La rappeuse Marie-Gold
La rappeuse Marie-Gold

Marie-Gold : Grandes ambitions, bonnes vibrations

Entre son «humble» ambition de devenir la «reine du rap queb» et ses études à la Polytechnique de Montréal, Marie-Gold ratisse large et n’a pas le temps de s’ennuyer. Même en période de pandémie et de confinement.

«L’école est recommencée, donc j’ai quand même des trucs à faire. Je me sens bien en ce sens-là», a noté la rappeuse, jointe il y a quelques jours à Montréal. Entre les sciences et la musique, son cœur balance… Et c’est tant mieux pour elle. 

«Surtout dans un contexte de confinement, je pense que les deux sont nécessaires, ajoute-t-elle. Les arts et les sciences semblent plus importants que jamais dans la société en ce moment. […] Pour moi, cette combinaison va de soi. Si je veux rester en forme intellectuellement, il faut que je trouve de l’équilibre dans ces deux milieux-là.»

Il y a un peu plus de deux ans, Marie-Gold (Chloé Pilon-Vaillancourt de son vrai nom…) a affiché ses couleurs avec humour, mais non sans ambition, en publiant sur les réseaux sociaux une photo d’elle dans sa baignoire, flûte à champagne dans une main, cigare dans l’autre, bling-bling aux doigts. «Résolution 2018 : Devenir reine du rap queb», avançait-elle dans ce statut du jour de l’An. 

Avec une touche de glamour en plus, elle a nuancé 365 jours plus tard. «C’est avec beaucoup d’humilité que je dois admettre que JE NE SUIS PAS DEVENUE LA REINE DU RAP QUEB!!» a-t-elle écrit en ligne. N’empêche, la rappeuse était loin d’avoir raté sa sortie en solo, elle qui a vu un premier minialbum, qu’elle a mitonné fin seule, récompensé au Gala alternatif de la musique indépendante du Québec (GAMIQ). 

La suite nous est arrivée fin mars sous la forme d’un album complet, Règle d’or, pour lequel  Marie-Gold a changé d’approche en multipliant les collaborations, tant au micro qu’à la production musicale. 

«Je sentais que je plafonnais au niveau des beats, avoue-t-elle. Et il y a une certaine dynamique à travailler en équipe. J’avais besoin d’être entourée de gens physiquement. Quand j’ai fait mon EP, j’étais dans un loft toute seule. J’avais trouvé une zone de confort dans le travail. Mais pour l’album, j’étais dans différents endroits. J’étais en colocation, j’étais en voyage. J’avais moins cette bulle. Pour me grounder, j’avais besoin de m’entourer.»

Émergence et expérience

Parmi les complices inscrits dans les crédits de Règle d’or, on peut remarquer Lydia Képinski et Kirouac, avec qui elle livre la déjantée Goélands. «C’est une chanson que j’ai composée après une semaine de débauche avec mes anciennes colocs, raconte Marie-Gold. J’ai eu envie d’écrire sur le thème de la dérape et de la fête, mais de manière vraiment décomplexée. Un goéland, c’est comme un oiseau de nuit qui avale toute la scrap qu’on lui donne. J’avais envie d’un trio, d’une sorte de triangle de la jeunesse montréalaise et de la musique émergente.»

On remarque aussi au livret le nom de J-Kyll (Jenny Salgado), qui a un peu joué le rôle de pionnière au tournant des années 2000 à titre de membre du groupe Muzion. La rappeuse d’expérience et la recrue se sont réunies autour d’un café, la table était mise pour une collaboration. 

«Je voulais rencontrer des gens inspirants, qui ont été actifs dans le milieu. Je sentais que Jenny avait une ouverture là-dessus. C’était important pour moi de juste lui parler. Mais à la suite de ce café, quand j’ai fait mon album, je trouvais qu’il manquait de variété au niveau des voix», explique Marie-Gold, aussi inspirée par son confrère français Hamza. 

«Sur Paradise, il y avait Oxmo Puccino qui terminait l’album avec un magnifique texte, ajoute-t-elle. Ce que je consommais beaucoup de Jenny à ce moment-là, c’était ses textes, ses poèmes. Je me suis dit que ça serait un honneur d’avoir sa voix tellement unique pour clore l’album.»

Pas du «rap féminin»

Parfois frondeuse, Marie-Gold aborde l’ambition, la liberté, la nécessité de faire sa place, d’être soi-même. Par le passé, elle ne s’est pas gênée pour aborder la sous-représentation des femmes sur la scène hip-hop. Elle refuse du même souffle l’étiquette de «rap féminin». 

«J’approche le rap de façon décomplexée en présentant ma personnalité qui n’est pas juste attribuable à mon sexe. Je pense que tant les hommes, les femmes ou les transgenres devraient pouvoir se retrouver dans la musique que je fais, parce que j’aborde une variété d’enjeux de société», croit celle qui ne nie pas non plus que le fait d’être une femme ait teinté son expérience artistique. 

«J’en ai vu des vertes et des pas mûres, précise-t-elle. J’ai entendu des affaires inacceptables. Mais là, je suis vraiment dans le développement de mon propre branding et de mes propres intentions. De plus en plus, mon chemin s’éclaircit. Je me dis que ceux qui aiment suivent, que je peux développer un public en ce sens. En ce moment, je collabore avec des gens et c’est juste basé sur de bonnes vibrations…»