Lou Doillon débarque au Festival d’été avec un troisième album anglophone. «Ç’a n’a jamais été une démarche pour toucher plus de public, mais parce que les artistes que j’aime chantent en anglais.»

Lou Doillon: l'anglais comme il lui plaît

Lou Doillon adore venir au Québec, surtout à Montréal. C’est comme sa seconde patrie. Elle s’y sent «étrangement comme à la maison». C’est toujours une fête d’y revenir, comme c’est le cas cet été, alors qu’elle aura l’occasion de pousser une pointe en direction de Québec pour participer au Festival d’été, son premier depuis qu’elle est devenue chanteuse à temps plein.

Depuis 2012, la sympathique auteure-compositeure-interprète à la voix rocailleuse a lancé trois albums, tous en anglais, Places, Lay Low et Soliloquy. La principale intéressée sait pertinemment que son choix linguistique a de quoi étonner au Québec, où la question linguistique ne laisse personne indifférent. Mais la fille de Jacques Doillon est également celle de Jane Birkin, ceci expliquant sans doute cela.

«Au grand hurlement des Québécois, je ne prends aucun plaisir à chanter en français», lance-t-elle à l’autre bout du fil depuis Paris. J’adore la langue française, je suis une obsédée de la littérature française, j’ai passé 15 ans à faire du théâtre en français, mais je ne l’aime pas chantée. Ç’a n’a jamais été une démarche pour toucher plus de public, mais parce que les artistes que j’aime chantent en anglais.»

Mais, nuance-t-elle aussitôt, les chanteuses d’ici savent y faire, contrairement à leurs homologues d’outre-mer qui n’ont pas le don de «s’amuser» avec cette langue, «qui la murmurent, la parlent, mais ne la chantent pas vraiment». Elle a d’ailleurs développé une théorie à ce sujet. «Vous avez une musicalité anglo-saxonne sur des mots français. L’accent canadien, c’est ça en fait.»

La trentenaire ne voit d’ailleurs pas le jour où elle évacuera l’anglais de son répertoire, elle qui chante d’instinct dans cette langue, même sous la douche. La langue de Madonna épouse parfaitement sa personnalité et son intimité. «En anglais, je peux être floue et j’aime bien. En français, les gens essaient d’imaginer de qui je parle dans ma famille. Ça me permet de ne pas être là-dedans.»

De ses célèbres racines familiales, la chanteuse en jase d’ailleurs sans réticence, toujours à la demande des journalistes qui reviennent sur le sujet. «Moi, ça fait longtemps que je m’en suis échappée, le public aussi, mais pas la presse. Ce n’est pas très grave. J’aime mes parents avec une grande tendresse. J’ai quitté la maison à 14 ans, c’est donc très loin tout ça.»

Lou Doillon débarquera à Québec en compagnie de cinq musiciens, avec sous le bras son dernier album, Soliloquy, lancé il y a quelques mois, qu’elle qualifie de «beaucoup plus rock, plus assumé». Le titre fait référence au mot soliloque, ce monologue intérieur qui est très fort chez elle.

«J’ai passé une enfance très solitaire, comme mère au foyer aussi. Comme artiste, on peut vivre une grande solitude, confie-t-elle. Ça m’a amenée à me parler beaucoup à voix haute. Parfois, on se fait la guerre, moi et moi, mais, dans un moment miraculeux, on finit par s’entendre… Ce soliloque fait partie de ma manière d’écrire, d’avoir deux voix.»

Moins de cinéma...

Dévoilée au grand écran en 1987, dans Kung Fu Master, de la regrettée Agnès Varda, Lou Doillon ne s’est pas retrouvée devant la caméra depuis sept ans. C’était pour le film de son père, Un enfant de toi. Mais le plaisir de chanter est plus fort que son désir de cinéma, surtout que la réalité des deux métiers n’est pas la même et ne concorde pas toujours avec ses valeurs.

«Ce qui est génial avec la musique, c’est que ça tourne autour d’une dizaine de personnes. C’est une économie assez petite. Le cinéma, c’est une entreprise terrible, très lourde, qui demande beaucoup de finance, de monde et de dévotion. Ça demande aussi une très grande disponibilité. Je peux donner trois mois de ma vie pour un film, mais pas trois ans. De toute façon, la majorité des films que j’aime ne se font plus.»

… plus de théâtre

Si la musique la comble parfaitement, elle avoue du même souffle nourrir des projets théâtraux, elle qui montre une feuille de route bien garnie sur les planches. Si cet art l’attire davantage que le cinéma, c’est d’abord pour son aspect éphémère. «Dans une société où tout le monde est obsédé par l’idée de tout figer ce qui arrive dans une sorte d’immortalité, le théâtre ramène à cette réalité que tout peut changer à chaque instant, que tout peut recommencer. Il y a un danger là-dedans qui me plaît beaucoup.»

Dernière corde à son arc, le mannequinat, un métier qu’elle pratique depuis l’âge de 16 ans, alors qu’elle est devenue l’égérie de Givenchy et Morgan. Si elle garde un pied dans la mode, c’est pour le plaisir, avoue-t-elle, mais surtout pour s’offrir «le luxe de faire de l’art».

Lou Doillon sera en spectacle le 4 juillet, à 20h, à la scène de Place George-V.

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POUR Y ALLER

Quand ? Samedi 6 juillet, 20h

Où ? Bluesfest

Renseignements : ottawabluesfest.ca