur la musique et vice versa. C’était juste une espèce d’échange...»