Luc de Larochellière propose dimanche, à L’Impérial, un spectacle axé uniquement autour de son premier album Amère América, paru en 1988.

Luc de Larochellière: Retour en Amère América

Luc de Larochellière conserve un souvenir mémorable de sa dernière présence au Festival d’été. C’était le soir du 11 juillet 2015. Au parc de la Francophonie, le chanteur venait de lancer les dernières notes de «Cash City» lorsqu’un furieux orage éclate, entraînant l’annulation un peu plus tard, à quelques centaines de mètres de là, du spectacle des Foo Fighters. L’image de Dave Grohl, aussi déchaîné que les éléments, assis sur son trône, la jambe dans le plâtre, est passée à l’histoire du festival.

«Cette année, on ne prend pas de risques, on va jouer à l’intérieur...», lance l’auteur-compositeur-interprète au sujet de son passage dimanche, à L’Impérial de la rue Saint-Joseph.

Pour lui, il s’agit d’une septième ou huitième participation au FEQ, il a perdu le compte. «Les années avant 2000 ont été des années fastes pour moi, je suis venu pas mal souvent. Je me souviens d’être venu chanter avec Isabelle Boulay pour un show country et pour l’hommage à Richard Desjardins.»

Pour ce retour dans la capitale, De Larochellière a choisi de jouer la carte de la nostalgie, en hommage à son premier album, Amère América, paru en 1988. Disparue du marché depuis une quinzaine d’années, cette pièce marquante de son répertoire a été rééditée l’automne dernier en disque compact et en vinyle.

«J’ai reformé le band de l’époque, celui-là même avec qui j’étais parti en tournée, avec le même set list. C’est vraiment un show anniversaire. Il n’y aura pas de nouvelles chansons. Il n’y aura rien en bas de 25 ans.» L’artiste promet aussi quelques invités spéciaux, dont François Pérusse. «Il était bassiste à l’époque. Il va venir faire un p’tit coucou au monde de Québec.»

«J’avais 22 ans quand j’ai fait cet album, poursuit-il. L’essentiel de ce que j’avais à dire s’est exprimé dans ce premier disque. Ç’a été la base de ma carrière et d’une certaine vision du monde que j’ai continué à élaborer d’album en album.»

Discours engagé

«J’étais un jeune homme sérieux dans le temps, je dirais que je le suis probablement moins aujourd’hui», lance celui qui, tout au long de sa carrière, a toujours tenu un discours engagé. Inégalités sociales, dérives du capitalisme, politiciens corrompus, autant de thèmes qui ont nourri son œuvre.

Moi, j’ suis né du bon bord / Du bord où y a pas d’ guerre / Là où on peut encore / Camoufler la misère, dénonçait-il dans Amère América, avec une vidéo où le café prenait valeur de symbole de l’exploitation des pays pauvres.

«On me dit souvent que c’est un album qui reste d’actualité. C’est à la fois heureux et malheureux. Ça prouve la grande inefficacité des chansons à changer le monde...», glisse-t-il, un brin cynique. On n’a qu’à relire Platon ou Aristote pour se rendre compte qu’eux aussi sont encore d’actualité. La nature humaine est constamment en train d’avancer et de reculer.»

Plus tard, la chanson Cash City annonçait la venue d’une société obsédée par le consumérisme, l’argent et les apparences. Tout l’monde a des idées empruntées à la télé / Tout l’monde a ses coutumes chacun à son costume / Tout l’monde veut que tout l’monde l’aime mais personne n’aime tout l’monde.

«Cette chanson est encore plus d’actualité qu’elle l’était à l’époque. On commence à voir la dégringolade. On est dans un système qui repose sur une croissance qu’on veut se voir poursuivre à l’infini. On est en train de constater que ça ne peut plus continuer. On empile les blocs, mais on sent qu’ils vont tomber.»

Son plus récent album, son 11e, Autre Monde, poursuit dans cette veine de dénonciation à la Michael Moore, avec sa chanson Suicide américain où il aborde une Amérique «qui a retourné ses armes à feu contre elle-même».

Sur la plage du Jour J

Aussi pacifique soit-il, le chanteur n’a toutefois pas hésité à accepter l’offre de participer aux cérémonies du 75e anniversaire du débarquement de Normandie, le mois dernier, à Courseulles-sur-Mer. Un «très grand honneur» et un intense moment d’émotion, où il a interprété Beauté perdue, avec dans son dos, la plage et, devant lui, les derniers survivants de cette triste page de l’histoire.

«Quand mon gérant m’a appelé pour m’informer de la proposition, c’était le 1er avril, j’ai cru à une blague. On avait pensé à moi pour une chanson en particulier, Beauté perdue. Je m’attendais à ce qu’on me demande Si fragile, qui est souvent demandée en pareil contexte. Je crois que c’était un très bon choix. Ç’a été un comme un cadeau de faire cette chanson.

«Je ne suis pas militariste dans la vie, poursuit-il, mais j’ai un grand respect pour les gens qui ont donné leur vie afin qu’on puisse vivre dans un monde libre. On vit dans une époque où les idées qui ont mené à ces grandes guerres sont de retour, mais on a oublié que ces idées nous avaient menés à l’horreur.»

Luc De Larochellière sera en spectacle au Festival d’été, le 14 juillet, à 21h10, à L’Impérial. Antoine Corriveau le précède sur la scène à 20h.